À mesure que le monde se décarbonise, que devient-on des centrales à charbon qui restent en place ? Certains pays les réimaginent pour jouer un rôle nouveau dans un avenir à faible émission de carbone.
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Depuis plus d’un siècle, le charbon a alimenté la croissance industrielle. Des villes entières et des économies régionales se sont construites autour des mines de charbon et des centrales électriques. Aujourd’hui, alors que les pays passent à une énergie propre et poursuivent leur décarbonisation, de nombreuses régions encore dépendantes du charbon font face à un déclin économique. Le défi n’est plus seulement de fermer les centrales à charbon en toute sécurité, mais de déterminer ce qui adviendra ensuite pour les travailleurs, les infrastructures et les communautés locales.
La pression en faveur d’une transition loin des combustibles fossiles qui réchauffent la planète est déjà en cours dans de nombreuses parties du monde. Aux États‑Unis, la capacité charbonnière a diminué d’environ 60 % depuis 2010, selon l’Agence internationale de l’énergie (AIE). Dans l’Union européenne, des pays comme l’Allemagne, l’Espagne et les Pays‑Bas ont fixé des échéances légalement contraignantes de sortie du charbon avant 2030. Le Sud global est également confronté à une pression croissante visant à mettre fin au financement de nouveaux projets charbon.
Sans stratégies de transition planifiées, les sites charbonniers retraités risquent de devenir des zones industrielles abandonnées, entraînant des pertes d’emplois, des migrations de population et une réduction des bases fiscales municipales. Cependant, des trajectoires techno‑économiques émergentes montrent que d’anciennes régions charbonnières peuvent être reconverties en pôles industriels de l’énergie propre, transformant des actifs énergétiques fossiles « bloqués » en moteurs de l’économie verte.
La solution ? Il existe diverses voies qui ont été employées à travers le monde, dont certaines sont examinées ci‑après.
Valeur cachée des infrastructures charbon existantes
Les centrales à charbon occupent des terrains industriels à forte valeur stratégique. Elles disposent déjà d’interconnexions au réseau, de capacités de transmission et de permis de zonage industriel qui facilitent leur adaptation pour accueillir des fermes solaires à grande échelle, des parcs éoliens et des systèmes de stockage d’énergie à l’échelle du réseau.
Construire de nouveaux projets d’énergies renouvelables nécessite généralement des procédures d’approbation longues et des mises à niveau coûteuses du réseau. Réorienter d’anciens sites charbonniers permet d’éviter ces obstacles. Cette approche accélère le déploiement des renouvelables tout en préservant la fiabilité du réseau et les opportunités d’emploi local. Dans l’Est des États‑Unis, par exemple, des sites d’anciennes centrales à charbon dans les Appalaches sont en train d’être reconvertis en projets solaires et de batteries, soutenus par la loi phare de l’administration Biden, l’Inflation Reduction Act.
L’exploitation minière du charbon laisse derrière elle des terres qui offrent de vastes zones planes. Une fois rehabilitées, ces terres peuvent convenir à des usines d’assemblage de panneaux solaires, à la fabrication de pales d’éoliennes ou à des installations d’électrolyse d’hydrogène vert.
L’Allemagne est un excellent exemple de ce phénomène. La région de la Ruhr est passée, sur deux décennies, de l’exploitation minière du charbon à des activités manufacturières avancées et à des parcs de recherche en technologies propres grâce à une politique industrielle coordonnée et à l’investissement public — preuve que la planification à long terme peut transformer des régions en déclin liées aux combustibles fossiles en centres d’innovation plutôt qu’en zones économiques mortes.
Une autre voie consiste à faire des mines souterraines des installations de stockage d’énergie à long terme. Pour assurer une alimentation électrique fiable, les réseaux nécessitent des technologies de stockage capables de fournir de l’électricité pendant plusieurs heures, voire des jours. Les mines désaffectées offrent des cavités naturelles qui peuvent héberger du stockage par énergie hydraulique pompée, où de l’eau est pompée vers le haut à l’aide d’électricité excédentaire et relâchée pour produire de l’énergie lorsque cela est nécessaire — ou du stockage d’énergie par air comprimé, lorsque l’air est mis sous pression sous terre et relâché ensuite par des turbines. Des projets pilotes en Espagne et au Royaume‑Uni testent le stockage par gravité et le stockage par air comprimé basé sur des mines.
Transition pour les travailleurs du charbon
Les travailleurs du charbon possèdent déjà des compétences transférables, telles que la maintenance électrique, l’utilisation de machines lourdes et la formation en sécurité. Des programmes de reconversion rapide peuvent les orienter vers l’installation de panneaux solaires, la maintenance d’éoliennes et les opérations du réseau électrique. Des initiatives de reconversion, des assurances salariales et des fonds d’investissement régionaux se multiplient pour soutenir une « transition juste » — cadre politique garantissant que les travailleurs et les communautés bénéficient du passage à l’énergie propre plutôt que d’en supporter seuls les coûts.
Réflexions finales
Avec des investissements stratégiques qui vont de l’avant, les régions peuvent se doter de nouvelles industries offrant une plus grande stabilité des emplois à long terme et une propriété locale des actifs énergétiques. Des mécanismes d’investissement communautaire et des clusters d’innovation en technologies propres renforcent encore la résilience régionale.
La transformation n’est pas automatique. Elle exige une politique coordonnée, un financement public‑privé, une planification de la main-d’œuvre et un engagement politique à long terme. Or, les exemples qui émergent à travers l’Europe et l’Amérique du Nord démontrent que le déclin du charbon n’est pas nécessairement synonyme de déclin régional.
À mesure que le monde se décarbonise, l’avenir des anciennes régions charbonnières dépendra de la façon dont les gouvernements et l’industrie traiteront les fermetures des centrales : comme une fin ou comme une opportunité de bâtir la prochaine génération de pôles industriels de l’énergie propre.
Photo : Tom Grundy/hongkongfp.com.