Des scientifiques confirment le plus grand phénomène de blanchissement corallien jamais enregistré, touchant près de 84 % des récifs mondiaux

Du 1er janvier 2023 au 20 avril 2025, le stress thermique causé par la chaleur a impacté 83,7 % de la surface mondiale des récifs coralliens, avec un blanchissement massif observé dans au moins 83 pays et territoires

La planète est actuellement confrontée à un phénomène de blanchissement massif des coraux, qui a débuté en 2023 et s’impose comme le plus important jamais enregistré. Selon les derniers chiffres fournis par l’Administration américaine océanique et atmosphérique (NOAA), une proportion phénoménale de 83,7 % des zones récifales dans le monde, réparties dans plus de 83 pays et territoires, ont été touchées par un stress thermique à des niveaux susceptibles de provoquer le blanchissement des coraux depuis le début de l’année 2023. Ce phénomène, qui résulte de températures océaniques en hausse, a pris une ampleur alarmante, soulignant l’urgence climatique à l’échelle planétaire.

Les zones touchées s’étendent du Grand Barrière de Corail en Australie à de multiples régions du globe

Les zones graves impactées sont diverses et couvrent certaines des plus emblématiques régions marines de la planète : le Grand Barrière de Corail en Australie, qui constitue le plus vaste système corallien au monde ; la côte floridienne, la mer des Caraïbes, le littoral brésilien, l’est du Pacifique tropical, de vastes portions du Sud-Pacifique, la Mer Rouge, le Golfe Persique, sans oublier le Golfe d’Aden. La NOAA précise que ces phénomènes de blanchissement ne se limitent pas à ces zones, car une vaste partie du bassin de l’océan Indien montre également des signes de stress thermique accru. La situation devient donc de plus en plus critique à l’échelle mondiale, avec une propagation rapide de l’effet dévastateur du changement climatique sur ces écosystèmes marins précieux.

Un phénomène sans précédent dans l’histoire de la science océanographique

Il s’agit du quatrième épisode massif de blanchissement corallien documenté depuis que l’on enregistre ces événements, et il constitue le second en une décennie seulement. La fréquence croissante de ces phénomènes indique une accélération du réchauffement marin, rendant la récupération des coraux de plus en plus difficile. La gravité de cette situation souligne la fragilité des récifs face aux effets du changement climatique global.


Carte satellitaire mondiale à résolution 5 km de la zone d’alerte de blanchissement de la NOAA, du 1er janvier 2023 au 20 avril 2025. Cette carte montre les régions à travers le globe ayant connu des niveaux élevés de stress thermique marin (niveaux d’alerte 2 à 5), susceptibles de provoquer un blanchissement massif et la mortalité des coraux.

Une extinction progressive des coraux alarmante

Le blanchissement des coraux apparaît comme une réponse au stress thermique causé par l’augmentation de la température des océans, qui provoque l’éloignement des microalgues essentielles à leur survie. Ces microalgues, lorsqu’elles disparaissent, donnent aux coraux leur couleur vibrante, mais leur départ laisse les coraux blancs et vulnérables.

Les huit dernières années ont toutes battu des records en matière de chaleur océanique, souligne l’Organisation météorologique mondiale (OMM). La vitesse de réchauffement de l’océan observée sur les deux dernières décennies (de 2005 à 2024) dépasse de plus du double celle de la période s’étendant de 1960 à 2005. La progression rapide soulignée cette année, avec 2024 comme année la plus chaude jamais enregistrée dans le cadre du suivi de l’OMM, témoigne de l’accélération du phénomène. En 2024, la température de surface des mers a atteint des niveaux record de janvier à juin, poursuivant un pattern de chaleur extrême qui s’était déjà manifesté en 2023. La seconde moitié de 2024 a enregistré les températures océaniques les plus élevées pour cette période, après celles de l’année précédente.

Les effets indirects du blanchissement sur la survie des coraux

Bien que le blanchissement ne conduise pas nécessairement à la mort immédiate des coraux, la fréquence accrue et la intensité du stress thermique affaiblissent considérablement leurs capacités de résistance. Ces conditions favorisent la transmission de maladies, ralentissent leur processus de récupération et restreignent leur capacité à se reproduire. La vulnérabilité grandissante des récifs face aux événements climatiques extrêmes menace leur survie à long terme.


Graphique montrant les anomalies et extrêmes de température de surface de la mer en 2024.

Une augmentation inquiétante de la mortalité due à la chaleur intensive

« À mesure que les océans continuent de se réchauffer, le blanchissement des coraux devient plus fréquent et plus sévère », déclare le coordinateur du programme de surveillance des récifs coralliens de la NOAA, Derek Manzello, l’an dernier. « Lorsque ces épisodes sont suffisamment prolongés ou intenses, ils peuvent entraîner la mort des coraux, ce qui affecte également les populations humaines dépendantes de ces écosystèmes pour leur subsistance. »

La fragilité des récifs coralliens, un enjeu mondial critique

Les récifs coralliens jouent un rôle crucial dans la biodiversité marine mondiale. Présents dans plus de 100 pays et territoires, ils abritent au moins 25 % des espèces marines, constituant ainsi certains des écosystèmes les plus riches et vitaux pour la planète. Leur importance dépasse même leur aspect esthétique ou touristique, puisqu’ils fournissent des services écosystémiques évalués à près de 10 trillions d’euros par an. À ce titre, ils sont souvent qualifiés de « forêts tropicales de la mer », en raison de leur capacité à agir comme des puits de carbone, en absorbant le dioxyde de carbone excédentaire dans l’eau.

Malheureusement, ces refuges précieux disparaissent à un rythme alarmant. Selon le dernier rapport du Réseau mondial de surveillance des récifs coralliens (GCRMN), la planète aurait perdu environ 14 % de ses coraux depuis 2009. La dégradation de ces habitats naturels menace non seulement la biodiversité marine, mais aussi la stabilité des écosystèmes côtiers, ainsi que la survie des populations qui en dépendent. La crise écologique que traversent les récifs coralliens n’est donc pas une menace lointaine, mais une réalité pressante à laquelle il faut faire face de toute urgence.

Astrid Ménard

Astrid Ménard

Formée au journalisme et à l’éthique environnementale, j’écris pour dakorsen.com pour donner une voix à celles et ceux qui, partout en France et ailleurs, œuvrent pour la défense du vivant. À travers mes enquêtes et mes reportages, je cherche à éclairer les enjeux cachés de la crise écologique et à raconter des trajectoires de résistance et d’espoir.