Le gouvernement de l’Australie-Méridionale alloue 28 millions de dollars australiens pour lutter contre une prolifération toxique d’algues de plusieurs mois

Une prolifération d’algues nuisibles a envahi les eaux du sud de l’Australie depuis le milieu du mois de mars, entraînant la mort d’environ 450 espèces marines. Face à cette catastrophe environnementale, le gouvernement a débloqué une enveloppe de 28 millions d’euros pour faire face à cette crise.

Une réponse financière à une catastrophe écologique majeure

Ce mercredi, l’État sud-australien a validé un plan de soutien d’un montant de 28 millions d’euros destinés à lutter contre cette marée rouge toxique. La prolifération s’étend sur plusieurs kilomètres de côtes, causant de lourds dégâts à la faune marine : un peu plus de 450 espèces, notamment poissons, requins, raies et de nombreux invertébrés, ont été constatés échoués ou retrouvés morts en mer.

Une invasion sans précédent et ses étendues impressionnantes

Ce phénomène de prolifération algale toxique est dû à une croissance massive de l’espèce Karenia mikimotoi, une algue rouge pouvant produire des toxines nuisibles à la vie marine. Il s’agit d’une intoxication par surcroissance, ou bloom, qui a envahi une zone marine impressionnante, couvrant une superficie de 4 500 km², soit presque le double de celle du Territoire de la Capitale Australienne. La profondeur atteinte par cette invasion dépasse 20 mètres, compliquant encore la gestion de cette crise.

Il s’agit de la plus importante apparition de cette espèce dans la région depuis 2014, année où elle avait été observée à Coffin Bay, pour disparaître rapidement dans la semaine qui avait suivi.

Les impacts visibles de la marée rouge

Durant plusieurs mois, cette prolifération a décoloré l’eau en créant une mousse colorée et une odeur désagréable le long des côtes. Selon les observations de citoyens scientifiques, cette invasion a causé l’échouage et la mort de nombreux poissons et invertébrés, tandis que des images spectaculaires montrent des fonds marins infestés de mousse jaune dense, avec des patches de coraux et éponges qui commencent à blanchir.


L'invasion d'algues et la mer agitée réduisent la visibilité à moins de deux mètres sur les sites de surveillance.

Facteurs favorisant cette prolifération

Susana Close, ministre en charge du Climat, de l’Écologie et de l’Eau, a identifié trois éléments principaux qui ont permis cette explosion d’algues :

1. La crue de la rivière Murray en 2023, qui a apporté des nutriments supplémentaires dans la mer, constituant une source de nourriture idéale pour les algues.
2. La série de systèmes de haute pression, qui ont maintenu l’eau très calme, empêchant ainsi la déferlante vers la côte.
3. La vague de chaleur marine, débutée en septembre 2024, qui a vu les températures dépasser de 2,5 °C la normale, favorisant encore la multiplication des algues.

La ministre a souligné que ces trois facteurs ont été amplifiés par le changement climatique.

Une réponse institutionnelle et financière

Face à cette crise, le Comité de gestion d’urgence de la région a approuvé, ce mercredi, un fonds spécial de 28 millions d’euros. Sur ces fonds, 14 millions seront investis dans la mise en place d’un réseau de surveillance côtière utilisant capteurs, satellites et modélisation, afin de mieux détecter précocement les marées rouges, accélérer l’évaluation des populations de poissons, et élaborer un plan d’intervention pour les crises futures.

En outre, un million d’euros seront dédiés à l’aide aux collectivités locales pour le nettoyage des plages, notamment pour l’élimination des carcasses de poissons morts ou autres organismes échoués. Un soutien financier de 67 000 euros est également prévu pour les petites entreprises impactées par cette invasion, tandis qu’un fonds de 1 500 euros en subventions a été débloqué pour les pêcheurs professionnels et les aquaculteurs concernés, annoncé début juillet.


Cartes de la concentration en chlorophylle a en surface en mer, prises les 15 et 16 juillet 2025 en Australie méridionale. Les zones en gris-bleu indiquent l’absence de données à cause de la couverture nuageuse.

Les conséquences liées à la chaleur marine et au changement climatique

Selon Gretta Pecl, experte en biodiversité, cette marée rouge n’est qu’un exemple supplémentaire des ravages causés par la chaleur persistante des océans, en particulier lors des vagues de chaleur marines. Ces épisodes ont aussi provoqué un blanchissement massif des coraux, aussi bien sur la côte est que sur la côte ouest, avec de nombreux récifs touchés, notamment la Grande Barrière de Corail.

Pendant la période de janvier 2023 à mai 2025, près de 84 % des récifs coralliens dans le monde ont été affectés par un stress thermique conduisant au blanchissement massif, selon l’Administration nationale océanique et atmosphérique américaine (NOAA). C’est la quatrième grande vague de blanchissement recensée à ce jour, et la seconde depuis une décennie. L’Australie, avec son célèbre Grand Récif, est parmi les régions les plus gravement touchées au monde.

Finalement, Susana Close souligne que cette croissance d’algues ne devrait pas disparaître de sitôt et qu’elle pourrait revenir à l’avenir, car la région, selon elle, est « impuissante face à la force de la nature ».

« Cette prolifération d’algues nuisibles n’est qu’un des nombreux effets de la vague de chaleur marine qui frappe l’Australie, causant aussi de vastes blanchissements coraliennes, avec un taux élevé de mortalité chez les récifs. »

Elle insiste aussi sur la difficulté à prévoir l’évolution de tels phénomènes, leur mouvement dépendant fortement des conditions météorologiques et hydrologiques, rendant leur impact sur la faune et l’homme difficile à anticiper.

Astrid Ménard

Astrid Ménard

Formée au journalisme et à l’éthique environnementale, j’écris pour dakorsen.com pour donner une voix à celles et ceux qui, partout en France et ailleurs, œuvrent pour la défense du vivant. À travers mes enquêtes et mes reportages, je cherche à éclairer les enjeux cachés de la crise écologique et à raconter des trajectoires de résistance et d’espoir.