Plus de 1 300 morts en une semaine à cause de la chaleur extrême : la crise climatique fait payer l’Europe

Plus de 1 300 morts en excès enregistrés en Europe depuis le 21 juin, selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS), témoignent bien plus qu’une simple vague de chaleur. Ils décrivent un continent confronté à des températures qui dépassent les seuils pour lesquels les villes, les infrastructures et les services sanitaires avaient été conçus. L’OMS estime en outre qu’environ 150 millions de personnes vivent sous des conditions de chaleur extrême et qualifie ces épisodes de véritables tueurs, capables de toucher en priorité les personnes âgées et les populations vulnérables, sans l’impact immédiatement visible d’autres catastrophes.

L’Europe, rappelle le directeur général de l’OMS, Tedros Adhanom Ghebreyesus, est le continent qui se réchauffe le plus rapidement, avec une augmentation des températures d’environ le double de la moyenne mondiale. Un constat qui transforme cet été en quelque chose de bien différent d’une simple parenthèse météorologique.

Des villes conçues pour un autre climat

L’urgence actuelle met surtout en lumière une limite des villes européennes : elles ont été construites pour un climat qui n’existe plus. Des quartiers densément bâtis, peu d’espaces verts, d’immenses surfaces asphaltées et des bâtiments qui accumulent la chaleur renforcent l’effet des fortes températures, surtout pendant la nuit.

 

Les données italiennes le démontrent aussi. À Turin, la température minimale a atteint 27,3 degrés, la plus élevée jamais mesurée depuis le début des relevés en 1753. Milan a frôlé les 40 degrés, tandis que plusieurs régions ont prolongé les arrêtés limitant le travail en extérieur durant les heures les plus chaudes. Pendant ce temps, musées, bibliothèques et églises sont devenus des refuges climatiques pour les habitants et les touristes, tandis que les communes ont renforcé les plans d’aide destinés aux personnes les plus vulnérables. Lorsque l’OMS souligne que maisons, écoles et lieux de travail européens n’ont pas été conçus pour des températures de ce type, elle rappelle un problème de santé publique bien plus qu’un enjeu environnemental.

Ce que disent les études

En ce qui concerne le lien entre cette vague de chaleur et le changement climatique, la communauté scientifique parle avec une clarté croissante. Selon World Weather Attribution, des températures aussi élevées en juin auraient été pratiquement impossibles il y a à peine cinquant ans. Aujourd’hui, la planète est environ 1,4 °C plus chaude que l’époque préindustrielle, principalement en raison de la combustion du charbon, du pétrole et du gaz. « Cela n’aurait pas été possible en juin sans le changement climatique », déclare Theodore Keeping de l’Imperial College de Londres. Dans le même esprit, Friederike Otto, co-fondatrice de World Weather Attribution, estime que le système météorologique ne présente pas d’anomalies exceptionnelles : c’est le contexte climatique dans lequel se déploient ces phénomènes qui a changé, rendant possibles des températures autrefois impensables.

La recherche met également en évidence un autre élément souvent négligé : le stress thermique, résultant de la combinaison de chaleur et d’humidité, qui diminue la capacité du corps humain à évacuer la chaleur et augmente le risque de malaise, d’hospitalisations et de décès. Environ 45% des près de 850 villes européennes analysées ont déjà dépassé, ou s’apprêtent à dépasser, leurs records historiques de stress thermique en juin.

Un risque destiné à croître

Une étude publiée par The Economist, reposant sur un modèle développé par la London School of Hygiene & Tropical Medicine, arrive à des conclusions similaires. En à peine trois jours, cette vague de chaleur pourrait provoquer environ 12 000 décès supplémentaires en Europe. Le risque ne dépend pas uniquement de la température absolue, mais aussi de la préparation d’une ville à y faire face. C’est pourquoi 30 degrés peuvent être plus dangereux à Manchester qu’à Madrid. Parmi les grandes villes européennes, Milan figure parmi celles où le risque de mortalité pourrait augmenter le plus pendant cette phase de chaleur extrême.

Les alertes météo, les plans anti-chaleur et les arrêtés qui limitent le travail durant les heures les plus torides restent des outils indispensables. Mais ils interviennent lorsque le problème est déjà arrivé. Les données diffusées par l’OMS et les conclusions des études publiées ces derniers jours décrivent une réalité désormais difficile à ignorer : les vagues de chaleur représentent une condition avec laquelle les villes, les systèmes sanitaires et les politiques d’adaptation devront faire face de manière de plus en plus fréquente.

Astrid Ménard

Astrid Ménard

Formée au journalisme et à l’éthique environnementale, j’écris pour dakorsen.com pour donner une voix à celles et ceux qui, partout en France et ailleurs, œuvrent pour la défense du vivant. À travers mes enquêtes et mes reportages, je cherche à éclairer les enjeux cachés de la crise écologique et à raconter des trajectoires de résistance et d’espoir.