Les investissements dans l’économie bleue accusent un retard, alors que la santé des océans est le socle de la sécurité alimentaire, de la résilience climatique et de milliards de vies.
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Cet article fait partie d’une série en trois volets sur l’économie bleue. Consultez la partie 1 – Cartographier l’économie bleue : secteurs, politiques et défis face au changement climatique et la partie 2 – Pourquoi une croissance débridée menace d’effondrer nos écosystèmes marins.
L’océan soutient la vie sur Terre, et pourtant, en matière de finances mondiales, il demeure l’actif le plus négligé du monde. D’importantes lacunes de financement soulèvent une question pressante : comment combler ce fossé tout en soutenant une économie océanique durable ?
Les mécanismes de financement bleu pourraient apporter la réponse.
Le déficit de financement
L’océan est au cœur de l’atteinte des Objectifs de développement durable (ODD) des Nations Unies, soutenant les progrès vers l’éradication de la pauvreté (ODD 1), zéro faim (ODD 2) et l’action pour le climat (ODD 13). Or, paradoxalement, l’ODD 14 – Vie aquatique – demeure le moins financé de tous. Réaliser cet objectif nécessite près de 175 milliards de dollars d’investissements annuels jusqu’en 2030, mais entre 2015 et 2019, les océans ont reçu moins de 10 milliards.
Des estimations plus récentes du Haut‑Niveau Panel pour une économie océanique durable suggèrent que le chiffre nécessaire pour assurer un océan sain à long terme pourrait atteindre jusqu’à 550 milliards de dollars par an. Le fossé est stupéfiant. Confrontée au manque de financement océanique, la Conférence des Nations Unies sur les océans de 2025 à Nice a fait du financement mobilisé pour l’ODD 14 une priorité centrale.
Mais pourquoi l’investissement dans les océans accuse-t-il autant de retard ? Plusieurs obstacles structurels ont dissuadé les financements dans ce domaine.
Sans normes universelles pour guider les investissements et mesurer les résultats, les fonds risquent d’être mal alloués et mal rapportés. Cela accroît le risque de « bluewashing », lorsque les fonds peuvent être dirigés vers des projets qui semblent durables sur le papier mais qui, dans les faits, continuent de nuire aux écosystèmes marins.
Les activités préjudiciables à l’environnement continuent de bénéficier d’un soutien. Près de 7 000 milliards de dollars sont dépensés chaque année pour des activités négatives pour la nature, notamment des pêches non durables et des subventions nuisibles aux énergies fossiles, selon les estimations de 2023.
Les projets océaniques semblent souvent moins attractifs pour les investisseurs en raison d’un capital naturel non valorisé, de petites échelles de projets et de délais longs.
Ces obstacles ont suscité une certaine hésitation sur les marchés de capitaux. Pourtant, l’argument en faveur de la réallocation des fonds est convaincant. Investir dans des solutions axées sur la nature peut générer des retours importants. Des études suggèrent qu’investir 1 dollar dans des solutions océanographiques peut rapporter au moins 5 dollars en avantages mondiaux d’ici 2050. C’est ici que le financement bleu entre en jeu.
Blue Finance and Sustainable Investment Tools
Le financement bleu désigne les investissements, prêts et instruments financiers destinés à des projets qui favorisent des économies océaniques durables, la conservation des écosystèmes marins et la résilience des zones côtières. Le capital destiné au financement bleu provient d’un mélange de sources : dons philanthropiques, budgets publics, investissements privés et des modèles de financement mixte qui combinent ces flux pour amplifier l’impact. Parmi les outils déployés, les obligations bleues et les prêts bleus se distinguent comme les instruments financiers les plus utilisés pour canaliser ce capital vers des solutions océaniques.

Souvent considérées comme une sous‑catégorie des green bonds, les blue bonds sont des instruments à revenu fixe conçus spécifiquement pour financer des projets ayant des retombées positives sur les océans. Le premier bond bleu souverain au monde a été émis en 2018 par la République des Seychelles pour 15 millions de dollars, avec le soutien de la Banque mondiale, du Global Environment Facility et d’autres grandes banques et investisseurs. Grâce à ces fonds, les Seychelles ont pu atteindre et dépasser bon nombre de leurs objectifs, y compris l’extension de la couverture de la gestion des aires marines protégées de 5 millions d’hectares à environ 22 millions.
La dynamique se renforce. Les investissements dans le financement bleu devraient connaître une expansion rapide en 2026, stimulés par les émissions souveraines et d’entreprises, en particulier en Amérique latine.
Pour soutenir cette croissance, la Société financière internationale, en collaboration avec l’Association internationale des marchés de capitaux, le Pacte mondial des Nations Unies, l’Initiative financière du Programme des Nations Unies pour l’Environnement et la Banque asiatique de développement, ont introduit en 2023 des directives volontaires destinées aux investisseurs et aux institutions financières. Elles offrent des cadres structurés, des critères d’éligibilité et des études de cas, renforçant la confiance des investisseurs.
Pourtant, l’absence d’une taxonomie universellement acceptée pour la finance océanique durable signifie que des instruments comme les blue bonds et les blue loans restent sous-utilisés, limitant leur potentiel transformateur.
Private Sector and Oceans of Opportunity
Le secteur privé s’investit de plus en plus dans l’économie bleue, porté par l’essor des rapports ESG et des engagements en matière de durabilité. Pourtant, combler l’écart de financement océanique nécessite plus que des promesses d’entreprises : il faut du financement mixte, où subventions, fonds philanthropiques, financements au développement et capital privé convergent.
Les investisseurs philanthropiques et à impact jouent souvent le rôle de catalyseurs, absorbant les risques initiaux et démontrant la viabilité du projet. Cela ouvre la porte à un financement commercial plus important. Le financement concessionnel, comme les subventions ou les prêts à taux préférentiels, peut soutenir des innovations portées par les communautés, allant de l’assurance micro pour les petits pêcheurs jusqu’aux crédits carbone des mangroves – des activités qui peuvent ne pas s’inscrire dans les profils risque-rendement habituels mais promettent un impact durable.
La finance océanique n’existe pas dans le vide. L’instabilité géopolitique et l’incertitude des marchés ont déjà rendu plus difficile la mobilisation d’un financement à long terme. Or ces défis soulignent aussi l’urgence de bâtir des cadres résilients. Des normes mondiales renforcées, des modèles de financement innovants et un leadership du secteur privé seront essentiels pour maintenir la durabilité des océans sur la bonne voie.
Il ne s’agit pas simplement de combler un fossé de financement. Il s’agit d’ouvrir un avenir où les économies prospèrent parce que les écosystèmes prospèrent aussi. La santé des océans soutient la sécurité alimentaire, la résilience climatique et des milliards de vies – et investir dans cet actif est à la fois un impératif moral et un choix économique judicieux.