Rome brûlante : les températures ont augmenté de 3 °C en 40 ans — données climatiques inédites

Rome connaît bien la chaleur, peut-être même trop. Ce sont les pavés qui semblent retenir le soleil par défi, les arrêts de bus où l’ombre est une concession divine, les immeubles qui en juillet deviennent des fours sous le bail. Cette fois, la phrase de comptoir sur « il fait plus chaud qu’avant » trouve un appui précis: une série historique, un lieu reconnaissable, un thermomètre planté au cœur de la ville. Et ce thermomètre dit quelque chose de plutôt brut: des années 80 à aujourd’hui, la capitale s’est réchauffée d’environ 3 degrés.

La donnée provient d’une nouvelle analyse de l’Istat sur les stations météo historiques de quatre capitales européennes: Berlin-Dahlem, Madrid El Retiro, Paris Montsouris et Rome Collegio Romano. La courbe romaine, dans le graphique des températures moyennes annuelles et des moyennes mobiles quinquennales, augmente avec une force particulière dans la dernière partie de la série. L’Istat signale que dans les quatre villes, l’augmentation maximale se concentre au cours des 15 dernières années, mais Rome part déjà avec un écart plus lourd à porter.

Le centre tient le décompte

Le Collegio Romano agit ici comme un thermomètre posé le long d’une ville qui a changé de peau à maintes reprises. La série s’étend jusqu’en 2024/25 et réunit la mémoire climatique de plus d’un siècle et demi. À l’intérieur de cette ligne bleue, Rome montre une stabilité ancienne puis une hausse de plus en plus marquée: le passage des années quatre-vingt à aujourd’hui ressemble à une rampe, la dernière portion étant bien plus raide.

Pour une ville déjà habituée à coexister avec des étés longs et durs, la comparaison pèse plus que d’habitude. Madrid, Paris et Berlin croissent, mais Rome croît davantage. Environ un degré de plus par rapport aux autres capitales considérées. Lu à l’écran, cela peut sembler peu, mais un degré dans une pièce sans air, durant une nuit tropicale, avec le ventilateur qui ne déplace que de l’air chaud, devient une autre affaire.

Les nuits s’allongent

Le réchauffement urbain s’insère dans un cadre national déjà très net. Sur la période 2006-2023, par rapport à la moyenne climatique 1981-2010, parmi les 21 capitales régionales italiennes les jours d’été, c’est-à-dire ceux dont la température maximale dépasse 25 °C, sont passés de 101 à 114. Les nuits tropicales, avec une minimale supérieure à 20 °C, sont passées de 38 à 49. Traduction dans la vie quotidienne: plus de journées chaudes et plus de nuits durant lesquelles le corps a du mal à récupérer.

Rome, avec les données du Collegio Romano, se situe exactement au cœur de cette transformation. Plus de jours chauds, plus de nuits lourdes, plus de fatigue accumulée. La ville chaude d’aujourd’hui naît de la somme de facteurs: le réchauffement général, le poids de l’environnement urbain, l’effet des îlots de chaleur, que l’Istat pointe comme un élément en mesure de rendre la tendance encore plus marquée dans les zones urbaines. La température moyenne raconte une trajectoire; les nuits tropicales racontent la manière dont cette trajectoire pénètre dans les maisons, les nuits interrompues, les ventilateurs laissés en marche.

Rome dans un climat qui s’accélère

En 2024, l’ampleur du changement devient plus claire. Par rapport à la période 1991-2020, les températures au sol se sont avérées plus élevées de +0,7 °C à l’échelle mondiale, +1,3 °C en Italie et +1,5 °C en Europe dans son ensemble. L’Istat rappelle aussi que 2022 et 2023 ont été, pour l’Italie, les années les plus chaudes depuis le début des mesures.

Dans ce cadre, les 3 degrés du Collegio Romano depuis les années quatre-vingt deviennent un signal local bien plus dur que la moyenne mondiale. Ce sont des heures supplémentaires d’inconfort, des climatiseurs qui restent allumés plus longtemps, des corps plus fatigués, des personnes âgées plus exposées, des quartiers plus difficiles à traverser aux heures inopportuns. La température moyenne semble être un chiffre net. Puis elle échappe au graphique et s’appuie sur les personnes.

La Méditerranée confirme aussi cette pression. Entre 1940 et 2025, la température moyenne annuelle de la mer Tyrrhénienne et de l’Adriatique a augmenté de plus de 1 °C, à une vitesse double de la moyenne mondiale. C’est le contexte dans lequel évolue Rome: une capitale intérieure, proche du Tyrrhène, dans une zone que l’Istat décrit comme particulièrement vulnérable du point de vue climatique.

Le Tibre dans la même histoire

La chaleur, à Rome, touche aussi l’eau. L’analyse des débits des principaux fleuves italiens montre, depuis les années quatre-vingt, une tendance à la contraction dans le bassin du Tibre, ainsi que dans celui de l’Arno. Sur le graphique Istat apparaît la station de Ripetta, donc un point romain par excellence, avec une série longue qui décrit les variations des débits moyens annuels par rapport à la moyenne 1926-1999.

Le Po, explique l’Istat, bénéficie de la régulation naturelle des lacs préalpins, même si les analyses saisonnières montrent aussi dans le bassin padan une forte augmentation des périodes d’étiage estivales, culminant dans la crise de 2022. Le Tibre, quant à lui, entre dans le tableau avec une fragilité plus proche de la vie romaine: moins d’eau dans le bassin, plus chaud en ville, des étés qui ressemblent de moins en moins à une parenthèse et de plus en plus à une longue condition.

Entre-temps, les émissions italiennes de gaz à effet de serre ont suivi une trajectoire différente: pic en 2005, puis baisse rapide, jusqu’à un niveau en 2024 presque 30% en dessous de 1990. Cela n’efface pas la température déjà accumulée dans les villes. Le chiffre romain, en effet, parle d’effets désormais visibles dans la série historique, avec une courbe qui a déjà changé de quota. Sur le graphique, la ligne de Rome monte. Dans la vie quotidienne, la ville ferme les volets, cherche un arbre, attend le soir. Et elle découvre que le soir ne suffit plus.

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Astrid Ménard

Astrid Ménard

Formée au journalisme et à l’éthique environnementale, j’écris pour dakorsen.com pour donner une voix à celles et ceux qui, partout en France et ailleurs, œuvrent pour la défense du vivant. À travers mes enquêtes et mes reportages, je cherche à éclairer les enjeux cachés de la crise écologique et à raconter des trajectoires de résistance et d’espoir.