Pendant une grande partie de la dernière décennie, le discours autour de l’énergie renouvelable a été façonné par des préoccupations tenaces concernant le coût, la fiabilité et les compromis environnementaux. Si certaines critiques reflétaient des limites réelles lors des premières phases de déploiement, le paysage énergétique mondial a depuis considérablement évolué.
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Les critiques et le scepticisme entourant l’énergie renouvelable ont pendant des années tourné autour des mêmes arguments: elle est trop coûteuse à construire, l’approvisionnement est trop instable et le coût environnemental serait dissimulé. Bien que certaines inquiétudes aient été fondées au début du développement de l’industrie, les dernières preuves racontent une autre histoire.
Le monde a installé 692 gigawatts de nouvelle capacité renouvelable en 2025, portant la puissance renouvelable mondiale totale à plus de 5 149 gigawatts, soit près de la moitié de toutes les capacités électriques installées sur Terre.
Mythe 1 : L’énergie renouvelable est trop coûteuse
L’un des débats les plus persistants en matière de politique énergétique porte sur l’idée que l’énergie renouvelable ne peut pas passer le test commercial sans d’importantes subventions publiques. Cependant, un rapport de l’Agence internationale pour les énergies renouvelables (IRENA) publié en 2024 a montré que 91 % des nouveaux projets d’énergie renouvelable mis en service dans le monde étaient moins coûteux que l’option fossile nouvelle la moins chère disponible.
Le basculement a été spectaculaire. Depuis 2010, le coût du solaire photovoltaïque est passé d’un coût cinq fois supérieur à celui des combustibles fossiles à une réduction de 41 %. De même, l’éolien terrestre est passé d’une prime de 23 % par rapport au charbon et au gaz à une remise de 53 %. Cette transition ne se résume pas à des étiquettes ; rien qu’en 2024, le passage aux renouvelables aurait permis d’économiser environ 467 milliards de dollars américains sur les dépenses mondiales de carburant.
Contrairement aux combustibles fossiles, qui restent tributaire de la volatilité des prix du gaz naturel – qui est passé de moins de 2 dollars à plus de 9 dollars par million de British Thermal Units (MMBtu) au cours de la dernière décennie – l’éolien et le solaire offrent une certitude tarifaire. Une fois installées, leurs “carburants” sont gratuits, protégeant les économies des chocs géopolitiques qui secouent régulièrement les marchés énergétiques mondiaux.
Mythe 2 : L’énergie renouvelable n’est pas fiable
Historiquement, l’une des critiques techniques les plus persistantes à l’égard de l’éolien et du solaire a été leur caractère intermittent. Cependant, l’avènement du stockage par batteries à grande échelle a fondamentalement modifié l’équation. Selon l’IRENA, le coût de l’installation complète du stockage par batterie a chuté de 93 % entre 2010 et 2024. Ces batteries de réseau agissent comme un tampon ultra-rapide: elles réagissent aux variations d’offre en quelques millisecondes, absorbant les pics solaires de midi et rendant cette énergie disponible pendant le pic du soir.
Ce tournant technologique a déclenché une vague massive de confiance industrielle. L’Administration américaine de l’information sur l’énergie (EIA) prévoit que 24 gigawatts de stockage à l’échelle du réseau entreront en service aux États‑Unis en 2026 – battant largement le record de 15 GW établi l’an dernier. Plus révélateur encore, les renouvelables associés au stockage représentent désormais 93 % de l’ensemble des nouvelles capacités à l’échelle du réseau aux États‑Unis, laissant au gaz naturel une part très maigre, soit 6,3 GW.
En plus de la stabilité, la production nationale d’énergies renouvelables améliore la sécurité énergétique. Dans un contexte de tensions renouvelées au Moyen‑Orient, comme l’avait observé l’IRENA en avril, les gouvernements s’orientent activement vers le solaire et l’éolien, car ces sources ne peuvent être ciblées par des embargos sur les exportations ou par des chocs de prix des matières premières.
Mythe 3 : L’infrastructure énergétique renouvelable a-t-elle une empreinte environnementale importante ?
L’affirmation selon laquelle l’énergie renouvelable impliquerait des coûts cachés considérables pour l’environnement en termes de fabrication et d’extraction des matériaux n’est pas dénuée de fondement. L’extraction des matières premières utilisées dans la fabrication des panneaux et des turbines a des effets écologiques réels, et le processus de production peut nécessiter de l’énergie alternative. Ce sont des domaines qui nécessitent une vigilance et des améliorations constantes.
Cependant, l’empreinte n’est pas aussi lourde que ce que dénoncent certains critiques. Des recherches menées par le National Renewable Energy Laboratory montrent que les turbines éoliennes émettent seulement 13 grammes de CO2 par kilowattheure. Le solaire affiche 43 grammes. À l’inverse, le gaz naturel produit 486 grammes et le charbon 1 001 grammes. En d’autres termes, le charbon est près de 80 fois plus intensif en carbone qu’une éolienne.
Les estimations hautes pour le solaire et l’éolien – les valeurs d’émissions les plus élevées rapportées dans des études crédibles sur le cycle de vie – ne sont pas aussi élevées que les estimations les plus basses du gaz. Une éolienne ou un panneau solaire moyen rembourse le coût carbone de leur production en quelques mois de fonctionnement et fonctionne avec pratiquement zéro émission sur une période de 25 à 30 ans.
Mythe 4 : L’énergie propre détruit des emplois
La disruption que la transition énergétique provoque dans les communautés minières de charbon ou les régions pétrolières et gazières est réelle, et la réponse politique à cette perturbation a souvent été insuffisante. Ce que les données sur l’emploi ne soutiennent pas, c’est l’idée générale selon laquelle l’énergie propre serait un destructeur net d’emplois dans l’ensemble de l’économie énergétique.
Globalement, le nombre de personnes travaillant dans les énergies propres est passé de 30 millions en 2019 à 35 millions en 2023, dépassant pour la première fois l’emploi lié aux combustibles fossiles. Selon les politiques actuelles, les énergies propres devraient ajouter 10 millions d’emplois supplémentaires d’ici 2030, alors que les combustibles fossiles devraient en perdre environ 3 millions.
Aux États‑Unis, les emplois dans les énergies propres ont crû trois fois plus rapidement que l’ensemble de la main-d’œuvre en 2024, selon le rapport Clean Jobs America 2024, qui compare la croissance de l’emploi au cours de l’année civile 2024 avec celle de l’emploi total aux États‑Unis sur la même période.
Autre bonne nouvelle, l’IEA estime qu’environ la moitié des travailleurs du secteur des combustibles fossiles qui seront confrontés à des licenciements au cours de la prochaine décennie possèdent des compétences directement transférables vers des emplois dans les énergies propres.
Mythe 5 : La transition se déroule trop lentement
Les chiffres d’installation des années récentes indiquent que le déploiement technologique progresse plus vite que ce que la plupart des prévisions anticipaient. En mai 2025, la Chine a ajouté 93 gigawatts de capacité solaire en un seul mois, soit un rythme équivalent à environ 100 panneaux solaires par seconde. La capacité combinée éolienne et solaire du pays a dépassé, pour la première fois, la capacité électrique thermique totale au début de 2025, et la Chine a atteint son objectif éolien et solaire pour 2030 en 2024, six ans avant le calendrier.
Au niveau mondial, l’IEA prévoit que les renouvelables dépasseront le charbon en tant que principale source d’électricité du monde d’ici la mi-2026. La production électrique issue des renouvelables devrait atteindre 16 200 TWh en 2030, soit une hausse de 60 % par rapport à 2024.
Bien que les efforts mondiaux restent insuffisants pour atteindre les objectifs climatiques de l’Accord de Paris, l’argument selon lequel l’énergie renouvelable est trop lente pour refaçonner les systèmes énergétiques du monde a été dépassé par une impulsion industrielle massive.
Adoption of Clean Energy Around the World
L’Asie est la région où la transformation est la plus rapide. En 2025, 74 % de l’ensemble de la nouvelle capacité renouvelable ajoutée mondialement provenait d’Asie, avec 513 GW d’ajouts progressant à 21,6 % par an, la Chine représentant à elle seule la part la plus importante. En 2024, l’Inde a investi environ 100 milliards de dollars dans l’énergie propre, la plaçant parmi les plus grands investisseurs mondiaux dans ce secteur. En 2025, l’Inde a aussi franchi une étape majeure en dépassant 50 % de la capacité électrique installée issue de sources non fossiles, cinq ans avant son objectif lié à l’Accord de Paris. L’Asie du Sud-Est déploie aussi le développement de l’énergie propre, mais les réseaux et le financement demeurent des défis importants.
L’Europe a profondément restructuré son approvisionnement énergétique depuis la perturbation des exportations de gaz russe. En 2024, les renouvelables ont généré 50 % de l’électricité totale de l’Union européenne, tandis que les combustibles fossiles sont tombés à un peu plus de 25 % du mix de production électrique. Le ratio entre investissement dans les énergies renouvelables et les énergies fossiles dans l’UE a atteint 35 pour 1 en 2024, contre 6 pour 1 il y a dix ans. Les retards d’autorisation des réseaux et la dépendance résiduelle aux importations de gaz naturel liquéfié demeurent des défis politiques importants.
Aux États‑Unis, l’énergie propre représentait plus de 90 % de la nouvelle capacité électrique ajoutée en 2025, et, en mars de cette année, les renouvelables sont brièvement devenues la principale source de production d’électricité du pays, dépassant le gaz naturel pour la première fois sur une base mensuelle. Les développeurs américains prévoient d’ajouter 43,4 GW de solaire à grande échelle et 11,8 GW d’éolien en 2026, mais cet élan rencontre un obstacle politique. L’incertitude des politiques sous l’administration Trump – allant de menaces de hausses tarifaires au gel des subventions fédérales – a déjà entraîné le report ou l’annulation de plus de 14 milliards de dollars de projets renouvelables.
En raison de ses abondantes réserves hydroélectriques, l’Amérique latine produit déjà 65 % de son électricité à partir de sources propres, bien au-delà de la moyenne mondiale de 41 %. Le solaire et l’éolien fournissent plus de 40 % de l’électricité au Chili. En 2024, la production éolienne et solaire au Brésil a augmenté de 36 TWh. Au niveau régional pour l’Amérique latine et les Caraïbes, l’initiative RELAC (REnewables in Latin America and the Caribbean) complète ces efforts nationaux en visant une électricité d’au moins 70 % renouvelable d’ici 2030, bien que l’intégration au réseau et l’accès au financement demeurent des contraintes clés.
L’Afrique affiche le contraste le plus frappant entre potentiel et déploiement. Le continent détient environ 60 % du meilleur potentiel solaire mondial mesuré par l’irradiance solaire et une capacité éolienne élevée de 1 300 GW, mais il ne représente qu’environ 1 % de la PV mondiale installée. Malgré cela, le continent a enregistré sa plus forte hausse annuelle de capacité renouvelable en 2025, avec 11,3 GW supplémentaires, portés par l’Ethiopie, l’Afrique du Sud et l’Égypte. Les obstacles sont structurels: obtenir un financement de projet à grande échelle demeure difficile, les infrastructures du réseau sont fragmentées et les cadres politiques varient énormément d’un pays à l’autre. Combler cet écart figure parmi les défis les plus urgents et les moins pourvus de la transition énergétique globale.
Et après pour l’énergie propre ?
Alors que la transition s’accélère, il faut reconnaître les frictions: l’usage absolu des combustibles fossiles a augmenté au cours de la dernière décennie, et les infrastructures du réseau peinent à suivre le rythme de l’explosion de la capacité renouvelable. Par ailleurs, les flux de capitaux vers les pays en développement demeurent une fraction de l’opportunité réelle. Ce sont des obstacles importants. Mais la preuve montre désormais de manière incontestable: l’énergie renouvelable n’est plus une technologie du futur. Elle est déjà moins chère, plus stable et plus fiable que les combustibles fossiles du passé.
L’investissement mondial dans l’énergie propre en 2025 s’élevait à 2,2 trillions de dollars, soit plus du double des investissements dans les combustibles fossiles. Que la transition soit viable ou non n’est plus une question. Ce qui importe maintenant, c’est la rapidité avec laquelle les financements, le cadre politique et l’investissement dans les réseaux électriques peuvent être mobilisés.
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