Le biogaz peut-il réduire les émissions liées à la construction et au transport ?

Le biogaz est l’une des options les plus révolutionnaires en matière de carburants de transport. Les secteurs de la construction et de l’industrie dépendent tellement de flottes alimentées par des énergies fossiles qu’ils ont besoin d’une alternative plus respectueuse de l’environnement. Le biogaz offre des bienfaits pour le climat, en plus d’une longue liste d’autres avantages. Si les entreprises l’adoptent, comment pourrait-il transformer l’avenir de ces secteurs ?

À mesure que l’industrie s’informe sur le biogaz et ses avantages, elle pourrait envisager de se fournir auprès de partenaires externes ou de le produire en interne. Les entreprises n’ont besoin que d’un accès à des déchets organiques pour faciliter le processus de décomposition et capter les gaz émis. Les matières premières peuvent inclure les résidus alimentaires, les matières végétales, les eaux usées ou les déchets animaux.

La production de biogaz se réalise par digestion anaérobie dans un environnement clos dépourvu d’oxygène. Ce procédé produit un mélange de gaz utilisé comme alternative durable au gaz naturel, notamment pour alimenter les engins de construction et les transports urbains, offrant une solution écologique aux besoins en carburant.

Le biogaz peut également être extrait d’un des environnements les plus destructeurs qui existent : les décharges. La décomposition anaérobie et d’autres processus se produisent à mesure que la décharge vieillit, libérant du biogaz sous forme de 50-70 % de méthane et 30-50 % de dioxyde de carbone, parmi d’autres gaz.

Le biogaz, qui est parfois aussi appelé biométhane, est une ressource abondante et accessible nécessaire pour réduire les émissions de certaines des industries les plus polluantes au monde, et à la fois l’industrie de la construction et les villes doivent l’adopter. En dehors de toutes les autres formes de transport, les flottes de construction seules représentent entre 2,4 et 5,5 % des émissions de carbone. Dans l’ensemble, le secteur de la construction est estimé utiliser environ 40 % de l’énergie mondiale, un chiffre qui ne peut que croître avec l’urbanisation et la croissance démographique. À son tour, le transport est responsable de 23 % des émissions mondiales de dioxyde de carbone dues à la combustion de combustibles fossiles. 

Décarboner à la fois les systèmes de construction et de transport urbain grâce au biogaz est envisageable en observant les schémas d’utilisation des sols, en préconisant des options à faible carbone et en rendant ces options durables désirables et viables.

Utilisation

Des flottes de construction et des villes ont mis le biogaz en pratique à grande échelle, montrant ce que cela pourrait devenir si davantage d’organisations s’en servaient pour alimenter leurs opérations. 

Avantages

Les gouvernements et les organisations tireraient avantage d’investir dans la capture du biogaz. Le bénéfice le plus évident est la réduction des émissions. Le biogaz a un impact sur les gaz à effet de serre inférieur à celui de tout combustible fossile. L’utilisation d’une méthode sans combustion permettrait d’égayer l’air sur les chantiers et dans les centres-villes, ce qui améliorerait à son tour la santé publique.

De plus, la production de biogaz est plus économique que la combustion de combustibles fossiles. Des études réalisées dans une usine de biogaz en Inde ont démontré que l’installation pouvait réduire les dépenses énergétiques de 20 à 30 %.

En utilisant quotidiennement 100 tonnes de biogaz comprimé pour remplacer le gaz naturel comprimé, l’impact environnemental équivaut à retirer environ 24 030 voitures de la route pendant un an. Lorsqu les ressources sont aisément disponibles, le biogaz devient une alternative économique, réduisant la dépendance d’un pays vis-à-vis des sources d’énergie externes. Cette stabilité des coûts de production conduit à des tarifs énergétiques abordables et prévisibles pour les entreprises et les consommateurs, au-delà des secteurs de la construction et des transports publics.

Par exemple, aux États‑Unis, plusieurs installations de transformation de manioc riches en amidon utilisent des biodigesteurs anaérobies associés à des groupes électrogènes à allumage alternatif pour exploiter le biogaz. Ces installations utilisent le biogaz pour produire leur propre électricité, ce qui permet de réduire les coûts et de diminuer la dépendance au fioul lourd et à l’électricité du réseau. De plus, certaines fermes et industries qui exploitent des engins lourds recourent à des opérations d’alimentation du bétail pour capturer et stocker d’importantes quantités de fumier. Plutôt que de libérer du méthane et du dioxyde de carbone dans l’atmosphère, ils convertissent le biogaz en carburant pour des moteurs spécialisés.

La biodisponibilité et le caractère renouvelable du biogaz présentent aussi des avantages, compte tenu des difficultés des chaînes d’approvisionnement et de l’épuisement croissant des ressources naturelles finies. Les entreprises de construction et les villes pourraient avoir l’autonomie de produire leurs matières premières. L’indépendance énergétique améliore la stabilité sociétale, offrant aux industries polluantes comme le transport urbain et la construction une image publique améliorée dans un monde soucieux du climat. Les villes reconnues pour leurs systèmes de transport public robustes pourraient renforcer leur réputation et potentiellement augmenter leur population en s’appuyant sur des carburants durables.

Défis

L’infrastructure du biogaz demeure limitée dans le monde, un facteur qui entrave une adoption à grande échelle. Les entreprises souhaitant devenir acteurs du biogaz doivent plaider en faveur d’une législation pour favoriser l’extension des installations, à l’instar de la manière dont la loi américaine sur la réduction de l’inflation a encouragé l’expansion des technologies solaires et géothermiques. Cela aidera aussi à réduire les coûts initiaux d’investissement dans les technologies requises. 

Les constructeurs de véhicules et de machines devront également rendre les voitures compatibles avec le biométhane. Se concentrer sur la compatibilité biométhane des véhicules futurs est crucial, mais le retrofit des modèles existants avec le biogaz peut accélérer la transition. Par exemple, la méthodologie de retrofit bioCNG a déjà été testée avec succès sur un bus et sur un tracteur. Les essais menés par d’autres entreprises se poursuivent, ouvrant la voie à la transformation de véhicules diesel en véhicules alimentés au biométhane.

Études de cas

Plusieurs villes ont déjà intégré ce type d’énergie. La capitale suédoise, Stockholm, l’a intégré dans certains de ses transports publics, notamment des bus et des camions, en signe d’engagement envers la qualité de l’air et les efforts de réduction des émissions dans la région. La réussite de l’intégration du biogaz dans certaines voitures, bus et camions suédois a inspiré des recherches au Maroc pour voir s’il serait possible de produire son propre biogaz afin d’alimenter 300 bus. Le Maroc importe 91 % de son énergie, donc l’initiative représenterait une avancée majeure pour l’indépendance énergétique et la réduction de la dépendance aux combustibles fossiles. Des simulations ont suggéré qu’une transition était possible.

Bristol, au Royaume-Uni, a entrepris des démarches similaires dans l’exploration du biogaz dans les transports publics. Ses bus fonctionnant au biométhane peuvent parcourir jusqu’à 300 kilomètres (186 miles). Sur ces distances, ils affichent jusqu’à 30 % de réduction des émissions de carbone et 80 % de réduction des oxydes d’azote.

Les entreprises de construction disposent de plusieurs options pour aider à la production de biogaz. Elles peuvent soit aider à construire des usines de biogaz tout en adoptant des pratiques plus durables, soit utiliser des flottes d’engins de construction alimentées au biogaz. Mortenson Construction a aidé le comté de Montgomery dans le Maryland à étendre les transports publics durables via une nouvelle installation alimentée au biogaz. Le projet, qui s’inscrit dans l’objectif du comté d’atteindre des émissions de carbone net zéro d’ici 2035, réduira les émissions sur la durée de vie des bus locaux d’environ 155 000 tonnes.

Intégration dans les systèmes de transport urbain et la construction

Développement des infrastructures

La première étape pour intégrer le biogaz dans les systèmes de transport et la construction est de s’attaquer aux besoins en infrastructures. Les stations de ravitaillement en biogaz doivent être facilement accessibles pour les transports publics et les transporteurs de longue distance. Des recherches visant à déterminer les itinéraires les plus fréquentés par ces industries permettraient un assainissement stratégique.

L’adoption et l’expansion du biogaz dans les transports et d’autres secteurs nécessiteront commodité et accessibilité des infrastructures. Des infrastructures efficaces exigeront que les stations soient reliées aux installations de production, et ces installations devront être pratiques pour les transports publics, les véhicules de construction et les autres propriétaires de flottes intéressés par l’accès à l’énergie renouvelable. Cette accessibilité et cette infrastructure développée devront faire intervenir et être financées par divers acteurs, y compris le secteur privé pour promouvoir l’énergie biogaz sur le marché et la rendre viable commercialement. D’autres parties prenantes peuvent inclure les gouvernements, les institutions financières, les médias, les groupes de pression et les communautés locales. 

Avec l’appui de divers acteurs, les propriétaires de flottes dans différents secteurs envisageront ensuite d’investir dans des véhicules et des flottes renouvelables. 

Les organisations peuvent collaborer avec les décharges existantes pour démarrer la production. Les États‑Unis perdent quotidiennement environ 475 millions de pieds cubes de biogaz provenant de 450 décharges négligées. Se connecter à ces sites constituerait une voie d’approvisionnement énergétique immédiate.


a white car with a green gas pump

Action Réglementaire

Les lois offrent des incitations indispensables au choix du biogaz, et l’harmonisation rendra cet énergie plus cohérente et viable. De la planification urbaine aux ingénieurs du bâtiment, chacun doit apporter ses perspectives aux agences réglementaires pour éclairer les premiers cadres. Cela rendra le biogaz aussi durable que possible et imposera des exigences aux entreprises de construction et au développement urbain.

Conscience Publique

L’éducation est le pilier de l’expansion. Si le public est informé des avantages du biogaz, il plaidera pour son adoption au nom d’une ville ou d’une entreprise. L’utilisation de matériaux biodisponibles engage également les citoyens dans des mentalités d’économie circulaire, élargissant leur perception d’une société plus verte en dénichant des formats de transport plus propres avec des options renouvelables.

Avenir et Recommandations

Avec le développement des infrastructures, une action réglementaire et une prise de conscience publique, l’avenir du biogaz pourrait être lucratif et prometteur pour les émissions planétaires. Un intérêt accru se traduit par des investissements plus importants et par une recherche élargie sur le raffinage du biogaz. Cela pourrait accroître la pureté pour mieux fonctionner dans les technologies ou démontrer que certaines concentrations offrent une meilleure économie de carburant que d’autres.

Le mélange du biogaz est également à l’étude. Il pourrait constituer une option de carburant intermédiaire avant l’adoption complète. Des stations pourraient mélanger le gaz naturel avec le biogaz lors de rétrofits de véhicules et d’équipements, permettant une adoption progressive tout en réduisant les émissions. 

Les individus pourraient également prendre en charge la production de biogaz. D’autres biocarburants, comme le biodiesel, peuvent être fabriqués chez soi avec quelques ingrédients. Qu’est-ce qui empêcherait les ménages et les petites entreprises de construction de décentraliser la production de biogaz ? Cela pourrait compenser les coûts, alléger les obstacles d’accès pour les opérations rurales et impliquer les populations locales dans les thématiques des énergies renouvelables.

Le biogaz a autant de potentiel pour transformer les régions urbaines et l’industrie de la construction que n’importe quelle autre source d’énergie renouvelable. Le seul obstacle reste l’intérêt public éclairé par l’éducation. Partager les connaissances sur les avantages d’un biogaz facilement disponible et utilisable pourrait motiver les entreprises à prendre l’initiative. La collaboration et le plaidoyer sont essentiels pour transformer des machines et des véhicules dépendants des combustibles fossiles, en particulier dans les secteurs les plus polluants.

Astrid Ménard

Astrid Ménard

Formée au journalisme et à l’éthique environnementale, j’écris pour dakorsen.com pour donner une voix à celles et ceux qui, partout en France et ailleurs, œuvrent pour la défense du vivant. À travers mes enquêtes et mes reportages, je cherche à éclairer les enjeux cachés de la crise écologique et à raconter des trajectoires de résistance et d’espoir.