L’administration Trump cherche à relancer une industrie en déclin, tant aux États-Unis qu’au niveau mondial. Le charbon, considéré comme le combustible fossile le plus polluant, demeure la principale source d’émissions de carbone et constitue également une cause majeure de pollution atmosphérique. Entre 1999 et 2020, environ 460 000 décès aux États-Unis ont été attribués à la pollution provenant des centrales électriques au charbon.
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Le mardi, le président Donald Trump a signé quatre décrets exécutifs destinés à revitaliser l’industrie du charbon, ce qui représente le carburant fossile le plus sale, tout en annulant certaines lois adoptées durant l’ère Biden, conçues pour limiter les émissions de gaz à effet de serre à l’échelle nationale et locale.
Selon la Maison Blanche, ces décrets ont pour objectif de dynamiser le secteur charbonnier.
Devant une assemblée de mineurs de charbon réunis à la Maison Blanche, Trump a déclaré que son administration « accélérerait rapidement la concession de permis pour l’exploitation minière du charbon sur les terres fédérales » et « simplifierait le processus d’obtention des permis. »
Le décret facilitant ces démarches décrit le charbon comme étant « magnifique », « propre », « abondant » et « économique », affirmant qu’il peut répondre à la demande croissante d’électricité du pays. Il charge par ailleurs les agences fédérales d’identifier et d’éliminer les politiques qui freinent l’investissement dans la production de charbon et la génération d’électricité à partir de cette ressource.
Cependant, ce décret omet de mentionner que le charbon, le combustible fossile le plus polluant, est la source la plus importante d’émissions de carbone issues des combustibles fossiles (responsable de 40 %), ayant contribué à plus de 0.3°C de l’augmentation de la température mondiale depuis l’époque industrielle, et constitue également une cause majeure de pollution de l’air.
En réalité, de nombreux pays dans le monde se désengagent du charbon.
Près de 60 nations ont considérablement réduit leurs projets de construction de centrales à charbon depuis la signature de l’Accord de Paris en 2015. Parmi ces pays figurent certains des plus grands consommateurs mondiaux de charbon, comme la Turquie, le Vietnam et le Japon. D’autres, tels que l’Allemagne, la Corée du Sud et le Royaume-Uni, ont complètement arrêté d’utiliser cette source d’énergie.
Une tentative précédente, menée par la première administration Trump pour relancer cette industrie, s’était soldée par un échec, avec près de 100 centrales au charbon fermées ou annonçant leur fermeture durant le premier mandat de Trump.
Aujourd’hui, Trump poursuit ses efforts, cherchant à réaliser son engagement de campagne à « libérer l’énergie américaine. » Mais pour relancer une industrie en déclin, même aux États-Unis, il faut supprimer les politiques mises en place l’année dernière par l’ancien président Joe Biden, dans le but de réduire les émissions.
À ce titre, l’un des décrets autorise certains anciennes centrales à charbon, programmées pour la fermeture, à continuer à produire de l’électricité, contournant ainsi une règle de l’Agence de Protection de l’Environnement (EPA) instaurée sous Biden, qui réglemente les émissions de polluants atmosphériques dangereux issus des centrales au charbon et au gaz.
Un autre décret ordonne au département de la Justice de repérer et « de prendre toutes les mesures appropriées pour stopper l’application » des lois des États concernant des formes d’énergie polluantes, comme le système de plafonnement et d’échange de la Californie.
« Le retour au charbon est motivé par une nécessité liée à une demande électrique sans précédent », a affirmé Trump, citant notamment l’expansion rapide des centres de données pour l’intelligence artificielle et une hausse de la fabrication domestique.
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Les réactions face à ces décrets ont été mitigées. Si certains États favorables aux combustibles fossiles, comme le Wyoming et la Virginie-Occidentale, se sont félicités de cette démarche, d’autres ont dénoncé cette politique comme une étape supplémentaire dans la catastrophe environnementale.
Les responsables du Wyoming, principal producteur de charbon du pays, ont salué cette décision comme « une grande victoire pour le charbon du Wyoming » et ont défendu cette ressource comme étant « l’énergie de l’avenir. »
Mais les défenseurs de l’environnement ont averti que ce retour au charbon entraînerait une augmentation du coût de l’électricité pour les consommateurs, tout en aggravant la pollution de l’air et les risques sanitaires.
Susannah Randolph, directrice de la section locale du Sierra Club en Floride, a expliqué que la démarche de Trump entraînerait des factures d’électricité plus élevées pour le public américain. « Le charbon n’est pas rentable, nuisible à notre santé, et destructeur pour notre planète, » a-t-elle déclaré.
Le groupe environnemental a également mis en garde contre les risques sanitaires liés à l’utilisation du charbon. Selon eux, « forcer les centrales à charbon à rester en activité coûtera plus cher aux Américains, augmentera le nombre de personnes souffrant de maladies respiratoires ou cardiaques, et entraînera davantage de décès prématurés. » Une étude de 2023 a estimé que près de 460 000 décès aux États-Unis entre 1999 et 2020 étaient dus à la pollution provenant des centrales au charbon.
« La véritable urgence ne réside pas dans le manque de charbon, mais dans la décision de Trump d’ouvrir l’accès aux terres publiques américaines à l’exploitation minière et de faciliter la délivrance de permis pour le charbon, » a déclaré le sénateur démocrate Ed Market. « Les tentatives de relancer cette industrie en déclin ne sont pas seulement coûteuses pour le contribuable américain, mais aussi dangereuses pour la santé publique et notre environnement. »
Certains experts ont également souligné que le charbon est en forte diminution aux États-Unis, face à la compétitivité croissante des énergies renouvelables et du gaz naturel. En 2023, le charbon ne représentait que 10 % de l’approvisionnement énergétique total du pays.
« Les centrales à charbon sont vieilles, polluantes, peu compétitives et peu fiables, » a affirmé Kit Kennedy, directrice de la gestion de l’énergie au Conseil de défense des ressources naturelles (NRDC). « L’administration Trump est enfermée dans le passé, tentant de faire payer aux consommateurs plus cher pour l’énergie d’hier. Au lieu de cela, elle devrait œuvrer à bâtir le réseau électrique de demain. »