Au 29e festival CinemAmbiente, un documentaire sur l’agonie des ours polaires triomphe : tous les films primés et comment les regarder gratuitement

Imaginez un ours polaire de plus en plus désorienté qui erre parmi les touristes d’une petite ville canadienne. Ou bien une communauté brésilienne ensevelie sous le sable après une inondation dévastatrice. Ou encore un enfant bolivien qui grandit au cœur d’une mine d’argent qui alimente nos technologies « vertes ». Voici quelques-unes des histoires récompensées au 29e Festival CinemAmbiente de Turin, le rendez-vous consacré au cinéma environnemental le plus important d’Italie, qui s’est conclu le 7 juin 2026.
Quarante-cinq films en compétition, venus du monde entier, pour raconter la crise écologique sans renoncer à la beauté, à l’émotion, à la poésie. Voici les vainqueurs.

Le meilleur documentaire raconte la cohabitation toujours plus difficile entre l’homme et la faune sauvage

Le Prix Asja du meilleur documentaire international (5.000 €) est allé à « Nuisance Bear » de Jack Weisman et Gabriela Osio Vanden (USA/Canada/Royaume-Uni, 89′). Le titre en italien sonne comme « Ours Problème » — et en effet, c’est exactement de cela qu’il parle: les ours polaires de la baie d’Hudson, contraints par le changement climatique à s’approcher de plus en plus des installations humaines de Churchill, Manitoba, la ville qui s’est autoproclamée « Capitale mondiale de l’ours polaire ».

La jurie l’a primé comme un film « visuellement envoûtant, qui danse dans les contrastes: drôle, tragique, paradoxal », capable de raconter l’extinction animale sans perdre l’empathie. Pour nous guider dans ce voyage, une voix inuit hors champ — porteuse d’un savoir ancestral qui remet en cause chaque certitude du monde moderne. Le film a remporté également le Prix Piemonte Parchi, qui prévoit la plantation de 100 arbres dans la Forêt partagée du Po piémontais.

Le public choisit le Brésil inondé

Les spectateurs du festival ont attribué le Prix IREN du public (1.500 €) à Rua do Pescador, nº 6 di Bárbara Paz (Brésil, 72′), qui a également obtenu une mention spéciale du jury international. Le film documente l’inondation de 2024 qui a submergé le Rio Grande do Sul: 600.000 déplacés, des quartiers entiers sous l’eau pendant des semaines, les rues de Porto Alegre transformées en rivières. Mais la réalisatrice — déjà connue pour le documentaire sur Babenco primé à Venise et candidat à l’Oscar — choisit de raconter la tragédie à travers les histoires intimes d’une petite communauté, celle du quartier Arquipélago (Les Îles), où les maisons ont été littéralement ensevelies par le sable. Le résultat est un portrait puissant de la résilience humaine face à l’effondrement climatique.

Le court métrage qui transforme l’effondrement écologique en douleur

Pour les courts, le Prix SMAT est allé à A Voyage of Eulogies de Jean-Pierre Pillay (Singapour, 21′): dans un avenir proche, un réalisateur cherche des traces de vie sur Terre après une catastrophe écologique. Un film de science-fic­tion écologique qui transforme l’effondrement écologique en douleur personnelle, en mémoire, en élégie. Le jury l’a récomposé pour sa capacité à rendre perceptible ce que les données ne parviennent pas à communiquer.

Mention spéciale au tendre Amma, Do Giraffes Cry? de Kartikeya Saxena (République tchèque, 26′), où un réalisateur emmène sa mère zoologue au zoo de Prague pour filmer les animaux: un gorille terrifié par les projecteurs, des pingouins qui poursuivent leur ombre, une anaconda insomniaque. Un film qui interroge la frontière entre le monde animal et humain avec une délicatesse rare.

L’Italie en première ligne entre les loups, le Tibre et la pêche intensive

Parmi les films italiens, la Reconnaissance spéciale « Gaetano Capizzi » pour la section Made in Italy est allée à Torneranno i lupi de Bianca Vallino (52′), situé entre les collines du Monferrato: trois générations de femmes qui affrontent une douleur muette, les cycles infinis de la nature, les tarots, les loups. Le film de diplôme de la jeune réalisatrice torinoise parvient à l’exploit rare de transformer une histoire personnelle en réflexion universelle sur le lien avec la terre.

Mention spéciale pour Tevere corsaro de Pietro Balla et Monica Repetto (95′): en suivant le « Sentiero Pasolini » de Rome à l’Idroscalo d’Ostia, le film mêle la défense de l’environnement à celle des droits collectifs. Une œuvre courageuse, réalisée aussi grâce à Pietro Balla, disparu pendant les prises en 2021.
Le Prix Casacomune — une gravure originale de l’artiste Francesca Capirone — est allé ensuite à Ma Prière à la mer (La mia preghiera al mare) de Davide Marino (60′): un récit africain imprégné de réalisme magique situé sur les côtes sénégalaises, où le poisson a disparu à cause de la pêche intensive étrangère. Le réalisateur romain, anthropologue visuel, transforme la dénonciation écologique en prière spirituelle à travers la cosmologie des Lebu.

Les autres œuvres qui se sont distinguées

Le Prix Slow Food est allé au délicieux court-métrage d’animation Labouyi Bannann (Banana Soup) de Geena Gasser (Suisse, 7′): partant du mythe de la déesse créatrice Timbehes, qui engendra l’humanité en se fécondant avec une banane, le film dénonce en sept minutes les paradoxes du consumérisme et de l’agriculture industrielle. Coloré, ironique, surprenant.

Le Prix Environnement et Société, attribué par les travailleurs de la Cooperativa Sociale Arcobaleno, est allé à Silver de Natalia Koniarz (Pologne/Norvège/Finlande, 79′): un voyage dans les mines d’argent de Potosí, en Bolivie, parmi les plus anciennes du monde. L’argent extrait au prix de vies humaines alimente aujourd’hui les mêmes technologies « vertes » qui devraient nous sauver. Un court-circuit que le film raconte à travers les yeux du douze ans Juvi. Mention spéciale à I nemici del popolo d’Andrea Marinelli, sur les forages pétroliers en Basilicate et en Amazonie, pour « sa capacité à nous faire comprendre comment, avec les multinationales, l’État de droit est en danger aussi bien de l’autre côté du monde que sous chez nous ».

Comment voir les films gratuitement

Une sélection de 45 films du festival est accessible gratuitement en ligne jusqu’au 14 juin 2026 sur la plateforme OpenDDB, via le site officiel www.festivalcinemambiente.it (attention : disponibilité limitée à 300 accès par titre).

Astrid Ménard

Astrid Ménard

Formée au journalisme et à l’éthique environnementale, j’écris pour dakorsen.com pour donner une voix à celles et ceux qui, partout en France et ailleurs, œuvrent pour la défense du vivant. À travers mes enquêtes et mes reportages, je cherche à éclairer les enjeux cachés de la crise écologique et à raconter des trajectoires de résistance et d’espoir.