L’Italie recycle plus que la moyenne européenne, mais dépend encore fortement des importations d’énergie ; les voitures électriques augmentent, mais restent encore peu nombreuses ; les villes investissent dans l’adaptation climatique, tandis que les émissions de gaz à effet de serre repartent à la hausse. Et, malgré des sécheresses de plus en plus fréquentes, nous continuons à gaspiller plus de 40 % de l’eau introduite dans les réseaux d’eau.
C’est une photographie faite de contradictions et de retards qui émerge de la Relazione sullo Stato della Green Economy 2026, présentée à l’ouverture de la XVe édition des États Généraux de l’Économie Verte, organisés par la Fondation pour le développement durable dans le cadre d’Ecomondo, à Rimini.
Un bilan qui met d’emblée en évidence une question: l’Italie avance trop lentement par rapport aux objectifs environnementaux qu’elle s’est engagée à atteindre d’ici 2030, et ceci alors que la crise climatique frappe notre pays avec une intensité croissante.
En Italie, nous constatons une situation globalement critique de la transition vers l’économie verte, avec quelques signaux positifs limités, a déclaré Edo Ronchi, président de la Fondation pour le développement durable, soulignant toutefois qu’une enquête Ipsos révèle une poussée croissante vers la durabilité de la part des citoyens et des entreprises.
L’Italie encore loin des objectifs
Le climat
Le premier constat concerne le climat. L’Italie se situe au sein de la Méditerranée, l’un des points chauds climatiques de la planète, où les températures augmentent plus rapidement que la moyenne mondiale. Au cours des 50 dernières années, la température moyenne nationale a augmenté de plus de 2 °C et, selon la Relazione, en 2025 seulement, on a enregistré plus de 2 300 événements climatiques extrêmes. L’été 2026 a également vu une extension particulièrement prolongée et simultanée des alertes de chaleur extrême dans de nombreuses villes italiennes.
Ce qui inquiète aussi, c’est l’évolution des émissions de gaz à effet de serre, qui sont revenues à augmenter en 2025 après des années de baisse.
Entre 2015 et 2024, l’Italie a réduit en moyenne 7 millions de tonnes de gaz à effet de serre par an. Pour respecter les objectifs du PNIEC (Piano nazionale integrato per l’energia e il clima), à partir de 2026 il faudrait atteindre 14 millions de tonnes de réduction annuelles, soit le double du rythme observé ces dernières années. Une accélération qui, pour le moment, ne se dessine pas.
Énergies renouvelables en retard
En 2024, les sources renouvelables ne représentaient que 19,6 % des besoins énergétiques totaux italiens, contre une moyenne européenne de 25,2 %. L’objectif national fixé pour 2030 est de 39,4 %. En ce qui concerne la production d’électricité, en 2025 la contribution des renouvelables s’élevait à 47 %, encore loin des 70 % prévus d’ici la fin de la décennie.
Et les nouvelles installations ne croissent pas assez rapidement: en 2025, l’Italie a ajouté 7,2 GW de capacité renouvelable, contre 23,3 GW pour l’Allemagne et 10,8 GW pour l’Espagne. Pour atteindre les objectifs nationaux, il faudrait atteindre un rythme d’environ 10 GW par an.
À cela s’ajoute une problématique structurelle: la dépendance énergétique italienne vis-à-vis de l’étranger se situe autour de 74 %, contre une moyenne européenne de 57 %. Cette vulnérabilité expose le pays aussi aux fluctuations des prix et aux tensions géopolitiques internationales.
Économie circulaire
Si les aspects climatiques et énergétiques restent marqués par l’ombre, l’économie circulaire représente l’un des principaux points forts italiens. En 2024, le taux d’utilisation circulaire des matériaux, c’est‑à‑dire la part des matières premières secondaires réintroduites dans l’économie, a atteint 21,6 %, contre une moyenne européenne de 12,2 %.
La productivité des ressources est également supérieure à celle des principaux partenaires européens: en 2025, l’Italie a généré 4,6 euros de PIB pour chaque kilogramme de matériaux utilisés, contre 3 euros en moyenne dans l’UE. Par ailleurs, en 2025, 77,3 % des déchets d’emballage ont été recyclés.
Reste toutefois une limite importante: 47,1 % des matériaux utilisés par notre pays dépendent des importations, un pourcentage bien supérieur à la moyenne européenne de 22,1 %.
Nous sommes donc capables de récupérer et d’utiliser les ressources de manière efficace, mais nous demeurons fortement dépendants de l’approvisionnement extérieur.
Eau
L’Italie est le pays européen qui consomme le plus d’eau à des fins civiles et industrielles et occupe la deuxième place, après l’Espagne, pour les prélèvements destinés à l’agriculture. Pourtant, la disponibilité en eau par habitant est inférieure à la moitié de la moyenne européenne, soit environ 2 260 mètres cubes par an.
Selon les données de l’ISPRA évoquées dans la Relazione, les changements climatiques ont déjà contribué à réduire la disponibilité d’eau de 20 % par rapport au début du XXe siècle. Le paradoxe est que plus de 40 % de l’eau introduite dans les réseaux d’eau italiens est perdue.
La réutilisation des eaux dépurées reste également marginale: selon les estimations de l’ENEA, elle ne représente que 4 %, alors que le potentiel national pourrait atteindre 23 %.
@Stati Generali
Mobilité
Quelques signaux positifs proviennent du marché automobile. Au premier semestre 2026, la part des ventes de voitures électriques à batterie est passée de 5,2 % à 8,4 %, tandis que les hybrides plug-in sont passés de 5,3 % à 9 %. Dans le même temps, les parts de marché des voitures à essence et diesel ont diminué, passant respectivement à 19,7 % et 6,8 %.
Mais alors que le marché automobile évolue, les transports publics locaux continuent à être confrontés à des ressources insuffisantes.
Entre 2015 et 2025, le Fonds national pour le transport public a augmenté nominalement de 6 %, mais, en tenant compte de l’inflation, il a perdu 13,5 % de sa valeur réelle, soit environ 660 millions d’euros. Un chiffre qui illustre combien la transition de la mobilité ne peut se limiter au remplacement des voitures privées.
Agriculture biologique en recul après dix ans de croissance
Pas de bonnes nouvelles non plus pour l’agriculture biologique. Après une décennie d’expansion, en 2025 les surfaces certifiées et en conversion ont diminué de 5,4 % par rapport à l’année précédente.
Une pause significative, sachant que entre 2015 et 2024 la superficie dédiée à l’agriculture biologique avait augmenté de 59,3 %. La Sicilia et les Pouilles restent les régions où l’agriculture biologique est la plus présente, tandis que la valeur des productions DOP et IGP continue de croître, atteignant 20,7 milliards d’euros.
Par ailleurs, les effets de la crise climatique pèsent de plus en plus sur la production agricole: selon les données de l’Agence européenne pour l’environnement rapportées dans la Relazione, la sécheresse est responsable de 54 % des pertes agricoles liées aux événements climatiques, tandis que les précipitations intenses contribuent à 21 %.
Les villes essaient de changer
Parmi les éléments les plus encourageants de la Relazione émerge enfin le rôle des villes italiennes, où se multiplient les initiatives pour faire face aux effets du changement climatique. Grâce notamment aux interventions financées par le PNRR, plusieurs administrations ont lancé des mesures d’adaptation, allant de la création de refuges climatiques à la réduction des îlots de chaleur.
Circulent également les projets des fameuses villes éponges, qui prévoient des surfaces perméables, des espaces verts et des systèmes de collecte et de gestion des eaux pluviales afin de réduire le risque d’inondations et de préserver les ressources hydriques à utiliser lors des périodes de sécheresse.
Ce sont des interventions qui montrent comment la transition écologique peut se traduire par des changements concrets dans la vie quotidienne des citoyens, même s’il demeure des retards structurels et des carences d’investissement.
@Stati Generali
La photographie des États Généraux de la Green Economy 2026 livre donc un pays à deux vitesses: d’un côté, de bonnes performances dans l’économie circulaire, la croissance de la mobilité électrique et les initiatives des villes; de l’autre, des émissions qui ne diminuent pas suffisamment, des sources renouvelables encore insuffisantes, des gaspillages d’eau et des investissements insuffisants dans le transport public.
En attendant, 2030 approche et, à ce rythme, les objectifs climatiques et énergétiques risquent de rester uniquement sur le papier.
ICI, vous trouverez la version complète du rapport.