Il devait y avoir des parasols, des serviettes et des baigneurs. Or, sur la nouvelle plage de Salerne, l’herbe pousse. Et ce n’est pas une métaphore : sur le rivage du front de mer Marconi, entre les quartiers de Torrione et Pastena, des touffes de végétation spontanée sont apparues et, petit à petit, transforment une étendue de matériau grisâtre en une sorte de pelouse donnant sur la mer.
Une scène plutôt surréaliste, surtout si l’on considère que cette plage avait été créée précisément pour restituer aux habitants un tronçon de littoral par le biais d’un travail de réensemencement des plages.
Nous ne sommes toutefois pas face à un exemple vertueux de la nature qui reconquiert ses espaces. L’histoire d’Universe Beach, tel est le nom donné à l’aire de baignade, raconte plutôt ce qui peut arriver lorsqu’un projet de réhabilitation du littoral s’enlise entre matériaux non conformes, contestations et travaux à refaire.
Une plage nouvelle, mais avec le matériel erroné
Tout tourne autour du matériel utilisé pour le renforcement du littoral, l’intervention consistant à ajouter des sédiments à une plage afin de l’agrandir ou de contrer l’érosion côtière.
Dans le cas de Salerne, quelque chose n’est pas allé comme prévu. Déjà en novembre 2025, la municipalité avait contesté à l’entreprise adjudicataire la non-conformité des matériaux utilisés par rapport aux caractéristiques prévues par le cahier des charges.
La question est devenue officielle avec la suspension des travaux le 4 mai 2026 et avec une note de la Municipalité publiée le 15 juin, dans laquelle l’administration expliquait avoir engagé un litige avec l’entreprise et une action en résiliation du contrat.
La conclusion était claire : le matériau déposé sur la plage devait être remplacé. Entre-temps, toutefois, est arrivée l’été, période durant laquelle il était impossible d’effectuer les interventions pour des raisons de sécurité dans les zones de baignade. Le résultat a été un chantier suspendu et une plage restée fermée au public.
A compliquer davantage l’affaire sont arrivés les contrôles de l’ARPAC. Selon ce qui a été rapporté par le quotidien La Città di Salerno, les prélèvements ont mis en évidence une forte charge bactérienne et des problèmes de perméabilité du matériau déposé.
Mais pourquoi l’herbe pousse-t-elle sur la plage ?
C’est sans doute l’aspect le plus surprenant de l’ensemble. Sur la surface destinée à accueillir les baigneurs poussent des herbes spontanées et des graminées, particulièrement visibles près du mur du front de mer, mais présentes aussi à d’autres points de la plage.
Comment est-ce possible ?
Les graines des plantes peuvent être transportées par le vent et trouver des conditions favorables à la germination même sur des surfaces apparemment peu hospitable. L’absence de fréquentation et l’absence d’entretien peuvent en outre favoriser la croissance de la végétation.
Mais attention : voir l’herbe sur une plage ne signifie pas automatiquement assister à la renaissance d’un écosystème naturel.
Les plantes apparues à Universe Beach, selon les chroniqueurs locaux, ne sont pas les emblématiques lis de mer des milieux dunaires, mais des espèces herbacées spontanées et communes. Et leur présence ne suffit pas, à elle seule, à démontrer que le matériel utilisé est inadapté au réensemencement : cette non-conformité ressort des vérifications et des contestations techniques de la Municipalité.
Le paradoxe demeure néanmoins évident : là où l’on s’attendait à trouver une plage sablée, les habitants observent aujourd’hui une étendue de végétation qui pousse sur un matériau destiné à être retiré.
Maintenant, il faut tout retirer, et on risque de perdre aussi l’été 2027
Le 28 septembre 2026, lors d’un rendez-vous convoqué par le maire Vincenzo De Luca, l’entreprise adjudicataire a manifesté sa disponibilité à enlever le matériel contesté.
Dans le communiqué diffusé après la réunion, la Municipalité a expliqué que les demandes économiques de l’entreprise avaient été examinées et qu’il ne semble pas y avoir d’obstacles insurmontables à un accord.
Pour lancer les interventions, toutefois, il faut l’autorisation du Bureau de l’Environnement de la région Campanie. Et les délais pourraient être tout sauf courts.
Selon les déclarations de l’élu municipal Dario Loffredo et relayées par la presse locale à la fin du mois de septembre, l’achèvement des travaux pourrait n’arriver qu’en octobre 2027. Si cette prévision venait à se confirmer, l’été prochain risquerait aussi de passer sans que les habitants puissent réutiliser régulièrement ce tronçon de littoral.
Entre-temps, selon La Città di Salerno, le simple retrait du matériau pourrait coûter environ un million d’euros, une estimation encore soumise à des approfondissements techniques.
Le paradoxe d’une côte qui attend d’être rendue aux citoyens
L’affaire de Salerne soulève une question qui va bien au-delà de la seule plage. Dans un pays où l’érosion côtière représente un défi de plus en plus important, les interventions de réensemencement des plages peuvent contribuer à la protection et à la conservation des plages. Mais elles doivent être conçues et exécutées en utilisant des matériaux adaptés et en respectant les caractéristiques environnementales des lieux.
Sinon, on risque d’obtenir l’effet inverse de celui escompté : plutôt que de restituer un espace à la collectivité, on le rend inutilisable, avec des travaux supplémentaires, des coûts et des retards.
À Salerne, la situation est devenue presque une photographie de l’absurde. Pour créer une nouvelle plage, des matériaux ont été déposés et doivent désormais être retirés. Pendant que les autorisations et les interventions se préparent, la plage reste fermée et l’herbe continue de pousser.