SOS Mer : les plages italiennes plus propres, mais nos océans restent loin d’être protégés

252 déchets par cent mètres de plage. C’est la donnée italienne de 2024 et, prise isolément, elle impressionne assez. Puis on revient à 2015, quand ils étaient 518, et la perspective change : en moins de dix ans, la quantité de déchets marins échoués a pratiquement été divisée par deux.

Voici l’une des rares bonnes nouvelles contenues dans le Rapporto SDGs 2026 de l’ISTAT, qui retrace les progrès italiens vers les objectifs de l’Agenda 2030. Sur la mer, toutefois, la photographie reste sombre. L’Union européenne considère qu’un « bon état environnemental » des côtes est compatible avec un seuil de 20 déchets par cent mètres. L’Italie demeure bloquée à 252. L’amélioration existe donc et est nette, mais l’écart par rapport à l’objectif reste considérable.

La moitié des déchets a disparu, puis la chute s’est arrêtée

La réduction a touché toutes les zones marines italiennes, avec un résultat particulièrement net en Ionio et Méditerranée centrale. Ici, les déchets échoués sont passés de 407 à 144 par cent mètres de côte.

Une grande partie de la baisse s’est concentrée entre 2015 et 2023. Dans la dernière année la descente s’est arrêtée : le chiffre de 2024 est resté essentiellement identique à celui de l’année précédente. Après des années d’amélioration rapide, l’Italie semble donc atteindre une sorte de palier, encore très élevé par rapport au seuil européen.

Dans l’ensemble, les principales catégories de déchets monitorées ont diminué de 44,3 %. Une exception va dans le sens contraire : les objets liés au tabac. Dans l’Ionio et dans la Méditerranée centrale, ils sont passés de 1 à 13. Mozzicons, filtres et emballages continuent de s’infiltrer partout, assez légers pour être entraînés par le vent et si petits qu’ils peuvent disparaître dans le sable avant que quelqu’un prenne la peine de les ramasser. La plage est plus propre qu’il y a dix ans, selon les chiffres. Propre assez pour les objectifs européens, mais clairement pas.

Nous protégeons à peine 11,6 % de la mer

Le retard le plus lourd concerne les zones marines protégées. En 2024 elles couvraient 11,6 % des mers italiennes, à peine 1,3 point de pourcentage de plus par rapport à 2018. La partie soumise à une protection rigoureuse se limitait à 0,5 %.

La Stratégie européenne pour la biodiversité exige d’ici 2030 d’atteindre 30 % de surface marine protégée, avec au moins 10 % rigoureusement protégé. L’Italie manque 18,4 points au premier objectif et 9,5 au second. Avec les chiffres actuels, elle occupe la quinzième place dans le classement européen.

Même le reste de l’Union n’avance pas particulièrement rapidement. Entre 2018 et 2025, la surface marine protégée dans l’UE est passée de 10,8 à 13,7 %. Celle soumise à une protection rigoureuse n’atteint que 1 %. Les Pays-Bas, la Belgique, l’Allemagne et la France sont les seuls quatre pays à avoir déjà dépassé le seuil des 30 %.

En Italie, les zones marines inscrites dans le Réseau Natura 2000 et les Zones de protection écologique couvraient en 2025 6,5 % de la surface considérée, un taux resté quasi immobile par rapport à l’année précédente. Il s’agit de 23 280 kilomètres carrés d’eaux territoriales, à quoi s’ajoutent 170 kilomètres carrés de Zones de protection écologique sous juridiction italienne. Ensemble, ils représentent 56 % des zones marines protégées du pays.

Ici aussi, l’Italie change considérablement d’une côte à l’autre. En Puglia, ces zones atteignent 31 % de la surface marine régionale, pour un total de 4 770 kilomètres carrés. Dans les Marches, elles s’arrêtent à 0,3 %, soit seulement 12,4 kilomètres carrés.

La pêche s’améliore, la mer se réchauffe

Quelques signaux positifs viennent des stocks halieutiques. En 2023, 55,6 % de ceux surveillés se situaient à des niveaux biologiquement soutenables, avec une hausse de 17,7 points par rapport à 2022. En 2019, la part était figée à 5,6 %. Le taux moyen d’exploitation s’est aussi amélioré, c’est-à-dire le rapport entre la mortalité causée par la pêche et le niveau compatible avec le rendement maximal soutenable. En dix ans, il est passé de 2,9 à 1, atteignant pour la première fois le seuil désigné comme durable.

L’activité de pêche continue toutefois de se concentrer dans certaines zones précises. En 2024, les niveaux les plus élevés ont été enregistrés dans le canal de Sicile et dans le milieu Adriatique, avec des pics allant jusqu’à 6 189 heures de pêche par kilomètre carré.

Pendant ce temps, l’eau se réchauffe. En 2024, la température superficielle des mers italiennes a dépassé la moyenne climatique de la période 1991-2020. En août, les anomalies ont atteint 3,6 °C dans l’Adriatique et 3,2 °C dans les zones économiques exclusives italiennes. Des écarts qui ne sont pas négligeables pour des écosystèmes déjà soumis à la pression de la pêche, de la pollution et des activités humaines le long des côtes.

Les eaux de baignade tiennent bon

La qualité des eaux marino-côtières reste élevée. En 2024, 90,6 % des sites italiens ont reçu la classification de qualité excellente, le même pourcentage enregistré en 2023. 98 % ont respecté au moins les exigences minimales prévues par la réglementation européenne.

La Puglia atteint 99,6 % d’eaux excellentes, suivie par le Frioul-Vénétie Julienne avec 98,2 %. L’Abruzzo se situe à 78,8 %, la valeur la plus basse parmi les régions. Par rapport à l’année précédente, on note surtout une amélioration du Molise, avec +8,6 points de pourcentage, et de la Calabre, avec +3,9 points. La Campanie et les Marches perdent respectivement 2,2 et 1,2 points.

Les chiffres donnent ainsi deux images différentes de la même mer. Le long des côtes, les déchets diminuent et la qualité des eaux reste en grande partie excellente. Plus au large, la surface protégée croît lentement, ce qui est incompatible avec l’échéance de 2030, tandis que les températures continuent d’augmenter. Les plages les plus propres se dessinent. 88,4 % de la mer restent en dehors des zones protégées, chiffre bien moindre.

Astrid Ménard

Astrid Ménard

Formée au journalisme et à l’éthique environnementale, j’écris pour dakorsen.com pour donner une voix à celles et ceux qui, partout en France et ailleurs, œuvrent pour la défense du vivant. À travers mes enquêtes et mes reportages, je cherche à éclairer les enjeux cachés de la crise écologique et à raconter des trajectoires de résistance et d’espoir.