Pétrolière chargée de pétrole brut en feu dans la mer Noire : plages fermées après l’attaque et désastre écologique redouté

Une colonne de fumée noire s’élevait de la mer et s’étirait vers la côte, tandis qu’en dessous se déployait une pétrolière en flammes. C’est l’image qui est arrivée ces dernières heures de Sotchi, sur la mer Noire, où l’Aframax Rio, un vaste navire-citerne battant pavillon libérien, aurait été touché par un bâtiment sans équipage.

L’incendie s’est déclenché ces dernières heures au large de la célèbre station balnéaire russe et a forcé les autorités à fermer temporairement les plages et le front de mer. À bord se trouvaient 23 membres d’équipage, tous citoyens indiens: ils ont été évacués et aucun blessé n’a été signalé.

Mais c’est surtout ce qui se passe autour du navire qui attire l’attention: selon le ministère russe des Transports, après l’attaque, du pétrole aurait pris feu directement dans les eaux de la mer Noire et, pendant un long moment, l’intensité des flammes a empêché les unités de secours de s’approcher en sécurité de la pétrolière.

Quelle quantité de pétrole s’est répandue dans la mer ?

Voilà le point sur lequel, pour l’instant, subsiste la plus grande incertitude. Le ministère russe des Transports a évoqué explicitement une « combustion ouverte de pétrole » dans les eaux de la mer Noire, mais aucune estimation fiable de la quantité de brut éventuellement sortie des citernes n’a encore été rendue publique.

Les images montrent des flammes à la surface de la mer et une immense colonne de fumée sombre, des éléments compatibles avec la présence d’hydrocarbures, mais parler dès maintenant d’une grande marée noire ou quantifier le dégât ne serait pas prudent.

Et c’est précisément cette partie de l’incident qu’il faudra observer dans les prochaines heures.

Un pétrolier de cette taille peut transporter des centaines de milliers de barils de pétrole brut. Sa capacité théorique ne dit toutefois pas nécessairement quelle quantité de pétrole se trouvait effectivement à bord ni, surtout, combien d’entre eux se seraient répandus dans la mer.

La Mer Noire de plus en plus impliquée dans la guerre

L’incendie de l’Aframax Rio survient alors que la mer Noire vit une nouvelle et dangereuse escalade des attaques contre la navigation commerciale.

Dans les mêmes heures, deux navires marchands ont été frappés par des drones dans la zone économique exclusive bulgare: l’un a sombré, tandis que l’équipage de l’autre a été évacué, avec deux blessés. Les autorités bulgares ont précisé que l’origine des drones n’était pas encore établie.

Quelques jours plus tôt, une autre marchande, propriété turque et chargée de maïs, avait été touchée dans la zone économique exclusive de la Roumanie: dans l’attaque, deux personnes sont mortes et le président ukrainien Volodymyr Zelensky a attribué cette action à la Russie.

La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, a qualifié les attaques contre la navigation civile d’« inacceptables », soulignant le risque croissant pour les navires et leurs équipages dans la mer Noire.

À chaque navire touché, c’est du carburant, des huiles, des marchandises et des substances potentiellement polluantes qui partent. Chaque incendie en mer peut aussi devenir un problème environnemental. Et lorsque la guerre se déplace sur les routes commerciales de la mer Noire, ce ne sont pas seulement les armées qui se retrouvent de plus en plus souvent sur la ligne de front.

Astrid Ménard

Astrid Ménard

Formée au journalisme et à l’éthique environnementale, j’écris pour dakorsen.com pour donner une voix à celles et ceux qui, partout en France et ailleurs, œuvrent pour la défense du vivant. À travers mes enquêtes et mes reportages, je cherche à éclairer les enjeux cachés de la crise écologique et à raconter des trajectoires de résistance et d’espoir.