Angleterre : plus de 2 000 sapins de Noël enterrés sur la plage pour protéger la côte — et ça fonctionne

Plus de 2 000 arbres de Noël enterrés le long de trois kilomètres de plage. À St Annes, sur la côte anglaise du Lancashire, environ 650 bénévoles ont consacré trois jours à enfouir des sapins mis au rebut après les fêtes. Les troncs ont fini sous le sable, les branches sont restées découvertes. Et non, il ne s’agit pas d’un mode d’élimination particulièrement fantasique: ces arbres servent à retenir le sable et à reconstruire les dunes qui protègent les habitations des marées.

L’opération s’est déroulée du 10 au 12 février 2026, dans le cadre du Fylde Sand Dunes Project, un programme de restauration lancé il y a plus d’une décennie sur une côte qui, au cours d’un siècle et demi, a perdu environ 80 % de ses dunes. Dans certains tronçons, depuis 2013, le sable a déjà reconquis des dizaines de mètres. Les arbres de Noël constituent l’un des outils employés, aux côtés des barrières en bois et de la végétation indigène.

Pour reconstruire les dunes, les arbres, le vent et un peu de patience suffisent

Le procédé exploite un phénomène naturel assez élémentaire. Lorsque le vent souffle, le sable se déplace le long de la plage jusqu’à ce qu’il rencontre un obstacle. À St Annes, cet obstacle est un sapin de Noël qui a déjà terminé son service dans le salon.

Les bénévoles creusent des tranchées devant les dunes existantes, disposant les arbres les pointes tournées vers la mer et recouvrant les troncs. Les branches restent exposées, interceptent les grains transportés par le vent et en favorisent l’accumulation. Avec le temps, de petits monticules peuvent devenir de nouvelles dunes.

Évidemment, les arbres doivent être placés aux bons endroits, suffisamment loin de l’action directe des marées pour éviter qu’ils ne soient entraînés. Le travail se poursuit ensuite avec des clôtures en bois de châtaignier et des plantations d’Ammophila arenaria, une graminée qui pousse sur les dunes et les stabilise par ses racines. La végétation contribue ainsi à retenir le sable accumulé. Les sapins accomplissent le premier travail, les plantes aident à préserver les résultats.

Une côte qui a perdu l’80 % de ses dunes

Le long de la côte du Lancashire, les dunes ont perdu du terrain principalement en raison de l’expansion urbaine et de l’érosion. Au cours des 150 dernières années, plus de 80 % ont disparu, selon le Lancashire Wildlife Trust. Une perte qui concerne directement aussi les habitants des environs. Les dunes constituent en effet une barrière naturelle contre les houles: elles absorbent une partie de l’énergie des vagues et réduisent l’exposition des zones situées en arrière à l’action de la mer.

Pour les restaurer, le projet implique Fylde Council, Blackpool Council et Lancashire Wildlife Trust, avec des financements de l’Environment Agency, l’agence publique britannique de protection de l’environnement. Chaque janvier, les habitants peuvent déposer leurs arbres naturels dans les points de collecte. Une partie est aussi récupérée par Trinity Hospice, une organisation caritative locale qui organise le ramassage des sapins en échange de dons.

Lors de l’opération de 2026, selon le Fylde Council, cette collaboration a permis de collecter plus de 37 000 livres sterling au profit de l’association. Les arbres prennent désormais place sur la plage, les dons finançant l’aide apportée aux personnes malades. Un système qui permet de récupérer des matériaux tout en soutenant simultanément un service à la communauté.

Les dunes ont déjà reconquis plus de 90 mètres dans certains secteurs

Les résultats les plus marquants se mesurent directement sur la côte. Déjà en 2022, selon un bilan de la municipalité de Blackpool, certaines portions des dunes avaient gagné entre 60 et 90 mètres depuis 2013. Les chiffres actualisés du Lancashire Wildlife Trust indiquent une progression dépassant les 90 mètres dans certaines zones par rapport à 2012.

Bien entendu, ces avancées restent localisées. Cela ne signifie pas que l’ensemble de la côte ait retrouvé la même étendue, ni que le mérite revienne uniquement aux arbres de Noël. La restauration résulte d’un ensemble d’interventions, comprenant les barrières anti-vent, la gestion de la végétation et la réparation des dunes endommagées. Le programme a désormais des dimensions importantes: selon le Lancashire Wildlife Trust, environ 20 000 arbres de Noël ont été enterrés au total et six hectares d’habitat dunaire ont été récupérés depuis 2008.

Et puis il y a les habitations. Dans le bilan de 2022, les administrations locales estimaient que le système des dunes protégeait 493 biens exposés à l’érosion côtière et dix autres exposés au risque d’inondation. Environ 400 propriétés supplémentaires pourraient bénéficier des interventions futures. Ce sont des évaluations relatives à l’ensemble des dunes et à leur capacité à atténuer les effets de la mer. Aucune barrière naturelle ne garantit une protection absolue, surtout face aux tempêtes les plus violentes et à la montée du niveau des mers.

Parmi les dunes, les lézards des sables font leur retour

La restauration de la côte a aussi bénéficié aux animaux. Les dunes abritent plus de 280 espèces de plantes vasculaires recensées, de nombreux insectes et des oiseaux dépendants de ces habitats. Parmi les interventions les plus remarquables figure la réintroduction de la lézarde des sables (Lacerta agilis), l’un des reptiles les plus rares du Royaume-Uni, disparu de nombreuses zones du pays en raison de la destruction des milieux naturels.

Selon le Lancashire Wildlife Trust, le programme de réintroduction a permis de libérer des centaines de jeunes spécimens élevés en captivité. Les suivis ont aussi repéré des œufs éclos et des petits nés dans la nature, signes encourageants pour la formation d’une population stable. Le travail prévoit aussi l’élimination des espèces végétales invasives et la création de petits creux humides entre les dunes, utiles à divers organismes.

Évidemment, l’entretien doit continuer. Les marées peuvent éroder les dunes reconstruites et la montée du niveau de la mer rend le travail de plus en plus ardu. À St Annes, pour l’instant, les sapins de Noël ont déjà trouvé un usage qui dure bien après les fêtes. Pour les enterrer, il suffit de trois jours et de quelques centaines de bénévoles. Pour reconstruire les dunes, il faut des années.

Astrid Ménard

Astrid Ménard

Formée au journalisme et à l’éthique environnementale, j’écris pour dakorsen.com pour donner une voix à celles et ceux qui, partout en France et ailleurs, œuvrent pour la défense du vivant. À travers mes enquêtes et mes reportages, je cherche à éclairer les enjeux cachés de la crise écologique et à raconter des trajectoires de résistance et d’espoir.