L’Italie retarde de 13 ans la fermeture des centrales à charbon

Le vote visant à retarder la fermeture des centrales électriques alimentées au charbon en Italie est venu en réponse à la crise énergétique mondiale déclenchée par les récentes attaques américaines et israéliennes contre l’Iran.

L’Italie prévoit de repousser l’arrêt de ses dernières centrales au charbon jusqu’en 2038, treize ans plus tard que prévu initialement, alors que la crise énergétique mondiale provoquée par les attaques coordonnées des États-Unis et d’Israël contre l’Iran s’aggrave.

Mardi, la chambre basse du parlement a voté pour prolonger la durée de vie des quatre dernières centrales à charbon du pays, qui sont actuellement en veille.

Le Plan national énergie et climat, un plan sur dix ans fourni par l’Union européenne (UE) aux États membres pour atteindre les objectifs de décarbonation de l’UE, prévoyait initialement une fermeture d’ici décembre 2025.

Le texte, porté par la coalition gouvernementale de droite de la première ministre Giorgia Meloni, est maintenant transmis à la chambre haute, où il devrait être adopté.

Les partisans du texte, dont le parti populiste de droite La Ligue, ont déclaré qu’il était « juste et responsable » de retarder la fermeture face à la « grave crise énergétique internationale » déclenchée par la guerre en Iran. En réponse à des attaques coordonnées des États‑Unis et d’Israël, l’Iran a bloqué le trafic dans le détroit d’Ormuz, l’une des artères maritimes pétrolières les plus fréquentées du monde. Environ 20 à 25 % de l’approvisionnement mondial en pétrole le traverse habituellement, et l’Italie dépend de ce passage pour environ 21 % de ses importations totales de pétrole et de gaz.

Mais les écologistes affirment que la mesure portera atteinte aux progrès climatiques du pays et affectera la santé des populations. Le charbon, combustible fossile le moins cher et le plus polluant, demeure la plus grande source mondiale d’émissions de carbone et une contribution majeure à la pollution de l’air.

Dans un communiqué, Mariagrazia Midulla de WWF Italia a déclaré que le charbon est un « véritable tueur » du climat et de la santé publique. S’appuyant sur le succès de l’Espagne, qui s’impose comme une des nations les plus avancées en matière d’énergies « vertes » en Europe, elle a dit que la transition vers 100 % d’énergies renouvelables garantirait une véritable indépendance et une sécurité énergétique, ainsi que des prix équitables, pour les consommateurs italiens.

« Quiconque utilise l’urgence des prix de l’énergie pour justifier l’adoption d’un amendement qui maintient les centrales au charbon ouvertes jusqu’en 2038 sait très bien que ce n’est qu’un prétexte… » a déclaré Midulla.

En fin de compte, les experts estiment que, à mesure que la crise énergétique s’accentue, les pays disposant d’une base renouvelable solide adoptent l’indépendance énergétique qu’elle procure, tandis que ceux liés au pétrole se tournent vers des sources fossiles alternatives. Cela est vrai non seulement pour l’Italie mais aussi pour plusieurs pays asiatiques ainsi que pour les États-Unis, qui tirent parti du choc d’approvisionnement mondial pour renverser les protections climatiques et accélérer la production domestique sous l’étiquette de sécurité nationale.

À l’inverse, des pays comme l’Espagne, le Portugal et le Royaume-Uni ont réussi à s’en protéger partiellement grâce à une forte pénétration des énergies renouvelables. Le Royaume-Uni, par exemple, mise sur une production record de ses parcs éoliens pour répondre à la demande nationale tout en réduisant fortement son exposition aux marchés volatils des combustibles fossiles.

Dans un rapport publié le mois dernier, le Climate Change Committee, les conseillers climatiques du gouvernement, a estimé que parvenir à la cible de zéro émission nette d’ici 2050 coûtera au Royaume-Uni moins cher qu’un seul choc pétrolier.

Plus sur le sujet : La guerre en Iran provoque une hausse massive des émissions provoquant le réchauffement planétaire et des appels à accélérer la transition vers les renouvelables

Astrid Ménard

Astrid Ménard

Formée au journalisme et à l’éthique environnementale, j’écris pour dakorsen.com pour donner une voix à celles et ceux qui, partout en France et ailleurs, œuvrent pour la défense du vivant. À travers mes enquêtes et mes reportages, je cherche à éclairer les enjeux cachés de la crise écologique et à raconter des trajectoires de résistance et d’espoir.