Les 1% les plus riches épuisent le budget carbone 2026 en seulement 10 jours

Pour rester dans la limite de 1,5°C de réchauffement global, les 1% les plus riches devraient réduire leurs émissions de 97% d’ici 2030, selon une étude.

Le segment le plus riche de la population mondiale continue de polluer sans restriction, signe que la crise climatique n’est pas seulement un enjeu mondial — c’est aussi une question d’inégalité.

Il a suffi aux 1% les plus riches pour épuiser en seulement 10 jours leur part annuelle équitable d’émissions, a révélé Oxfam la semaine dernière. Pour limiter le réchauffement à 1,5°C, ils devraient réduire leurs émissions de 97% d’ici la fin de la décennie, ajoute l’organisme.

Parallèlement, les 0,1% les plus riches n’ont eu besoin que de trois jours pour épuiser leur budget carbone.

À mesure que les émissions augmentent, les impacts de la crise climatique se font eux aussi plus présents — comme des phénomènes climatiques extrêmes plus fréquents et plus destructeurs. Selon les recherches de l’ONG, environ 1,3 million de décès liés à la chaleur d’ici la fin du siècle seront attribuables aux émissions générées par les 1% les plus riches en seulement une année.

Les pays à revenu faible et à revenu inférieur moyen continueront de supporter le lourd fardeau d’une crise climatique alimentée par des décennies de surconsommation des ultra-riches, et cela devrait coûter à ces pays quelque 44 000 milliards de dollars en dommages économiques d’ici le milieu du siècle, a également indiqué Oxfam.

Un rapport d’octobre d’Oxfam a révélé que les émissions quotidiennes des 0,1% les plus riches dépassent les émissions annuelles des cinquante pour cent les plus pauvres. Leur part des émissions a augmenté de 32 % depuis 1990, alors que celle des 50 % les plus pauvres a diminué de 3 %.

Influence et investissements

Mais le mode de vie de l’élite mondiale n’est pas le seul moteur des émissions.

Le rapport d’octobre révélait que l’empreinte carbone des investissements réalisés par un seul milliardaire — généralement dans des secteurs polluants comme les énergies fossiles — est 346 000 fois plus élevée que celle de la moyenne des individus. En 2024, les émissions liées aux investissements des 308 milliardaires totalisaient 586 millions de tonnes de CO2 — soit davantage que les émissions combinées de 118 pays.

Avec l’argent vient le pouvoir de modeler l’influence des entreprises et les agendas des gouvernements. À la plus récente conférence mondiale sur le climat, COP30 au Brésil, les lobbyistes des combustibles fossiles ont dépassé le nombre de tous les membres des délégations réunies, à l’exception de celle du pays hôte.

« Le pouvoir immense et la richesse des individus et des sociétés ultra-riches leur ont aussi permis d’exercer une influence injuste sur l’élaboration des politiques et d’amoindrir les négociations climatiques », a déclaré Nafkote Dabi, responsable des politiques climatiques chez Oxfam.

Taxer les riches

Oxfam appelle depuis longtemps les gouvernements à « faire payer les pollueurs riches ». Cela peut se faire en augmentant les impôts sur leurs revenus et leur patrimoine, en interdisant ou en imposant de manière punitive les articles de luxe très émetteurs, et en taxant les profits excessifs des entreprises de combustibles fossiles. Oxfam affirme qu’un impôt sur les bénéfices de toutes les grandes compagnies pétrolières, gazières et charbonnières pourrait rapporter jusqu’à 400 milliards de dollars dès la première année.

« À maintes reprises, la recherche montre que les gouvernements disposent d’une voie très claire et simple pour réduire drastiquement les émissions de carbone et lutter contre les inégalités: viser les pollueurs les plus riches », a déclaré Dabi. « En s’attaquant à l’imprudence carbone massive des super-riches, les dirigeants mondiaux ont l’opportunité de remettre le monde sur la bonne voie pour atteindre les objectifs climatiques et de générer des bénéfices nets pour les populations et pour la planète. »

Astrid Ménard

Astrid Ménard

Formée au journalisme et à l’éthique environnementale, j’écris pour dakorsen.com pour donner une voix à celles et ceux qui, partout en France et ailleurs, œuvrent pour la défense du vivant. À travers mes enquêtes et mes reportages, je cherche à éclairer les enjeux cachés de la crise écologique et à raconter des trajectoires de résistance et d’espoir.