Autrefois leader de l’adaptation au climat, le Royaume-Uni est aujourd’hui confronté à un verrouillage face à des risques climatiques supplémentaires et à des impacts d’envergure qui affectent tous les niveaux de la société, a indiqué le Comité national sur le changement climatique (CCC).
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Le plan actuel d’adaptation au climat au Royaume‑Uni « ne répond pas à ce qui est nécessaire » pour prévenir une réponse adéquate face à des risques climatiques d’envergure, selon une évaluation préliminaire récente.
Le troisième et dernier Plan national d’adaptation (NAP3), publié en juillet 2023, « manque d’échelle et d’ambition suffisantes » et « offre peu en matière d’engagements nouveaux significatifs » pour soutenir la mise en œuvre largement nécessaire d’actions d’adaptation à grande échelle à travers le pays, a déclaré mercredi le Comité sur le changement climatique du Royaume‑Uni (CCC).
En vertu de la Climate Change Act de 2008, le Royaume‑Uni est tenu de produire un NAP tous les cinq ans, dont les progrès sont évalués par le CCC tous les deux ans.
En mars 2023, avant la publication du plan, le Comité avertissait que le Royaume‑Uni était « remarquablement mal préparé » et qu’il lui « restait peu de temps » pour protéger ses populations et ses écosystèmes, appelant le gouvernement à élaborer un plan d’adaptation « plus ambitieux » et « conduire à un changement attendu de longue date dans l’accent mis sur la mise en œuvre d’une adaptation efficace ».
Bien qu’il soit le « plus développé et le plus complet » des trois NAP, le plan actuel est encore gravement sous-financé, mal coordonné entre les différents ministères et dépourvu de mécanismes de suivi et d’évaluation – autant d’éléments clés pour assurer une mise en œuvre adéquate des stratégies d’adaptation, selon le CCC. L’évaluation a également révélé que la majeure partie du NAP3 se fonde sur des politiques et mécanismes existants, qui ne reflètent pas les défis et risques climatiques urgents auxquels le pays est confronté.
L’année 2023 a été la plus chaude du monde et la deuxième année la plus chaude jamais enregistrée au Royaume‑Uni, avec une température moyenne du pays de 9,97 °C, juste en dessous de 10,03 °C en 2022 mais devant la désormais troisième année la plus chaude, 2014, qui a enregistré une température moyenne de 9,88 °C.
Huit des douze mois de l’année dernière ont été plus chauds que la moyenne – et juin a été le mois de juin le plus chaud jamais enregistré dans le pays « de loin », selon le Met Office, le service météorologique national du Royaume‑Uni. Et la tendance se poursuit. Le mois dernier a été le février le plus chaud jamais enregistré en Angleterre et au Pays de Galles, et le quatrième mois le plus pluvieux du pays.
« Les preuves des dommages causés par le changement climatique n’ont jamais été aussi claires, mais l’approche actuelle du Royaume‑Uni en matière d’adaptation ne fonctionne pas », a déclaré Julia King, également connue sous le nom de baronne Brown de Cambridge, présidente du comité d’adaptation.
L’évaluation du CCC comprend des recommandations pour le nouveau gouvernement, qui doit être élu au plus tard le 28 janvier 2025.
Selon le Comité, le Royaume‑Uni, qui était jusqu’à récemment considéré comme un leader dans son approche de l’adaptation au climat, devrait tirer des leçons de pays comme l’Allemagne, le Canada et les États‑Unis, qui ont tous réalisé des avancées significatives dans la lutte contre le changement climatique ces dernières années. L’évaluation cite les stratégies d’adaptation de ces pays comme exemplaires car elles satisfont les trois exigences d’un NAP à haut niveau d’ambition : des objectifs et résultats cohérents, spécifiques et mesurables ; des engagements constamment mis à jour reflétant l’évolution rapide du climat ; et des structures de gouvernance intergouvernementales efficaces pour mobiliser tous les ministères et garantir la mise en œuvre à tous les niveaux de la société.
Dans l’évaluation, le CCC exhorte également le nouveau gouvernement à intégrer les résultats du nouveau cadre de l’Objectif mondial pour l’adaptation (GGA), convenu lors des plus récentes négociations internationales sur le climat, la COP28, en particulier en ce qui concerne la protection des systèmes naturels et de la biodiversité. Cela fait suite à un rapport publié en septembre 2023 qui avertissait qu’une espèce sur six au Royaume‑Uni est menacée de disparition.
Ce n’est pas la première fois que la stratégie climatique du Royaume‑Uni fait face à des critiques. En juillet 2022, un juge londinien a déclaré que le plan net zéro du pays violait la loi, car il manquait de détails sur la manière dont les objectifs climatiques seraient atteints, et a ordonné au gouvernement d’élaborer un plan plus détaillé sur la manière dont il envisage d’atteindre la neutralité carbone.
Des groupes environnementaux tels que Friends of the Earth, ClientEarth et Good Law Project ont également engagé à plusieurs reprises des actions en justice contre la stratégie climatique phare du gouvernement, affirmant qu’elle n’incluait pas, sur le plan juridique, des directives et des politiques claires pour mettre en œuvre ses promesses de réduction des émissions.