Baie de Tavolara : pétition contre le maxi-resort en Sardaigne atteint 10 000 signatures — et la vôtre ?

La côte nord-est de la Sardaigne est devenue le théâtre de l’un des affrontements environnementaux et institutionnels les plus vifs des dernières années. Au cœur de la tempête se trouve le projet Tavolara Bay, un imposant complexe touristique ultra-luxueux prévu à Cala Finanza, dans la commune de Loiri Porto San Paolo.

L’intervention, qui donne directement sur la Zone Marine Protégée Tavolara-Punta Coda Cavallo, prévoit un hôtel cinq étoiles de 50 chambres, environ 30 villas exclusives, des restaurants, un port de plaisance, des installations de glamping et un parcours de golf à 18 trous. Ce dernier a été ciblé par les critiques pour la consommation d’eau massive qu’il impliquerait dans une région historiquement frappée par la sécheresse.

Le blitz immobilier et la naissance de Sos Cala Finanza

La mobilisation populaire a démarré le 19 avril 2026. Lors d’une promenade, un groupe de citoyens a découvert des bulldozers en action, des genévriers centenaires abattus, de larges pistes dessinées dans la maquis et des ouvrages en béton prêts à être enfouis, le tout en l’absence totale de panneaux de chantier. De ce choc est né le comité Sos Cala Finanza.

La zone touchée n’est pas seulement un paradis naturel intact entre lentisques et myrtes, elle abrite aussi un patrimoine historique d’excellence, y compris une tour byzantine et des agglomérations de l’époque moderne. Le Groupe d’Intervention Juridique (GrIG) a immédiatement dénoncé des irrégularités supposées, soulignant l’absence d’autorisations adéquates pour les zones soumises à une protection paysagistique et la présence d’avis techniques négatifs émanant des directions des biens culturels et du Corps forestier.

Le confrontation politique et le recours au TAR

L’affaire a rapidement pris une dimension politique nationale. Le 4 juin 2026, le Conseil des ministres a confirmé l’autorisation du projet en empruntant les voies rapides de la Zone Économique Spéciale Unique pour le Mezzogiorno, un outil de simplification administrative destiné à attirer les investissements. Cette décision a déclenché la réaction immédiate de la région Sardaigne.

La présidente Alessandra Todde a annoncé un recours formel devant le tribunal administratif, dénonçant le contournement des compétences urbanistiques de l’île. Les tensions institutionnelles ont également provoqué des répercussions locales, aboutissant à la démission de Riccardo Biancu de ses fonctions d’adjoint au maire de Loiri Porto San Paolo. Le WWF Italie est aussi intervenu durement, comparant l’opération aux investissements controversés de la famille Trump dans les zones protégées d’Albanie.

La pétition populaire accélère vers les 100mille signatures

Pour comprendre l’ampleur du sujet, il suffit de constater qu’en moins de trois semaines, la pétition en ligne lancée sur Change.org par le comité Sos Cala Finanza a franchi l’incroyable seuil de 96 000 signatures. Ce succès de signatures démontre comment le destin de ce paradis côtier, situé dans la commune de Loiri Porto San Paolo, est devenu un cas national symbolisant la défense des biens communs. L’onde de indignation populaire a déjà provoqué de fortes secousses politiques au niveau local, entraînant la démission immédiate de Riccardo Biancu de la fonction d’assesseur communal.

Un été de mobilisation et de batailles juridiques

Le destin de ce fragment de Gallura sera décidé dans les mois à venir sur plusieurs fronts. Le calendrier des protestations et des échéances judiciaires est déjà chargé: le 1er juillet, un grand rassemblement pacifique de protestation aura lieu directement à Cala Finanza, tandis que le 8 juillet est attendue la première décision du TAR sur l’appel régional. Une audience de fond sur la légalité des travaux est déjà fixée au 11 novembre.

Les activistes craignent une privatisation progressive du littoral et proposent un modèle alternatif: un développement fondé sur des sentiers naturalistes, la valorisation archéologique et des services légers gérés par des coopératives locales. Entre-temps, la mobilisation populaire par la collecte de signatures continue de croître et le cap des 100 000 signatures est à portée, démontrant que la société civile a décidé de se mobiliser massivement pour protéger la Zone Marine Protégée Tavolara-Punta Coda Cavallo.

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Astrid Ménard

Astrid Ménard

Formée au journalisme et à l’éthique environnementale, j’écris pour dakorsen.com pour donner une voix à celles et ceux qui, partout en France et ailleurs, œuvrent pour la défense du vivant. À travers mes enquêtes et mes reportages, je cherche à éclairer les enjeux cachés de la crise écologique et à raconter des trajectoires de résistance et d’espoir.