Adieu aux pesticides : près de 2 millions d’agriculteurs indiens remportent le prix environnemental le plus prestigieux dédié à l’alimentation

Alors que la majeure partie de l’agriculture mondiale continue de faire face aux effets de la crise climatique, à la perte de biodiversité et à une dépendance croissante envers les engrais et pesticides chimiques, une histoire venue d’Inde pourrait remodeler notre vision de l’avenir de l’alimentation.

Le programme Andhra Pradesh Community Managed Natural Farming (APCNF), l’une des plus grandes initiatives agroécologiques mondiales dirigées directement par les agriculteurs, a remporté le Food Planet Prize 2026, considéré comme le prix international le plus important dédié à la durabilité des systèmes alimentaires.

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La reconnaissance, décernée en Suède et accompagnée d’un financement de 1,5 million de dollars, récompense une expérience qui, au cours des dix dernières années, a impliqué environ 1,8 million d’agriculteurs dans l’État indien de l’Andhra Pradesh, les guidant vers des pratiques agricoles naturelles et à faible impact environnemental.

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Le projet naît d’une idée aussi simple que révolutionnaire : réduire progressivement la dépendance vis-à-vis des intrants chimiques et renouer avec des pratiques agricoles qui respectent l’équilibre des écosystèmes naturels.

Les agriculteurs adoptent en pratique des techniques telles que la couverture permanente du sol, la valorisation de la biodiversité, la réduction des engrais et des pesticides synthétiques et des systèmes de semis qui permettent de mieux conserver l’eau et d’améliorer la fertilité des sols.

L’un des aspects les plus intéressants réside précisément dans la rencontre entre les savoirs traditionnels et la recherche scientifique moderne. Les pratiques sont surveillées, étudiées et améliorées continuellement grâce à un réseau d’animateurs agricoles et de communautés locales. Et aujourd’hui, ce modèle est déployé dans plus de 8 000 villages.

Le rôle des femmes

Ce qui rend le projet encore plus intéressant, c’est le rôle central occupé par les femmes. L’intégralité de l’initiative repose en effet sur un vaste réseau de groupes féminins d’entraide qui contribuent à la formation, à la diffusion des connaissances et à l’organisation des communautés rurales.

Selon les responsables du programme, plus de 340 000 groupes de femmes participent au parcours de transition agricole. Un exemple concret de la façon dont durabilité environnementale, inclusion sociale et émancipation féminine peuvent avancer main dans la main.

Les « agriculteurs-scientifiques »

L’une des caractéristiques les plus innovantes du modèle indien est le concept de « agriculteurs-scientifiques », c’est-à-dire des agriculteurs qui participent activement à l’expérimentation sur le terrain, collectent des données, documentent les résultats et contribuent à la production de nouvelles connaissances agricoles.

Une partie du prix servira justement à renforcer ce réseau d’innovation participative, ainsi qu’à financer des fermes démonstratrices, des programmes de formation internationale et de nouvelles études scientifiques sur les effets de l’agriculture naturelle sur la biodiversité, la fertilité des sols et la résilience climatique.

À une période où la sécurité alimentaire mondiale est menacée par des événements climatiques extrêmes, par la pénurie d’eau et par la dégradation des terres, l’expérience de l’Andhra Pradesh démontre que la transformation à grande échelle est possible.

Astrid Ménard

Astrid Ménard

Formée au journalisme et à l’éthique environnementale, j’écris pour dakorsen.com pour donner une voix à celles et ceux qui, partout en France et ailleurs, œuvrent pour la défense du vivant. À travers mes enquêtes et mes reportages, je cherche à éclairer les enjeux cachés de la crise écologique et à raconter des trajectoires de résistance et d’espoir.