Les tomates, comme d’autres produits agricoles, peuvent contenir des résidus de pesticides utilisés durant les cultures, bien sûr dans des limites fixées par la réglementation afin de protéger la santé des consommateurs. Mais que se passe-t-il lorsque l’on demande d’augmenter la quantité maximale autorisée ?
Il s’agit du flupyradifurone, un insecticide pour lequel Bayer a déposé une demande de modification des limites maximales de résidus dans les tomates, attirant l’attention de l’Autorité européenne pour la sécurité des aliments (EFSA) sur une proposition qui prévoit de plus que doubler la valeur actuelle.
Dans un avis scientifique publié le 8 octobre 2026, l’EFSA a examiné la demande et proposé d’augmenter la limite maximale de résidus (LMR) du flupyradifurone de 0,7 à 1,5 milligrammes par kilogramme. L’évaluation porte également sur le DFA, un métabolite du composé, c’est‑à‑dire une substance qui peut se former par la transformation du pesticide dans la plante ou dans l’environnement.
Selon l’EFSA, l’exposition des consommateurs aux résidus des deux substances, compte tenu des usages agricoles déclarés, est peu susceptible de présenter un risque pour la santé, tant à court terme qu’à long terme. Cela ne constitue toutefois pas une garantie que le pesticide soit dépourvu de tout risque dans toutes les situations.
Qu’est-ce que le Flupyradifurone
Le flupyradifurone est une substance active utilisée comme insecticide en agriculture. Sa présence dans les produits végétaux est soumise à des limites maximales de résidus, établies par la réglementation européenne afin de tenir compte des usages agricoles prévus et de protéger la santé des consommateurs.
La limite maximale de résidus indique la quantité maximale de pesticide qui peut rester légalement dans l’aliment, et non la quantité que les agriculteurs peuvent appliquer sur les cultures. Cela ne signifie pas non plus que cette quantité sera nécessairement ingérée par celui qui consomme le produit.
Dans le cas examiné, Bayer AG a demandé à modifier les limites existantes pour le flupyradifurone et pour son métabolite DFA dans les tomates. La demande a été déposée auprès de l’autorité nationale compétente en Grèce, mais la modification éventuelle ne concernerait pas seulement les tomates vendues en Grèce, car les limites maximales de résidus sont harmonisées au niveau européen et s’appliquent aux aliments commercialisés dans tous les États membres.
L’EFSA a examiné les données fournies à l’appui de la demande et a estimé qu’elles étaient suffisantes pour formuler de nouvelles propositions de limites maximales de résidus pour les deux substances. Il est toutefois important de préciser qu’il s’agit d’une proposition scientifique et non d’une nouvelle limite déjà entrée en vigueur.
Ce que dit l’EFSA sur les risques pour la santé
Pour évaluer la sécurité de la modification demandée par Bayer, l’EFSA a estimé la quantité de flupyradifurone et de DFA que les consommateurs pourraient assimiler via les aliments, en la comparant aux valeurs toxicologiques de référence. Dans le cas des tomates, l’exposition aiguë estimée représente 43 % de la dose aiguë de référence (ARfD) pour le groupe d’enfants considéré comme le plus exposé. Sur le long terme, en revanche, la contribution des résidus présents dans les tomates est estimée à 1,44 % de la dose journalière admissible (DJA). En tenant compte de tous les aliments inclus dans l’évaluation, l’exposition chronique globale atteint au maximum 55 % de la DJA, pour le groupe de la population le plus exposé.
Ce sont des pourcentages qui, selon l’évaluation de l’EFSA, restent en deçà des valeurs de référence et n’indiquent pas de risque pour les consommateurs dans les conditions examinées. Il faut toutefois comprendre qu’il s’agit d’estimations d’exposition, élaborées à partir des résidus mesurés lors des essais et des données de consommation alimentaire, et non de mesures effectuées sur toutes les personnes qui mangent des tomates.
Dans l’avis, apparaît également un aspect à ne pas négliger. Pour le DFA, le métabolite du flupyradifurone, l’EFSA distingue entre les résidus issus du traitement direct des tomates et ceux qui peuvent être absorbés par les racines via le sol, même à la suite de traitements antérieurs sur d’autres cultures. Pour cette raison, elle propose deux limites possibles: 0,08 mg/kg en ne tenant compte que du traitement direct et 0,4 mg/kg en incluant les résidus potentiellement absorbés par le sol. La seconde valeur correspond à la limite actuellement prévue.
Le choix entre ces deux options nécessite des évaluations complémentaires de la part des autorités qui gèrent le risque: il faut décider si l’on maintient la limite la plus élevée afin de prendre en compte l’absorption par le sol ou si l’on adopte des mesures pour réduire la présence de résidus dans les cultures suivantes. Il s’agit d’un élément distinct de l’évaluation du risque alimentaire, que l’EFSA estime improbable dans les deux scénarios.
Et en Italie ?
Le fait que la demande ait été déposée en Grèce peut prêter à confusion. Dans le système européen, un État membre peut être chargé d’examiner initialement une demande, mais les limites maximales de résidus sont harmonisées au niveau de l’Union.
La procédure prévoit que, après l’avis de l’EFSA, la Commission européenne élabore un projet de règlement. Le texte est soumis aux États membres selon la procédure prévue par la réglementation européenne et, s’il est adopté, modifie les limites applicables.
Cela signifie qu’une éventuelle augmentation de la limite pour les tomates pourrait concerner celles vendues en Italie, ainsi que celles commercialisées dans les autres pays de l’UE. Les mêmes règles relatives aux résidus s’appliquent aussi aux tomates importées de pays non européens.
Pour le moment, toutefois, l’avis de l’EFSA n’équivaut pas à l’approbation définitive de la modification. Pour savoir quand et si la nouvelle limite deviendra effectivement applicable, il faudra vérifier le règlement éventuel de la Commission européenne publié au Journal officiel de l’Union européenne.
Il faut retenir que lorsque l’on augmente une limite, la question à poser n’est pas seulement de savoir si la nouvelle valeur est compatible avec la protection de la santé selon l’évaluation disponible, mais aussi quelles nécessités de production rendent la modification nécessaire et s’il existe des alternatives permettant de limiter l’usage des pesticides.
Parce que protéger ceux qui consomment signifie certes évaluer les risques sur la base des preuves scientifiques, mais aussi garantir la transparence sur les demandes des entreprises, sur les critères adoptés et sur les décisions qui peuvent influencer les aliments présents chaque jour sur nos tables.