Née pour servir l’industrie de la guerre, la plus grande forêt d’Angleterre devient refuge d’espèces menacées

Soixante mille hectares d’épicéa de Sitka, un conifère nord-américain, ont été plantés à la chaîne sur l’une des landes les plus intactes d’Angleterre. Non pas par amour de la nature, mais pour nourrir les industries de guerre. C’était en 1926, et la Forestry Commission, tout juste créée, avait un mandat précis: la couverture forestière britannique avait chuté à 5 %, le bois manquait, il fallait agir rapidement. Des milliers d’anciens soldats au chômage furent employés pour la plantation manuelle. Résultat: environ 650 km² de monoculture. Fonctionnel, efficace, et écologiquement dévastatrice.

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Eppure, cent’anni dopo, quella che doveva essere una riserva di legname è diventata qualcos’altro: uno degli habitat più ricchi del nord dell’Inghilterra, con loutre, des mulots d’eau, des gheppi et environ 50% des écureuils rouges encore présents sur l’ensemble du territoire anglais. On appelle Kielder, et c’est la plus grande forêt d’Angleterre.

Faucons pêcheurs absents depuis deux cents ans

Le changement de cap arrive dans les années 60, lorsque les gestionnaires se rendent compte qu’une monoculture dense et homogène offre peu à toute espèce autre que le Sitka lui-même. Dès lors, on passe à des zones tampons, c’est-à-dire des bandes de végétation le long des cours d’eau, des zones laissées à l’évolution spontanée, et un projet nommé « Kielder sauvage » qui destinera six mille hectares à la conservation active.

Paul Pickett, responsable faune sauvage, se souvient encore du moment où, en 2009, une paire de faucons pêcheurs s’est posée sur la première plateforme de nidification installée dans la forêt. C’étaient les premiers dans le Northumberland depuis deux cents ans. « C’est un grand honneur d’être impliqué dans ce type d’initiatives », a-t-il déclaré au Guardian. Aujourd’hui cette population s’étend au-delà des limites de Kielder, colonisant d’autres zones du nord de l’Angleterre.

Sous les arbres, le véritable trésor climatique

Il y a toutefois un aspect de Kielder qui n’apparaît pas sur les photos: les tourbières. Des étendues de tourbe millénaire qui stockent plus de carbone que tous les arbres de la forêt réunis. Les tourbières couvrent seulement 3% de la surface terrestre, mais constituent le plus grand réservoir naturel de carbone sur la terre ferme.

Lorsque la forêt fut plantée, beaucoup furent drainage pour préparer le terrain. Le problème: en abaissant la nappe phréatique, la tourbe s’oxyde et libère dans l’atmosphère le carbone accumulé au fil des siècles. Rowan Hickman, responsable de la restauration des tourbières, bouche les anciens canaux de drainage pour remonter la nappe et permettre au muschio de sphaigne de revenir à la croissance. Finora sono stati bloccati oltre 50.000 metri di drenaggi. « Ce sont des endroits fabuleux », dit-il, « et en même temps un environnement vraiment sous-estimé ».

Les arbres de demain se plantent aujourd’hui

Mark Holroyd, directeur de Forestry England pour le district nord, regarde ce qui est arrivé dans les forêts allemandes, affaiblies par la sécheresse, attaquées par des parasites: « Avec le changement climatique, nos forêts sont plus vulnérables. Quand une maladie frappe une grande forêt commerciale, l’impact sur l’économie et sur la faune est énorme ».

La réponse consiste à diversifier les espèces plantées, en sachant que le climat dans cent ans sera différent de celui d’aujourd’hui. Le Royaume-Uni importe 80% du bois qu’il consomme, deuxième après la Chine, et Kielder démontre que le produire localement ne signifie pas renoncer à la nature. Cela signifie plutôt apprendre à se tromper moins.

Astrid Ménard

Astrid Ménard

Formée au journalisme et à l’éthique environnementale, j’écris pour dakorsen.com pour donner une voix à celles et ceux qui, partout en France et ailleurs, œuvrent pour la défense du vivant. À travers mes enquêtes et mes reportages, je cherche à éclairer les enjeux cachés de la crise écologique et à raconter des trajectoires de résistance et d’espoir.