La déception survient après que le Parlement européen a adopté, en février, une version édulcorée de la loi cruciale sur la restauration de la nature et des écosystèmes.
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Au moins six États membres de l’Union européenne ont, lundi, laissé entendre qu’ils ne soutiendraient pas une nouvelle loi destinée à restaurer les habitats et les écosystèmes dégradés du bloc, marquant un coup potentiel porté à une législation en cours de élaboration depuis deux ans.
La loi sur la restauration de la nature, portion essentielle de l’agenda écologique du bloc, est aussi l’une des politiques environnementales les plus ambitieuses jamais proposées par l’UE.
Pour atteindre l’objectif fixé consistant à restaurer au moins 20% des terres et des mers de l’UE d’ici la fin de la décennie, les États membres devront restaurer au moins 30% de leurs habitats terrestres et marins couverts par la loi d’ici 2030 — incluant forêts, prairies et zones humides mais aussi rivières, lacs et lits coralliens — passant ensuite à 60% d’ici 2040, et 90% d’ici le milieu du siècle. Ils seraient également tenus d’adopter des plans nationaux de restauration détaillant les moyens prévus pour atteindre ces objectifs.
Un vote pour adopter la loi au Conseil, prévu lundi, qui faisait suite à l’adoption du Parlement avec 329 voix pour, 275 contre et 24 abstentions en février, a été annulé après que la Hongrie a retiré son soutien de façon inattendue.
Le virage opéré par la Hongrie a effectivement anéanti une majorité déjà mince en faveur de la législation. La Hongrie s’est jointe à l’Italie, aux Pays-Bas et à la Suède pour s’opposer au texte, tandis que l’Autriche, la Belgique, la Finlande et la Pologne ont indiqué leur intention de s’abstenir lors du vote.
Selon des diplomates européens, la loi avait déjà été édulcorée lors des négociations en réponse à des mois de protestations des agriculteurs européens. En effet, le Parlement avait réclamé l’institution d’un frein d’urgence concernant certaines obligations d’amélioration des écosystèmes agricoles. Celles-ci incluent la restauration d’au moins 50% des tourbières drainées d’ici 2050, avec des cibles intermédiaires de 30% d’ici 2030 et 40% d’ici 2040, une mesure perçue comme l’un des moyens les plus efficaces de réduire les émissions du secteur agricole.
« Le secteur agricole est un secteur très important, non seulement en Hongrie, mais partout en Europe », a déclaré lundi à Reuters Anikó Raisz, secrétaire d’État hongroise à l’environnement.
Les agriculteurs font face à des défis sans précédent en raison des tensions géopolitiques et du changement climatique. En particulier, des épisodes climatiques extrêmes, enchaînant sécheresses, incendies de forêt et inondations dans divers pays européens, ont impacté la production et les revenus, tandis que l’invasion de l’Ukraine par la Russie en 2022 a contribué à une hausse des prix de l’énergie et des intrants et perturbé les flux commerciaux. Le prix des céréales est actuellement d’environ 30% plus bas qu’avant l’invasion, passant de 80,6 milliards d’euros (87,1 milliards de dollars) en 2022 à 58,8 milliards d’euros (63,5 milliards de dollars) en 2023.
Parallèlement, l’UE introduit des objectifs plus stricts pour atténuer l’impact du secteur agricole, quatrième en termes d’émissions de gaz à effet de serre dans le bloc. L’un des moyens envisagés est de refondre la Politique agricole commune (PAC), dotée de 55 milliards d’euros (environ 59,4 milliards de dollars), la plus ancienne et la plus coûteuse des politiques de l’UE, qui met en œuvre un système de subventions agricoles et d’autres programmes. Toutefois, les agriculteurs soutiennent que les nouvelles règles vertes réduiraient la compétitivité face à des pays appliquant des réglementations environnementales moins strictes.
Les événements de lundi constituent le dernier revers de la politique environnementale très disputée du bloc. Dans une victoire significative pour les agriculteurs européens, la Commission européenne a annoncé en février qu’elle retarderait des règles vertes qui les obligeraient à mettre de côté des terres afin de promouvoir la biodiversité et la santé des sols.