Une très longue chaîne humaine face à la Méditerranée, des milliers de personnes mains dans la main pour défendre l’un des lieux les plus iconiques des Baléares. Cela s’est produit ces derniers jours à Majorque, où environ 10 000 citoyens ont donné vie à une mobilisation sans précédent pour exiger que Es Trenc, l’une des plages les plus intactes de l’île, continue d’être protégée face aux nouvelles pressions urbanistiques et touristiques.
Avec le slogan « Ni avant, ni maintenant, ni jamais : Es Trenc, on ne le touche pas », la protestation a transformé l’Arenal de sa Ràpita en un symbole de la défense du territoire: une merveilleuse chaîne humaine d’environ trois kilomètres qui a uni résidents, familles, écologistes et citoyens préoccupés par l’avenir des espaces naturels majorquins.
Es Trenc est en effet bien plus qu’une plage. Avec ses dunes, ses eaux cristallines et ses écosystèmes côtiers qui abritent de nombreuses espèces animales et végétales, elle représente l’un des derniers grands tronçons de côte encore relativement intacts des Baléares. Pour cette raison, elle est devenue le symbole d’un combat plus vaste qui concerne l’ensemble du territoire de l’île.
Cependant, selon les associations environnementalistes qui ont promu la manifestation – parmi lesquelles GOB, Terraferida, Menys Turisme et Més Vida –, certaines modifications récentes du cadre normatif introduites par le Gouvernement des Baléares risquent d’affaiblir les protections existantes et d’ouvrir la voie à de nouveaux développements incompatibles avec la conservation de la zone.
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La peur d’une déréglementation environnementale
Au cœur des contestations se trouve une loi visant à accélérer la réalisation de projets considérés comme stratégiques. Selon les organisateurs, toutefois, le nouveau cadre normatif pourrait permettre de modifier la gestion des zones protégées sans le passage parlementaire nécessaire, réduisant de fait les garanties environnementales.
Les écologistes craignent que le cas d’Es Trenc puisse devenir un précédent pour d’autres joyaux naturels des Baléares, tels que le Parc national de l’archipel de Cabrera, Sa Dragonera et la Serra de Tramuntana, patrimoine mondial de l’UNESCO.
Lors de la manifestation, un manifeste a été lu appelant au retrait des normes déréglementaires et à l’adoption de mesures plus incisives pour la protection du territoire, y compris l’interdiction totale des locations touristiques dans les zones rurales.
Nous ne demandons pas d’utopies ni de choses impossibles, mais des mesures concrètes, réalistes et urgentes pour le bien commun, ont réaffirmé les promoteurs de la protestation.
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Selon les associations, le modèle de développement qu’on cherche à promouvoir risque d’aggraver des problèmes déjà évidents dans les Baléares: occupation des sols, pression touristique, perte de biodiversité et spéculation immobilière.
Une lutte qui concerne toute l’Europe
La mobilisation de Majorque arrive à un moment où de nombreuses destinations européennes font face aux effets de l’overtourisme. Des Canaries à Venise, de Barcelone jusqu’aux Baléares elles-mêmes, croît le nombre de citoyens revendiquant un équilibre différent entre économie touristique et protection des écosystèmes.
La protestation a voulu transmettre ce message: les espaces naturels ne constituent pas un obstacle au développement, mais une ressource à préserver. Pendant que la longue chaîne humaine traversait la plage, sa signification allait bien au-delà d’Es Trenc, devenant le symbole d’une communauté qui tente de défendre ce qui reste d’un Méditerranée de plus en plus fragile, menacé par le ciment, par la spéculation et par un modèle de croissance qui continue à dévorer le territoire.
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Astrid Ménard