L’Afrique est-elle prête pour la quatrième révolution industrielle ?

L’Afrique prend de plus en plus part aux discussions autour de l’intelligence artificielle, des objets connectés ou de la collecte de données.

Ce fut le cas aussi lors de la 28e édition du Forum économique mondial sur l’Afrique, qui s’est conclu la semaine dernière au Cap, en Afrique du Sud. Mais le continent est-il prêt à s’emparer pleinement de cette « quatrième révolution industrielle », cette révolution technologique qui annonce un bouleversement dans tous les secteurs ? Les nouvelles technologies sont souvent présentées comme une solution miracle pour guérir les maux du continent. Mais les avis divergent sur les priorités à adopter pour l’Afrique.

Des analyses de données pour résoudre les problèmes d’embouteillages, des drones qui portent secours à des patients isolés, des imprimantes 3D pour fabriquer des prothèses… Tout cela fonctionne déjà, et le champ des possibilités fait rêver.

Mais selon Alison Gillwald, directrice de recherche pour ICT Africa, un think tank sud-africain qui étudie les nouvelles technologies, les gouvernements du continent ont d’abord d’autres chantiers auxquels s’attaquer.

« L’une des continuités, analyse Alison Gillwald, c’est que cela contribue à amplifier les inégalités. Et, je pense, c’est le défi principal pour de telles politiques. À cause de la façon dont la quatrième révolution a été présentée, elle préoccupe complètement les gouvernements des pays en développement. Et cela les distraient de la résolution de ces inégalités, qui sont en fait des pré-conditions. »

D’autres voient plutôt la quatrième révolution industrielle comme une chance de sauter des étapes, et d’investir directement dans le futur.

Pour David Sengeh, qui travaille au sein du gouvernement de Sierra Leone sur les questions d’innovation, c’est tout sauf une distraction. « C’est comme lors des deuxièmes et troisièmes révolutions industrielles : on disait que l’Afrique devait se concentrer sur la décolonisation. Et on a laissé les autres pays se servir des ordinateurs, car les gouvernements africains étaient censés se concentrer sur la démocratie. Il n’y a rien de plus important pour nous, gouvernements africains, que de comprendre comment utiliser ces technologies. Si on ne réfléchit pas à ça maintenant, mais dans 50 ans, où en serons-nous ? »

Mais pour pouvoir en profiter, il faudra former les futures générations, car le continent a pour l’instant un vivier de travailleurs peu qualifiés, soit des emplois qui risquent de disparaître.

C’est une chance à saisir selon l’entrepreneur nigérian Iyinoluwa Aboyeji :
« Nous possédons une très grosse population de jeunes, qui ont soif d’opportunités, et la quatrième révolution industrielle est notre meilleure opportunité pour donner naissance au prochain PDG du prochain Microsoft, du prochain Google, et de nous positionner, comme l’Inde a su positionner ses talents. Si on ne le fait pas maintenant, on ne le fera jamais. »

Pour John Asafu-Adjaye, directeur de recherche au Centre africain pour la transformation économique, si l’Afrique veut pleinement se lancer dans cette quatrième révolution industrielle, il va de toute façon falloir investir dans les infrastructures. « Et je parle d’infrastructures lourdes, insiste-t-il, comme les routes, l’électricité, mais aussi les infrastructures légères, comme les connexions Internet. Le gouvernement doit offrir un environnement propice, pour attirer les investissements. »

Ce sera donc à chaque gouvernement de décider, et rapidement, comment se positionner dans ce monde technologique en pleine transformation.

rfi