Transition énergétique en 2026 : quelles perspectives ?

Le déploiement des énergies renouvelables s’accélère, les défis d’intégration deviennent centraux et la collaboration entre les gouvernements, les services publics et l’industrie se renforce. Mais jusqu’où ce progrès nous mène-t-il, que réserve l’avenir et quels éléments détermineront si l’élan actuel sera suffisant ?

À mesure que nous franchissons les obstacles liés au développement de nouvelles technologies et à leurs besoins énergétiques intégrés, l’ampleur de l’énergie propre adoptée jouera un rôle clé dans la vitesse à laquelle nous pourrons atteindre nos objectifs pour un avenir véritablement durable.

Le rapport Renewables 2025 de l’Agence internationale de l’énergie (AIE) raconte une histoire à la fois de dynamique et de potentiel manqué. Partout dans le monde, les renouvelables sont déployées plus rapidement que jamais, remodelant les systèmes électriques, les transports, le chauffage et les chaînes d’approvisionnement en carburants. L’adoption est rapide, résiliente et guidée par les consommateurs. Les panneaux solaires envahissent les toitures et les déserts, les véhicules électriques deviennent grand public, et de nouveaux carburants propres commencent à atteindre les avions, les usines et les réseaux de gaz. Mais une mise en garde clé que le rapport souligne à plusieurs reprises est que même avec ce progrès rapide, le monde n’avance pas encore tout à fait assez vite pour respecter l’engagement COP28 consistant à tripler la capacité renouvelable d’ici 2030.

Alors que la croissance du développement à grande échelle des énergies renouvelables se produit dans différentes parties du monde, le rapport examine où cette croissance s’accélère, où elle se ralentit et, surtout, ce qui motive le déploiement réel aujourd’hui.

Actualités

La capacité mondiale d’électricité d’origine renouvelable devrait croître de 2,6 fois par rapport à son niveau de 2022 d’ici 2030, soit environ le double du rythme observé entre 2019 et 2024.

Le PV solaire domine largement l’expansion, représentant près de 80 % des nouvelles capacités, le solaire diffus contribuant à environ 42 % de la croissance provenant des ménages, des bâtiments commerciaux et des toits industriels. L’éolien et l’hydroélectricité se développent aussi. L’éolien en mer devrait ajouter environ 140 GW et l’hydroélectricité de pompage devrait doubler pour atteindre 16,5 GW, renforçant la flexibilité du système et la fiabilité du réseau. Dans l’ensemble, les renouvelables devraient couvrir plus de 90 % de la croissance de la demande d’électricité et dépasser le charbon comme principale source d’électricité mondiale d’ici 2025-2026.


Solar panels on a roof in Queens, New York.

Mais, au milieu de cette croissance, des signes de contraintes apparaissent. Les prévisions ont été révisées à la baisse d’environ 5 % par rapport à l’année dernière en raison des retards d’autorisation, des goulets d’étranglement de la chaîne d’approvisionnement et des incertitudes politiques, notamment aux États‑Unis et dans certaines parties de l’Afrique. Par ailleurs, des régions comme la Chine, l’Inde et le Moyen-Orient et l’Afrique du Nord ont vu leurs prévisions révisées à la hausse grâce à des pipelines d’enchères solides, à l’adoption industrielle du solaire et à un déploiement rapide des projets. Même avec cette expansion record, la capacité mondiale restera inférieure à l’engagement COP28 de « tripler », ce qui montre à quel point les décisions relatives à de nouvelles mesures politiques, les mises à niveau du réseau et l’investissement sont cruciales pour s’aligner sur les objectifs climatiques de 2030.

Alors que la croissance rapide de la production d’électricité renouvelable en 2025 a été un phénomène global, soutenu par des mesures politiques nationales et internationales et des partenariats, quelques événements notables ont conduit à des changements significatifs. 

Premièrement, la transition de la Chine vers des enchères renouvelables compétitives et des réformes de tarification a réduit les coûts de l’électricité et renforcé la confiance des investisseurs, entraînant un déploiement record de solaire et d’éolien. Au début de 2025, la Chine a ajouté pas moins de 240 GW de nouvelle capacité solaire, soit le volume le plus élevé enregistré par un pays en une seule année.

Deuxièmement, la demande d’énergie propre des entreprises est en plein essor, stimulée par la croissance rapide de l’intelligence artificielle (IA). Des opérateurs de centres de données gourmands en énergie et des géants de la technologie tels que Microsoft, Amazon et Google contractent collectivement des dizaines de gigawatts d’énergie renouvelable via des accords d’achat d’électricité à long terme (PPA), dans le cadre d’engagements plus larges de décarbonisation de leur demande d’électricité et de soutien à leurs charges de travail à haute intensité énergétique.

Troisièmement, le financement à grande échelle provenant de sources publiques et privées continue de façonner les aspects économiques du déploiement à grande échelle. Les investissements mondiaux dans l’énergie renouvelable et les carburants ont atteint des niveaux records en 2024-25, avec plus de 386 milliards de dollars investis rien que au premier semestre de 2025. Enfin, les baisses continues des coûts technologiques, en particulier dans le photovoltaïque et le stockage par batterie, renforcent l’avantage compétitif des renouvelables par rapport aux combustibles fossiles, des analyses montrant qu’une grande majorité des nouveaux projets renouvelables sont désormais moins coûteux que des alternatives fossiles comparables.

Carburants durables

L’énergie renouvelable dans les transports devrait croître d’environ 50 % d’ici 2030, les véhicules électriques alimentés par de l’électricité renouvelable représentant environ 45 % de cette augmentation. Les biocarburants apportent environ 35 %, en particulier au Brésil, en Inde et en Indonésie, tandis que le carburant d’aviation durable (SAF) devrait passer de un milliard de litres en 2024 à neuf milliards de litres d’ici 2030. L’adoption des véhicules électriques de passenger se développe rapidement, soutenue par la baisse des coûts des batteries et l’élargissement des infrastructures de recharge, mais le transport maritime et l’aviation demeurent plus difficiles à décarboner, avec une pénétration des renouvelables encore limitée.

Le rapport souligne des différences régionales marquées. La Chine, l’Europe et les États‑Unis stimulent l’adoption des VE par des incitations politiques, des subventions et des réseaux de recharge à haute capacité. La croissance des biocarburants se poursuit dans des régions où existent des obligations d’incorporation et des priorités de sécurité énergétique domestique. L’expansion du SAF est limitée par les coûts de production, des installations peu nombreuses et des chaînes d’approvisionnement encore naissantes, même si des projets pilotes et des accords d’achat commencent à donner des signaux de marché pour les investisseurs.

Plusieurs développements commerciaux et politiques stimulent la croissance des énergies renouvelables dans les transports, et la force de ces développements repose sur des efforts coordonnés. Dans l’aviation, le mandat ReFuelEU Aviation de l’UE exigeait que les compagnies aériennes utilisent 2 % de carburant d’aviation durable en 2025, passant à 6 % d’ici 2030. Cette politique offre des signaux de demande à long terme clairs pour les producteurs et encourage l’investissement dans de nouvelles installations SAF. Le Japon, l’Inde et le Royaume‑Uni ont également introduit des objectifs et des incitations relatives au mélange de biocarburants et de SAF.


A Tesla electric vehicle charging station at night.

Le déploiement des véhicules électriques s’accélère grâce à l’expansion des infrastructures de recharge et à des politiques favorables. En Chine, le nombre de points de recharge pourVE a dépassé 19,32 millions d’ici fin novembre, en hausse de 52 % sur un an, incluant environ 4,63 millions de points publics et 14,7 millions de points privés. Le plan triennal du gouvernement vise à porter le réseau à 28 millions de points de recharge d’ici 2027, contribuant à réduire l’anxiété liée à l’autonomie et à soutenir à la fois l’usage des VE par les consommateurs et l’électrification des flottes commerciales.

Mise en route

La chaleur renouvelable, qui ne représentait que 14 % de la consommation mondiale de chaleur en 2024, devrait croître de plus de 40 % d’ici 2030, soutenue par les pompes à chaleur, l’électricité renouvelable et la bioénergie. Les pompes à chaleur représentent près de la moitié de l’augmentation des besoins dans les bâtiments, tandis que l’industrie compte sur la bioénergie, bien que l’électrification doive représenter la majeure partie de la nouvelle croissance. Les combustibles fossiles continueront de fournir une part importante de la chaleur, et les émissions de CO2 liées à la chaleur devraient augmenter légèrement sans des mesures d’efficacité et de décarbonisation plus profondes.

La croissance est concentrée dans les régions disposant de politiques et d’infrastructures favorables. La Chine, l’UE et les États-Unis intensifient les pompes à chaleur via des programmes de rénovation des bâtiments, tandis que le solaire thermique contribue au chauffage de l’eau domestique et à la chaleur industrielle à basse température. L’électrification industrielle et l’adoption de biomasse pour la chaleur de procédé sont essentielles pour décarboner les secteurs difficiles à électrifier, notamment dans les secteurs manufacturiers, agroalimentaire et chimique.

En Europe, la plateforme Heat Pump Accelerator lancée en janvier 2025 coordonne l’industrie, les décideurs et les services publics pour accélérer le déploiement des pompes à chaleur, tandis que le Fonds pour l’Innovation a engagé plus d’un milliard d’euros (1,17 milliard de dollars) dans des projets de chaleur industrielle propre utilisant des pompes à chaleur, des systèmes solaires thermiques et de la bioénergie. En Chine, le Plan d’action sur les pompes à chaleur et les subventions provinciales étendent le déploiement dans les immeubles et l’industrie, soutenus par des phases-out des chaudières au charbon qui créent des opportunités commerciales pour les fabricants de pompes à chaleur. En Inde, la biomasse et les déchets sont de plus en plus utilisés et devraient continuer à croître grâce à une forte poussée d’adoption dans le secteur des petites, moyennes et microentreprises du gouvernement indien, pour la chaleur de procédés industriels dans des secteurs tels que le sucre et l’éthanol.

Des déchets à l’énergie

La production de biogaz et de biométhane devrait progresser de 22 à 23 % d’ici 2030, le biométhane étant de plus en plus utilisé dans l’électricité, la chaleur et les transports. Les États‑Unis dominent la production mondiale, principalement pour le gaz naturel renouvelable (GNR) dans les transports et l’usage industriel, tandis que l’Europe développe le biométhane pour l’injection dans les réseaux et l’industrie. La Chine et l’Inde élargissent leur production à partir de bases plus modestes. Bien que moindre que l’électricité, les biogaz figurent parmi les formes d’énergie renouvelable à la croissance la plus rapide, offrant des options de décarbonisation pour les secteurs difficiles à électrifier.

Cette croissance reflète à la fois les marchés émergents et l’évolution des infrastructures. L’Europe construit des usines de mise à niveau du biométhane et intègre les matières premières agricoles et les déchets, tandis qu’aux États‑Unis, le RNG est de plus en plus utilisé dans les flottes de transport lourdes. L’Asie commence à mettre à l’échelle des projets biogaz industriels, posant les bases d’un déploiement commercial au‑delà des digesters agricoles de petite taille.

La croissance des gaz renouvelables est alimentée non seulement par la production régionale pour stabiliser l’usage local du gaz naturel renouvelable, mais aussi par l’incertitude de la chaîne d’approvisionnement mondiale face à l’accroissement des tensions géopolitiques. Aux États‑Unis, des crédits d’impôt fédéraux pour le gaz naturel renouvelable et des crédits dans le cadre de la Low Carbon Fuel Standard (LCFS) encouragent l’investissement dans les installations de production et dans la chaîne d’approvisionnement des carburants de transport, rendant les projets RNG plus viables financièrement. En Europe, les partenariats Biogas-to-Grid associent financements publics et développeurs privés pour élargir l’injection de biogaz épuré dans les réseaux de gaz naturel, soutenant à la fois les objectifs de transition énergétique et les retours commerciaux.

Perspectives

Le développement mondial des énergies renouvelables a parcouru un long chemin en 2025, mais il reste encore beaucoup à faire pour que les pays atteignent les objectifs internationaux promis pour 2030 et 2050, tout en élaborant des plans nationaux pour la mise en œuvre des politiques afin de faire progresser l’industrie des renouvelables.

À mesure qu’il devient plus clair que les avancées technologiques mondiales restent alimentées par des financements privés et publics, naviguer à travers les goulets d’étranglement politiques liés à l’imposition de normes, à l’intégration au réseau et à la génération distribuée pour accroître la capacité, et la collaboration mondiale visant à augmenter les flux financiers afin d’amplifier l’adoption de la technologie dans l’industrie revêt aujourd’hui une importance primordiale pour façonner la prochaine étape.

Astrid Ménard

Astrid Ménard

Formée au journalisme et à l’éthique environnementale, j’écris pour dakorsen.com pour donner une voix à celles et ceux qui, partout en France et ailleurs, œuvrent pour la défense du vivant. À travers mes enquêtes et mes reportages, je cherche à éclairer les enjeux cachés de la crise écologique et à raconter des trajectoires de résistance et d’espoir.