A Rome, on discute de la façon de raconter la transition exactement au moment où les chiffres offrent une photographie très concrète: l’environnement est désormais entré durablement dans les médias italiens, mais avec des poids très différents. En 2025, l’innovation sociale et la crise climatiques dépassent toutes les deux le million de citations dans les grilles de programmes surveillées, tandis que les transports restent en queue de peloton, avec un peu plus de 217 000 occurrences. Une disproportion qui raconte bien le problème: nous savons parler du climat lorsque cela devient une urgence, une économie, une énergie, une entreprise. Nous éprouvons encore plus de difficulté lorsque le discours se rapproche du terrain, entre autobus, mobilité quotidienne, villes et habitudes réelles.
Le rapport Eco Media 2025 illustre justement cet écart: l’information environnementale croît, s’élargit, demeure présente tout au long de l’année. Certains thèmes, toutefois, continuent à évoluer en seconde ligne. Le suivi porte sur la période du 1er janvier au 31 décembre 2025 et couvre la presse imprimée, le Web, la radio, la télévision et les réseaux sociaux. Pour « citation » on entend la présence de mots-clés rattachables aux différents clusters environnementaux au sein d’articles, contenus en ligne, transcriptions télévisuelles et radiophoniques. Dans cette grille entrent biodiversité, crise, économie et économie circulaire, énergie, institutions et société, ressources, transports, innovation sociale, finance durable et économie responsable. Donc, plus qu’une impression, c’est une photographie de la façon dont les médias italiens ont réparti attention, place et fréquence sur les thèmes environnementaux.
Climat et innovation en tête
Le chiffre le plus fort concerne l’innovation sociale, qui atteint en 2025 1 373 770 citations dans les articles, les services télévisuels et les émissions radiophoniques. Juste derrière, il y a la crise, avec 1 013 566 citations, incluant le changement climatique, la crise climatique, la pollution, la sécheresse, les inondations, le risque d’effondrement hydrogéologique et d’autres signaux désormais trop familiers. À la troisième place se situe l’économie, y compris l’économie circulaire, avec 935 528 contenus. Viennent ensuite l’énergie avec 782 583 citations, les ressources avec 775 957, la biodiversité avec 724 861, les institutions et la société avec 412 031, la finance durable avec 348 831 et, en queue de peloton, les transports avec 217 920.
Le classement dit long même sans crier: l’environnement est raconté surtout lorsqu’il croise l’entreprise, l’emploi, l’innovation, les urgences climatiques, l’économie et l’énergie. La mobilité, elle, reste plus faible. Pourtant, nous parlons bien d’automobiles, de transports publics, de trafic, de villes, de l’air que l’on respire au quotidien. Des sujets de trottoir, pas d’une conférence. Le fait que les transports ferment le classement illustre une disproportion: on parle beaucoup de l’environnement quand il devient un cadre global, moins lorsque cela concerne l’organisation pratique de nos journées.
L’évolution mensuelle suit aussi un rythme presque humain. Pendant les mois d’été, les citations baissent, surtout en août, lorsque la production journalistique ralentit. De septembre à novembre, l’attention remonte, aussi en raison de la COP30. Les pics se répartissent différemment: l’innovation sociale et l’économie atteignent leur maximum en octobre, respectivement avec 173 354 et 102 347 citations; la crise culmine en juillet avec 105 950; l’énergie en juin avec 84 225; les ressources en octobre avec 77 590; la biodiversité en mai avec 67 449; les transports en septembre avec 25 295.
Les mots qui font l’actualité
Dans le cluster de la crise, le mot le plus récurrent est la pollution, avec 254 216 occurrences. Le changement climatique suit de près, avec 250 679 citations. Puis viennent l’inondation, avec 109 588 occurrences, la sécheresse avec 107 144, la décharge avec 94 574, la crise climatique avec 86 501, le réchauffement planétaire avec 50 737, tandis que les inondations et la désertification voyagent toutes les deux autour de 48 000 mentions. Le risque hydrogéologique et les pesticides clôturent le haut du classement, respectivement avec 38 103 et 34 020.
Ici se voit clairement que l’information environnementale italienne reste très attachée à ce qui se voit et ce que l’on subit: l’eau qui envahit, le sol qui cède, l’air pollué, les déchets, la sécheresse. Le changement climatique arrive aussi dans le récit public à travers des mots concrets, car la théorie seule tient peu. Le récit, lui, arrive avec les pieds mouillés.
Sur l’énergie, le gaz domine encore: 419 565 occurrences, bien loin devant l’efficacité énergétique, qui atteint 155 589, la crise avec 145 488, les sources renouvelables avec 112 295 et l’hydrogène avec 103 346. Là aussi le lexique raconte un pays qui parle de transition tout en gardant les yeux rivés sur les sources fossiles, les coûts, la sécurité des approvisionnements. La transition est là, certes. Mais le gaz continue d’occuper la moitié de la pièce.
La biodiversité, en revanche, montre une dynamique presque brutale dans sa simplicité: gagnent les animaux emblématiques. En 2025, le mot le plus présent est ours, avec 433 344 occurrences, tandis que le pluriel « ours » en compte 226 082. Suivent le loup avec 240 577 et les loups avec 165 818. « Parc national » atteint 106 928 mentions, « zones protégées » 38 835, tandis que « conservation de la biodiversité » n’apparaît que 59 fois.
C’est un chiffre qui paraît faible à première vue. Il dit que la biodiversité parvient à percer le bruit lorsqu’elle a un museau, une patte, une controverse, une peur, une photo à relancer. La conservation, lente, technique et quotidienne, reste bien plus fragile dans le récit. L’ours fait la une. L’habitat beaucoup moins.
La mobilité reste en retard
Le cas des transports est peut-être le plus intéressant, justement parce qu’il se situe en bas du classement. En 2025, le cluster réunit 217 920 citations au total, moins que tous les autres. La répartition suit la loi habituelle du web: 163 702 mentions, soit 75 % du total, proviennent des sources en ligne, hors agrégateurs. La presse pèse pour 16 %, la télévision pour 8 %, la radio à peine pour 1 %.
Quand les médias évoquent les transports sous l’angle environnemental, ils le font surtout avec l’expression mobilité durable, qui totalise 163 182 citations. Bien plus loin se situe la mobilité électrique, avec 44 852 occurrences; puis l’autopartage avec 11 440, le transport durable avec 6 419 et la mobilité partagée avec 4 041.
La distance est assez évidente. « Mobilité durable » fonctionne comme une étiquette grande, propre, exploitable. À l’intérieur, toutefois, les pièces du changement semblent peser moins: voitures électriques, partage, transport public, habitudes urbaines. Et ici, l’information environnementale risque de rester large, correcte, voire élégante, sans arriver vraiment au point où les gens attendent un bus qui saute deux courses ou prend la voiture parce que l’alternative manque tout simplement.
La COP30 fait du bruit, puis disparaît
Sur les réseaux sociaux, le suivi porte sur la COP30, la Conférence des Parties sur le climat qui s’est tenue à Belém, au Brésil, du 10 au 21 novembre 2025. Sur Facebook, Instagram, TikTok et X apparaissent 17 256 contenus comportant au moins une citation de la COP30, soit 28 % de moins que la couverture de la COP29 de 2024. Les auteurs sont 7 258, tandis que l’engagement global atteint 834 128 interactions.
L’attention se concentre presque entièrement en novembre: 13 073 mentions au cours du mois de la Conférence, avec un pic durant la semaine du 10 au 16 novembre, lorsque les citations atteignent 6 177. Là aussi, l’engagement suit le même tracé: novembre produit 577 689 interactions, soit 69 % de l’ensemble de l’année, et durant la semaine de pic se concentrent 474 768 interactions.
Le sentiment est en très large majorité neutre, à 94 %. Les contenus critiques représentent 4 %, les positifs 2 %. Les critiques se concentrent surtout sur la perception d’hypocrisie autour de la Conférence, aussi bien en raison des œuvres d’infrastructure réalisées dans le pays hôte que de la sensation d’efforts encore insuffisants, notamment sur le plan économique.
C’est le destin habituel des grandes conférences climatiques: pendant quelques jours, elles deviennent omniprésentes, puis se restreignent. Elles passent des communiqués, des posts, des photos, des vidéos, des commentaires indignés. Elles restent suffisamment pour générer de l’engagement, rarement assez pour changer la manière dont s’ouvre la conversation après l’extinction des projecteurs.
Dans l’ensemble, 2025 montre une information environnementale plus présente, plus continue, moins confinée à la niche. Mais elle révèle aussi une hiérarchie précise: ce qui produit l’urgence, le conflit, l’entreprise, l’énergie et les animaux symbole prend de l’espace; ce qui concerne l’entretien lent des villes, des transports, des écosystèmes et des choix quotidiens a plus de peine. L’environnement est entré dans les médias italiens. Maintenant, il faut qu’il cesse d’entrer uniquement quand il fait du bruit.
Cela pourrait aussi vous intéresser :