Washington a également déclaré qu’il envisagerait des « mesures réciproques » pour compenser d’éventuels frais qui pourraient être imposés aux navires américains si la taxe carbone sur le transport maritime était adoptée cette semaine.
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Les États-Unis ont renoncé aux discussions mondiales visant à décarboner le secteur du transport maritime et ont menacé de riposter contre toute taxe que les navires américains pourraient devoir payer.
L’Organisation maritime internationale (OMI), agence des Nations Unies chargée du secteur maritime, devrait parvenir à un accord sur la mise en place de taxes carbone pour le secteur maritime ce vendredi, après deux semaines de négociations qui se tiennent au siège de l’organisation à Londres. L’objectif est de réduire significativement l’empreinte carbone de cette industrie d’ici « environ 2050 ».
Un porte-parole du Département d’État américain a confirmé mercredi que les États-Unis ne participeraient pas aux négociations, suite à la diffusion d’une note diplomatique envoyée mardi aux ambassadeurs, relayant la position du pays.
Selon ce document divulgué, les États-Unis ont déclaré qu’ils « rejettent tous les efforts visant à imposer des mesures économiques à l’encontre de leurs navires en se basant sur les émissions de gaz à effet de serre (GES) ou le choix des carburants » et ont exhorté le gouvernement des autres pays à « reconsidérer leur soutien aux mesures sur les émissions de GES en cours d’étude ». La note indique également que Washington « envisage des mesures réciproques » afin de compenser d’éventuels frais que les navires américains pourraient devoir payer si l’OMI adopte de nouvelles règles concernant les émissions.
Le porte-parole a ajouté que la politique de l’administration américaine consiste à privilégier les intérêts nationaux dans « l’élaboration et la négociation de tout accord international », selon des propos rapportés par Reuters.
Les États-Unis ont mobilisé une rhétorique centrée sur le slogan « America first » pour justifier des actions récentes qui ont accentué leur isolement dans la lutte contre le changement climatique à l’échelle mondiale : retrait des discussions internationales sur une évaluation future du changement climatique, retrait du conseil d’un Fonds pour les pertes et dommages de l’ONU, et sortie de l’accord de Paris. Le mois dernier, Edward Heartney, représentant américain auprès de l’ONU, avait déclaré que le devoir moral et civique du gouvernement était de « d’abord et avant tout » penser à ses propres intérêts et de « recentrer l’attention sur les besoins des Américains. »
Le premier du genre dans le monde
Plus de cinquante pays répartis à travers l’Europe, l’Afrique, l’Asie, le Pacifique et les Caraïbes, qui représentent la majorité de la flotte mondiale, se mobilisent en faveur d’une proposition visant à faire payer à chaque navire commercial une redevance fixe par tonne de carbone émise. Quarante-huit pays, dont d’importantes nations maritimes telles que la Grèce, le Japon, la Corée et le Royaume-Uni, ainsi que la Commission européenne et la Chambre internationale de la navigation (ICS), ont affirmé que cette taxe devrait se situer entre 18 et 150 dollars américains par tonne de gaz à effet de serre.
Cependant, certains pays comme la Chine — le plus grand propriétaire de navires dans le monde — le Brésil et l’Arabie saoudite se sont opposés à l’introduction d’une taxe carbone forfaitaire, arguant que cela pourrait pénaliser davantage les économies émergentes dépendantes du commerce.
Le secteur maritime joue un rôle crucial dans le commerce mondial, permettant le déplacement d’environ 90 % des marchandises à travers les océans. Cependant, il demeure l’un des secteurs les plus émetteurs de carbone, en raison de sa forte dépendance aux combustibles fossiles, responsables de près de 3 % des émissions mondiales de gaz à effet de serre, principalement de dioxyde de carbone. Si le secteur maritime était un pays, il serait le sixième plus gros émetteur mondial de gaz à effet de serre, se classant entre le Japon et l’Allemagne, selon la Banque mondiale.
L’instauration d’une tarification du carbone dans l’industrie maritime pourrait rendre plus coûteux l’usage de combustibles polluants. Cette mesure inciterait les compagnies maritimes à explorer des alternatives moins émettrices, telles que l’ammoniac, les biocarburants, le méthanol ou encore l’hydrogène.
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Les délégués présents mercredi ont indiqué qu’ils allaient « continuer à négocier avec ceux qui sont disposés à discuter ».
Si l’OMI ne parvient pas à atteindre un résultat ambitieux cette semaine, ce sera « à cause des personnes présentes dans la salle – et non de celles qui tentent de faire du chantage depuis l’extérieur », estime Emma Fenton, directrice principale de la diplomatie climatique auprès de l’organisation de campagne Opportunity Green.
Les États doivent normalement parvenir à un accord d’ici vendredi. Si celui-ci est adopté, la taxe devrait entrer en vigueur mondialement début 2027. Il s’agirait alors du premier dispositif mondial visant à imposer une taxe sur les émissions de gaz à effet de serre dans le secteur du transport maritime.