Sous les Champs Phlégréens, le magma semble organisé de manière plus complexe que prévu : il ne s’agit pas d’une grande chambre unique, mais d’un système articulé comprenant des zones profondes, des secteurs de transfert et des réservoirs disséminés à différentes profondeurs. Pour le reconstituer, une étude internationale publiée dans Scientific Reports offre pour la première fois une carte géophysique 3D du système d’alimentation de la caldeira jusqu’à environ 50 kilomètres sous la surface.
Cette étude n’indique pas une éruption imminente, mais elle apporte une pièce essentielle à la connaissance de l’un des volcans les plus surveillés au monde. Dans une zone densément peuplée et exposée depuis des années au bradisisme, comprendre comment les parties profondes et superficielles du système communiquent devient crucial pour lire plus finement les signaux mesurés en surface.
La carte sous le volcan
Le travail s’appuie sur la technique des « receiver functions », c’est-à-dire l’analyse de la façon dont les ondes sismiques varient lorsqu’elles traversent des matériaux différents du sous-sol. En pratique, des séismes éloignés deviennent une radiographie naturelle : les ondes arrivent, traversent la croûte et le manteau, ralentissent ou changent de comportement, et c’est à partir de ces variations que l’on peut reconstituer une partie de l’architecture cachée de la caldeira.
Le résultat le plus significatif concerne deux zones à basse vitesse des ondes sismiques. La première se situe à environ 10 kilomètres de profondeur, dans la partie est de la caldeira, avec une forme allongée et des dimensions estimées autour de 6 × 5 × 4 kilomètres. Les auteurs l’interprètent comme une éventuelle zone localisée de transfert ou d’intrusion magmatique. Plus bas apparaît une seconde structure : son toit est à environ 25 kilomètres, son épaisseur d’environ 17 kilomètres, elle incline vers le nord et pourrait contenir jusqu’à 30 % en poids de matière fondue. Cette zone est lue comme une éventuelle source profonde de magma primitif, placée entre la croûte profonde et le manteau supérieur.
Traduit sans en faire une scène de film catastrophe : sous les Champs Phlégréens émerge une structure à plusieurs niveaux. Une partie plus profonde où le magma peut soit s’origine soit s’accumuler, une zone intermédiaire où il peut se transférer, et des secteurs plus proches de la surface où entrent en jeu des fluides, des roches chaudes, des gaz, des fractures et la pression. Le volcan ressemble bien moins à une pièce remplie de magma et bien plus à une ancienne installation hydraulique, tordue, chaude, bourrée de vannes que les scientifiques tentent de nommer sans tout déranger.
Les morceaux déjà connus
Cette nouvelle carte profonde s’insère dans d’autres travaux récents. Une étude de 2024, fondée sur des données géodétiques et pétrologiques, avait déjà retracé l’évolution de la crise entamée en 2005, indiquant une source de déformation qui s’étend progressivement et se situe plus superficiellement, passant d’environ 5,9 à 3,9 kilomètres, et une source plus profonde autour de 8 kilomètres. Selon ce modèle, l’inflation de la source superficielle serait expliquée par la remontée de 0,06 à 0,22 kilomètres cubes de magma en provenance de profondeurs égales ou supérieures à 8 kilomètres.
Également en 2024, un groupe du CNR-IREA avait estimé une source irrégulière dans une région de la croûte comprise entre environ 3 kilomètres et 500 mètres de profondeur, dans la zone entre Solfatara et Pisciarelli, précisément là où de nombreux phénomènes superficiels deviennent plus tangibles : soulèvement, sismicité, températures, variations géochimiques.
En 2025, puis, une autre étude publiée dans Communications Earth & Environment avait utilisé l’imagerie magnétotellurique 3D pour observer jusqu’à environ 20 kilomètres sous la caldeira. Là est apparue une grande anomalie à faible résistivité entre 8 et 20 kilomètres, interprétée comme une zone de « crystal mush » : une sorte de pâte chaude composée de cristaux, de roches, de fluides et d’un pourcentage de fusion estimé autour de 10 %, avec environ 90 kilomètres cubes de magma fondu dans le volume modélisé.
Mis bout à bout, ces travaux racontent la même chose mais à partir de profondeurs différentes. Sous les Champs Phlégréens coexistent des portions profondes, des zones intermédiaires, des canaux, des réservoirs plus superficiels et un système hydrothermal fortement actif.
La lecture correcte
La carte du magma des Champs Phlégréens accroît la connaissance du système volcanique. Elle marque une étape scientifique importante. Elle offre des outils plus fins pour interpréter le bradisisme, la sismicité, le dégazage et les déformations du sol. De là à en faire un compte à rebours menant à une éruption, il existe une distance considérable.
Les autorités de protection civile indiquent actuellement pour les Champs Phlégréens un niveau d’alerte jaune, avec un état du volcan en « déséquilibre moyen » et une Phase 2 d’Attention. Depuis 2005, une nouvelle phase de soulèvement de la caldeira est en cours ; depuis 2018, ce soulèvement a été accompagné par une augmentation progressive de l’activité sismique, intensifiée à partir de 2023, avec des épisodes jusqu’à magnitudes 4,6 et un soulèvement total supérieur à 150 centimètres depuis 2005.
Le même cadre officiel précise une étape décisive : les résultats scientifiques renforcent la preuve de la présence de magma en profondeur comme cause de la crise bradyseismique, alors que l’absence de preuves de remontée magmatique a conduit à la confirmation du niveau d’alerte jaune.
Le séisme du 21 mai 2026, de magnitude Md 4,4 dans le Golfe de Pozzuoli, à environ 3 kilomètres de profondeur, a rappelé combien le système est vivant et combien il est perçu par la population, y compris dans la ville de Naples. L’INGV a observé des répercussions jusqu’au V degré MCS, avec un essaim sismique en cours depuis 05h50 locales.
Le point opérationnel demeure le même: toujours plus de connaissances, plus de surveillance, plus de prévention, plus de clarté. La nouvelle carte du magma sous les Champs Phlégréens sert à mieux comprendre le fonctionnement de la caldeira, à relier ce qui se passe en profondeur à ce qui est mesuré en surface, à lire les signaux avec moins de brouillard.
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