Les pays africains confrontent en 2024 des inondations sans précédent, des sécheresses persistantes ainsi qu’une grave pénurie d’eau, a indiqué lundi l’Organisation météorologique mondiale (OMM). Ces phénomènes extrêmes deviennent de plus en plus fréquents et dévastateurs, causant de lourdes conséquences sur la stabilité sociale et économique du continent.
Les changements climatiques d’origine anthropique, ou provoqués par l’homme, sont en train de chambouler l’Afrique dans ses fondements, frappant tous les secteurs du développement socio-économique et aggravant la précarité alimentaire et hydrique. Selon un nouveau rapport, cette situation constitue une menace immédiate pour la population africaine, confrontée à des défis de plus en plus complexes et pressants.
Une année parmi les plus chaudes enregistrées
L’Afrique a connu en 2024 sa deuxième ou sa plus chaude année depuis le début des mesures, selon les données disponibles, clôturant une décennie marquée par des températures exceptionnellement élevées. Le rapport de l’Organisation météorologique mondiale – « État du climat en Afrique 2024 » – souligne que la dernière décennie a été la plus chaude jamais enregistrée sur le continent. La température des mers, particulièrement dans l’Atlantique et la Méditerranée, a atteint des niveaux anormalement élevés, avec une augmentation rapide notable.
Ce réchauffement de la planète a intensifié les phénomènes climatiques extrêmes, tels que les vagues de chaleur, les pluies torrentielles ou encore les tempêtes violentes. Ces événements ont eu des conséquences dévastatrices pour plusieurs pays africains, et ce, à plusieurs reprises. La publication met en évidence que ces impacts négatifs sont directement liés aux émissions de gaz à effet de serre issues des activités humaines.
Les températures de l’eau de mer, en particulier dans l’Atlantique et la Méditerranée, ont également atteint des seuils alarmants, à la fois exceptionnellement hauts et en augmentation rapide. Ce phénomène contribue à la multiplication des événements climatiques extrêmes, rendant la vie des populations encore plus vulnérable.
Entre mars et mai 2024, de nombreuses régions d’Afrique de l’Est ont été frappées par des inondations et des glissements de terrain, provoqués par des précipitations exceptionnelles. Ces catastrophes ont causé la mort de centaines de personnes, déplacant plus de 700 000 habitants au Kenya, en Tanzanie, au Burundi et dans d’autres pays de la région. En mai, la première tempête cyclonique de ce type dans cette zone a intensifié la violence des pluies et des vents violents, aggravant la situation humanitaire avec davantage de pertes en vies humaines et de déplacements.
Une crise énergétique et hydrique sans précédent
Par ailleurs, la sécheresse prolongée a provoqué l’une des pires coupures d’électricité de mémoire d’habitants en Zambie, en octobre dernier. Les pays voisins, le Zimbabwe et le Malawi, ont également souffert de cette crise. La baisse du niveau des eaux dans le lac Kariba, le plus grand lac artificiel au monde situé à la frontière entre la Zambie et le Zimbabwe, a eu des conséquences dramatiques sur la production hydroélectrique. En 2024, ce niveau de la nappe phréatique est tombé à un niveau critique, provoquant des coupures prolongées d’électricité et un ralentissement de l’économie locale. La Zambie, qui tire jusqu’à 84 % de son électricité de ses réserves d’eau, voit ses capacités énergétiques fortement compromises.
Les catastrophes naturelles liées au climat, telles que sécheresses et inondations, entraînent un déplacement massif de populations à travers tout le continent africain. Selon un rapport publié en novembre par le Centre de surveillance des déplacements internes, le nombre de personnes déplacées à l’intérieur des pays est aujourd’hui six fois supérieur à ce qu’il était il y a quinze ans.
Une situation qui empire
Les projections alarmantes du Centre pour le développement mondial (CGD) ont souligné en février dernier que plus de 200 millions de personnes en Afrique pourraient faire face à une faim extrême ou à la sous-nutrition à long terme, en raison des événements climatiques extrêmes qui affectent la production agricole et la valeur des terres cultivables. La sécheresse menace également de faire pousser le nombre de personnes en difficulté avec l’eau, avec plus de 50 millions de requérants potentiellement affectés.
Les prévisions annoncent une réduction jusqu’à 2,9 % de la production agricole africaine d’ici à 2030, et jusqu’à 18 % à l’horizon 2050. La valeur des terres agricoles pourrait chuter d’entre 36 % et 61 % dans cette même période. Le changement climatique aggrave également la pauvreté : le revenu par habitant pourrait diminuer de 7,1 % en moyenne à long terme, avec des pertes dans le PIB des pays allant de 11,2 % à 26,6 %. La pauvreté, principalement concentrée dans les zones rurales et agricoles, devrait toucher de manière disproportionnée les ménages dépendant de l’agriculture, avec une baisse de 30 % des revenus issus des cultures et une hausse estimée de la pauvreté entre 20 % et 30 %, par rapport à un scénario sans changement climatique.
Les engagements mondiaux insuffisants
La secrétaire générale de l’OMM, Céset Saulo, a lancé lundi un appel à intensifier les actions d’alerte précoce et d’adaptation face aux effets du changement climatique en Afrique, soulignant que la situation devenait « urgente et en forte progression ». Elle a insisté sur la nécessité d’accroître la capacité des pays à prévoir et à répondre aux dangers météorologiques locaux grâce à des outils innovants.
Selon le rapport, plusieurs Services météorologiques et hydrologiques nationaux en Afrique exploitent désormais l’intelligence artificielle pour mieux surveiller et anticiper les risques climatiques locaux, utilisant aussi bien des applications mobiles, des alertes par SMS, la radio communautaire ou d’autres moyens de communication pour atteindre même les zones les plus isolées.
Les pays comme le Nigeria ou le Kenya sont en première ligne, en déployant des plateformes numériques telles que des applications mobiles, des systèmes de diffusion cellulaire ou encore des radios communautaires pour transmettre des informations cruciales aux secteurs agricoles et halieutiques. La République du Sud-Africain s’appuie elle aussi sur des technologies avancées telles que l’intelligence artificielle et le radar pour réaliser des prévisions météorologiques précises et en temps utile.
En 2024, dix-huit services météorologiques nationaux en Afrique ont bénéficié d’un appui de l’OMM pour moderniser leurs sites internet et leurs réseaux de communication numériques, renforçant ainsi leurs capacités de surveillance, d’alerte et de conseil auprès des populations vulnérables.