Café ugandais : comment l’agriculture régénératrice combat la sécheresse

En Ouganda, dans la région vallonnée de Masaka, le café robusta envoie des signaux encourageants précisément là où le climat commence à faire craindre davantage. Des pluies hors saison, des périodes sèches plus longues, des sols dégradés et des récoltes moins prévisibles sont devenus une réalité concrète pour ceux qui vivent du café, l’une des cultures les plus importantes du pays et une part lourde des exportations agricoles ougandaises.

Ici, un projet d’agriculture régénérative s’efforce de transformer la manière dont le café est cultivé, en s’appuyant sur des gestes très concrets: couvrir le sol, le protéger de l’érosion, planter des variétés plus résilientes à la sécheresse, recourir à des arbres d’ombrage, laisser le sol reprendre durablement eau et matière organique. Pas de miracles promis par des brochures écologiques; il s’agit plutôt d’un entretien patient de la terre.

Les fermes-modèles de Masaka

Le projet s’est développé dans la zone de Masaka avec le soutien du Global Environment Facility, en synergie avec des organisations telles que l’UICN, Nespresso et Kyagalanyi Coffee Limited, l’un des principaux exportateurs de café du pays. Plus de 30 fermes-modèles ont été créées, utilisées comme des fermes-école où les petits producteurs peuvent constater sur place ce qui change lorsque le sol est traité comme une ressource vivante et non comme un simple support à exploiter.

Selon l’UICN, plus de 2 100 familles agricoles ont été formées à des pratiques telles que le paillage, la gestion de la fertilité du sol, l’agroforesterie/intercropping, les arbres d’ombre, le rajeunissement des plantations et le contrôle intégré des parasites. Dans un territoire où de nombreux cultivateurs exploitent de petites superficies, ce type de formation compte presque autant que la récolte: si la technique reste théorique, elle n’atteint pas vraiment les parcelles.

Le paillage, par exemple, sert à couvrir le sol avec des matériaux organiques, réduisant l’évaporation et protégeant les racines de la chaleur. Les cultures de couverture aident à limiter l’érosion et à améliorer la fertilité. Les arbres d’ombre abaissent le stress thermique des plants de café et fournissent de la matière organique via leurs feuilles. Ce sont aussi des pratiques connues en agroforesterie, que la FAO estime utiles pour améliorer la fertilité, la structure du sol et la résilience des systèmes agricoles.

Pourquoi le café ougandais compte autant

Le café n’est pas une culture ordinaire pour l’Ouganda. Le pays figure parmi les principaux exportateurs du continent et produit surtout du robusta, une variété très présente aussi dans les mélanges consommés en Europe. Selon les données du département café ougandais, entre novembre 2024 et octobre 2025 les exportations ont atteint 8,4 millions de sacs, pour une valeur d’environ 2,4 milliards de dollars. Un rapport ONUDI sur le secteur indique que le café demeure l’une des principales sources de revenus agricoles et mobilise un vaste réseau de petits producteurs.

Quand la pluie devient irrégulière, le problème ne se limite donc pas aux champs. Il rejoint les foyers, les marchés, les prix, et la stabilité des revenus. Cela se voit clairement dans les paroles des cultivateurs impliqués dans le projet: auparavant l’érosion était perçue comme une condamnation du paysage; aujourd’hui, de nombreux agriculteurs racontent des sols plus stables, des plantes plus saines et des récoltes plus prometteuses.

Le sol retient l’eau, la récolte respire

L’agriculture régénérative est souvent confondue avec le biologique, mais le cœur du propos est différent. L’objectif n’est pas seulement d’éliminer certains intrants chimiques. Le point opérationnel est de reconstruire la fonctionnalité du sol: plus de matière organique, plus de vie microbienne, une meilleure capacité à retenir l’humidité et moins de pertes de nutriments lors des pluies intenses.

Dans le cas du café, cette différence compte énormément. Les plantes vivent pendant des années sur la même parcelle et dépendent d’un équilibre délicat entre ombre, eau, fertilité et température. Dans les zones tropicales sujettes à des pluies violentes, un sol découvert peut rapidement perdre ses couches fertiles. Une fois le sol bon perdu, il n’est pas suffisant de planter de nouvelles plants et d’espérer que cela s’améliore.

Pour cette raison, l’usage d’arbres, de feuilles, de couvertures végétales et de résidus organiques ne constitue pas une décoration agricole. C’est une forme d’assurance lente. Moins spectaculaire qu’une nouvelle installation industrielle, elle est bien plus proche de la vie quotidienne de ceux qui doivent décider si la prochaine récolte suffira à payer l’école, la nourriture, les médicaments ou les transports.

Le prix du café passe aussi par là

Ces dernières années, le prix du café a fortement fluctué, tiré par des phénomènes climatiques, des tensions logistiques, la demande mondiale et les difficultés de production dans les principaux pays producteurs. Pour celui qui boit une tasse au bar ou achète un paquet au supermarché, ces mouvements apparaissent souvent comme des hausses; pour le cultivateur, ils se présentent d’abord comme un risque.

Rendre les rendements plus stables signifie réduire une part de cette fragilité. Cela ne résout pas à lui seul le problème des prix, ni n’efface les inégalités de la chaîne où une grande partie de la valeur se concentre loin des champs. Mais cela permet aux petits agriculteurs d’avoir des plantes moins vulnérables, des sols moins épuisés et des récoltes plus prévisibles.

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Astrid Ménard

Astrid Ménard

Formée au journalisme et à l’éthique environnementale, j’écris pour dakorsen.com pour donner une voix à celles et ceux qui, partout en France et ailleurs, œuvrent pour la défense du vivant. À travers mes enquêtes et mes reportages, je cherche à éclairer les enjeux cachés de la crise écologique et à raconter des trajectoires de résistance et d’espoir.