Pendant plus de vingt ans, elle a veillé sur les plages du Liban sud, protégeant les nids des tortues marines menacées par la pollution, l’urbanisation et l’indifférence humaine. Aujourd’hui Mona Khalil, écologiste marine et défenseur infatigable de la biodiversité, n’est plus.
La femme, âgée de 77 ans, est décédée à la suite des graves blessures subies après qu’une frappe israélienne a touché son domicile près de Tyr, dans le sud du Liban.
Lire aussi : Adieu à Carlo Monguzzi, la voix rebelle (et nécessaire) de l’écologisme milanais
Avec une profonde tristesse, nous pleurons aujourd’hui la disparition de Mona Khalil, a écrit l’association écologiste Live Love Tyre dans un message publié sur les réseaux sociaux. Elle laisse un héritage incroyable. Malgré tout, elle a choisi de rester et de continuer à prendre soin de nos tortues. Sa vie a été consacrée aux autres et au bien commun.
View this post on Instagram
Une vie dédiée aux tortues marines
Née à Lagos, au Nigeria, en 1949, Mona Khalil avait vécu pendant plusieurs années à l’étranger avant de s’installer définitivement dans le Liban méridional. Le tournant est arrivé en 1999, lorsqu’elle a assisté à une scène destinée à changer sa vie à jamais: une tortue marine émergeant des eaux de la Méditerranée pour pondre sur la plage d’Al Mansouri, près de Tyr.
Cette rencontre fugace s’est muée en mission de vie. Depuis lors, Khalil s’est dévouée corps et âme à la protection des zones de nidification des tortues Caretta caretta et des tortues vertes, deux espèces emblématiques de la Méditerranée orientale aujourd’hui de plus en plus menacées.
À mettre en péril leur survie sont principalement l’expansion urbaine le long des côtes, la pollution plastique, les filets de pêche et la pollution lumineuse, des facteurs qui compromettent la reproduction et l’orientation des animaux.
View this post on Instagram
L’Orange House et la défense de la côte libanaise
En 2000, elle contribua à la création de l’Orange House, un projet d’écotourisme sur la plage d’Al Mansouri devenu au fil des années un point de référence pour la conservation environnementale et l’éducation écologique. Depuis ce lieu, elle coordonna des activités de suivi des nids, des programmes de sensibilisation et des initiatives visant à documenter la biodiversité marine du Liban méridional. Sa voix s’est élevée à plusieurs reprises contre la pollution des côtes et contre la destruction croissante des habitats naturels.
Pour de nombreux volontaires et activistes, elle représentait un guide, une présence constante et un exemple de dévotion absolue.
Tu nous as quittés, mais tu continues de vivre en nous, nous qui sommes tes enfants», a écrit la journaliste et bénévole Fadia Joumaa, qui a travaillé à ses côtés pendant des années. «Ta disparition est une perte pour tout le Liban, et pas seulement pour nous. C’est une perte pour toute la vie que tu as custodiai avec tant de fidélité.
La mort de Mona Khalil raconte aussi une autre histoire, celle des victimes souvent invisibles des conflits: les écosystèmes, la biodiversité et les personnes qui consacrent leur vie à leur protection.
Dans un territoire déjà fragile, où les tortues marines luttent chaque année pour survivre entre le béton, les déchets et le changement climatique, la disparition d’une figure comme Khalil laisse un vide immense, mais aussi un héritage précieux: la conviction que la défense de la nature n’est pas un geste extraordinaire réservé à quelques-uns, mais un acte quotidien de soin et de responsabilité.
Pendant plus de deux décennies, Mona Khalil a choisi de rester aux côtés de ses tortues. Aujourd’hui, ces mêmes plages continuent de garder la trace de son travail et de son obstinante espoir.