D’une forêt qui a mis des siècles à se développer jusqu’à devenir une étagère vendue dans le monde entier. C’est le parcours reconstruit par une nouvelle enquête de Greenpeace Nordic, qui dénonce l’implication de la chaîne d’approvisionnement IKEA dans la destruction des dernières forêts de grande valeur naturaliste de Suède.
Le rapport, intitulé Forêts en voie de disparition (Partie 2) : comment IKEA entraîne la destruction dans les forêts boréales, relie les déboisements dans le nord du pays à la chaîne de production de certains meubles du géant suédois, parmi lesquels les étagères IVAR et HEJNE et les lits MYDAL, NEIDEN et UTÅKER.
À l’aide d’appareils électroniques dissimulés dans les troncs, Greenpeace Nordic a suivi l’acheminement du bois provenant de huit zones forestières déboisées par Svenska Cellulosa Aktiebolaget (SCA), un important fournisseur d’IKEA.
Ce que Greenpeace a découvert
Les rondins ont été retracés dans les scieries de Munksund et Bollstabruk, liées à des fabricants qui produisent des meubles pour IKEA. L’enquête retrace donc le trajet du bois jusqu’aux scieries et les rapports commerciaux qui suivent avec le groupe, sans toutefois démontrer que chaque rondin tracé soit devenu un meuble précis.
Scierie de Munksund – Suède @Greenpeace
Le problème concerne surtout l’origine du bois : toutes les zones impliquées sont classées comme forêts de continuité, des écosystèmes qui n’ont pas subi de coupes rases récemment et qui conservent des habitats développés au fil des siècles. Des forêts qui ne peuvent être simplement remplacées en plantant de nouveaux arbres, car elles abritent des espèces menacées, des champignons, des lichens et des relations écologiques complexes.
Selon les estimations de l’Agence forestale suédoise relayées par Greenpeace, chaque année environ 26 000 hectares de forêts de grande valeur naturaliste et de forêts de continuité probables sont abattus.
Étiquette sur un colis de bois SCA trouvé à l’usine Hedlunda Industri AB. Indique qu’il s’agit d’un pin (PNSY) provenant de la scierie de Munksund (avril 2026) @Greenpeace
Aux rythmes actuels d’exploitation et de protection, ces écosystèmes pourraient disparaître des zones non protégées d’ici 26 ans. Un risque énorme pour la biodiversité : selon la Liste rouge suédoise de 2025, les activités forestières portent atteinte à 1 744 espèces.
@Greenpeace
Les droits du peuple Sámi aussi menacés
L’enquête dénonce également les conséquences des déboisements sur les communautés indigènes Sámi, qui dépendent des forêts pour l’élevage traditionnel des rennes.
Parmi les cas documentés figure celui de la communauté d’Ohredahke, sur les territoires de laquelle SCA est accusée d’avoir procédé à des coupes sans consultation préalable adéquate et sans le consentement de la population.
La disparition des forêts les plus anciennes entraîne aussi la perte des lichens dont se nourrissent les rennes pendant l’hiver, mettant en péril une pratique fondamentale pour la culture Sámi.
Greenpeace appelle à mettre fin à la destruction
Au cœur des critiques se trouve aussi la certification FSC, qui selon Greenpeace ne garantit pas à elle seule la protection des forêts les plus vulnérables.
Il devrait être évident que le bois provenant d’écosystèmes uniques et de grande valeur naturaliste ne devrait pas être utilisé pour fabriquer des meubles, mais nos enquêtes révèlent que Ikea ne respecte pas ses engagements en matière de durabilité, déclare Martina Borghi, responsable de la campagne Forêts chez Greenpeace Italie.
Ce n’est pas la première fois que le géant suédois est critiqué : une précédente enquête de Greenpeace dans les Carpates roumaines avait déjà identifié des liens entre la destruction de forêts naturelles et la filière de production du tabouret BEKVÄM et du lit SNIGLAR.
@Greenpeace
Greenpeace demande désormais à IKEA d’exclure immédiatement du sein de sa chaîne d’approvisionnement le bois provenant de forêts nécessitant une protection, en imposant des contrôles plus stricts à tous les fournisseurs.
ICI, vous trouverez le rapport complet.