Ce résumé hebdomadaire vous apporte les principales actualités climatiques des sept derniers jours, y compris une mise à jour scientifique sur les points de bascule du climat et un tournant important dans le paysage énergétique et les priorités de la Chine.
1. Le réchauffement global à 1,6 °C : désormais le meilleur scénario envisageable, selon de nouvelles recherches
Le monde devrait bientôt dépasser l’objectif de réchauffement global de 1,5 °C, selon une nouvelle étude qui soutient que les contraintes liées à la mise en œuvre des politiques climatiques dans certains pays rendent l’objectif parisien désormais irréalisable.
« Limiter le pic de température à moins de 1,5 °C n’est plus possible avec une probabilité même modérée », a déclaré l’auteur principal de l’étude, Christoph Bertram, qui est professeur associé de recherche à l’Université du Maryland et chercheur invité à l’Institut Potsdam pour la Recherche sur les Impacts du Climat (PIK).
Bertram et ses collègues ont examiné des dizaines de scénarios potentiels qui prennent en compte les avancées technologiques ainsi que la faisabilité d’imposer des politiques climatiques dans différentes régions du monde. Ils ont découvert que la contribution significative des technologies verte dans l’accélération de la transition énergétique à l’échelle mondiale donne au monde une probabilité de 50 % de limiter le réchauffement global à moins de 1,6 °C — c’est-à-dire le meilleur scénario envisageable aujourd’hui.
Cependant, des contraintes qui empêchent certains gouvernements de mettre en œuvre des politiques climatiques, telles qu’une taxe carbone, réduisent la probabilité de rester dans cette limite à 5-45 %. Les contraintes vont d’un manque d’infrastructures adéquates à des systèmes bureaucratiques inefficaces et posent particulièrement problème dans les pays en développement, qui manquent de ressources financières.
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2. La mortalité liée à la chaleur en Europe pourrait tripler d’ici 2100 sous le scénario actuel de réchauffement de 3 °C, selon une nouvelle étude
L’Europe pourrait voir trois fois plus de décès liés à la chaleur d’ici la fin du siècle à moins que des mesures d’adaptation ambitieuses ne soient mises en œuvre à l’échelle du continent, selon une nouvelle étude qui a examiné les motifs de risque du changement climatique dans certaines régions européennes.
En tenant compte des politiques climatiques actuelles en place, le monde est sur la trajectoire d’un réchauffement de 3 °C, a indiqué l’étude. Dans ce scénario, l’Europe pourrait enregistrer environ 128 809 décès d’ici 2100, contre environ 44 000 pendant la période 1991-2020. Sous les objectifs de l’Accord de Paris de réchauffement 1,5 °C et 2 °C, les décès dus à la chaleur extrême s’élèveraient respectivement à environ 58 000 et 76 000.
Parmi les 30 pays modélisés, l’Italie est le pays où le plus grand nombre de décès liés à la chaleur ont été enregistrés durant la période 1991-2020 — un chiffre impressionnant de 10 433. Sous un scénario de 3 °C, ce chiffre sera plus que doublé pour atteindre environ 28 285 en 2100. L’Allemagne arrive en seconde position avec 6 909 décès entre 1991 et 2020 et une estimation de 16 913 d’ici la fin du siècle, suivie de près par l’Espagne avec 4 414 et 20 194 décès respectivement.
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3. La décennie actuelle est « critique » pour éviter une rupture permanente des points de bascule climatiques, avertit l’étude
Dans une étude sur les points de bascule du climat publiée en août dans Nature Communications, des chercheurs ont indiqué que chaque politique de réduction des émissions adoptée au cours du siècle déterminera l’évolution des régimes climatiques dans les siècles à venir.
Atteindre et maintenir des émissions nettes nulles de gaz à effet de serre d’ici 2100 serait « primordial » pour minimiser le risque d’affecter de manière irréversible les régimes climatiques, ont-ils souligné.
Les points de bascule désignent plusieurs états stables des systèmes de vie qui soutiennent les conditions de vie sur la planète et dont dépend la société; s’ils sont poussés trop loin, ils pourraient entraîner des changements incontrôlables, permanents et irréversibles. Par exemple, une pression extérieure continue sur un système comme la forêt amazonienne — le plus vaste et le plus riche réservoir biologique au monde et l’un des plus importants stockages naturels de carbone — peut transformer la forêt en savane et en source de dioxyde de carbone.
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4. La Chine réduit les permis de charbon au milieu d’un boom des renouvelables, mais les défenseurs de l’environnement avertissent « seul le temps dira » si l’ère des combustibles fossiles est terminée
Le premier producteur mondial de charbon, qui l’an dernier a enregistré une production record de charbon, a réduit les nouveaux permis de production de charbon de 83 % au premier semestre 2024 par rapport à la même période de l’année précédente, n’autorisant que 12 projets totalisant 9 gigawatts. Cela survient après que le pays ait approuvé 106 gigawatts de capacité électrique à charbon en 2022, le montant le plus élevé depuis 2015, et encore 70,2 gigawatts en 2023 — 95 % de l’ensemble des nouvelles activités de construction d’énergie à charbon dans le monde cette année-là.
La baisse des nouveaux permis pour des projets au charbon coïncide avec un déploiement sans précédent des énergies renouvelables qui reste largement sans égal dans le monde. Selon les chiffres publiés par le gouvernement chinois la semaine dernière, CREA a rapporté que la production solaire et éolienne du pays a augmenté de 171 térawatts jusqu’à présent cette année. Cela équivaut à la quantité que le Royaume-Uni a produite à partir de toutes les sources d’énergie au cours de la même période en 2023.
Cependant, les nouvelles données, présentées par le Centre pour la Recherche sur l’Énergie et l’Air Propre (CREA) dans un communiqué de presse jeudi, indiquent également une activité de construction de centrales à charbon « robuste » jusqu’à présent cette année.
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5. Un juge ordonne une suspension de trois mois de la déforestation dans la province du Chaco, en Argentine
Un juge fédéral argentin a ordonné lundi la suspension de la déforestation dans les parties nord de la province du Chaco, au milieu d’une enquête de corruption concernant le défrichage illégal des terres.
La suspension a été demandée par Patricio Sabadini, procureur fédéral de Resistencia, la capitale de la province du Chaco. Elle durera au moins trois mois « ou jusqu’à ce que la situation soit réévaluée » et concernera aussi bien les défrichages autorisés que ceux qui n’ont pas encore été effectués, a annoncé le parquet dans un communiqué publié sur son site lundi. Les nouveaux permis de déforestation sont également suspendus.
La demande est survenue dans le cadre d’une enquête impliquant sept prévenus, dont des hommes d’affaires et des responsables locaux et législateurs. Ils sont accusés d’avoir facilité et tiré profit du « coupe rase indiscriminée d’arbres » dans le Chaco et d’avoir causé « des dommages irréversibles à l’environnement et pour les générations futures ».
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Astrid Ménard