Travailler à distance, voler moins pour atténuer la crise énergétique, selon l’AIE

L’Agence internationale de l’énergie a déclaré que les mesures axées sur l’offre ne sauraient à elles seules « compenser pleinement » la crise énergétique déclenchée par le conflit au Moyen-Orient, tout en appelant les consommateurs à réduire la demande.

L’Agence internationale de l’énergie (AIE) appelle les consommateurs à jouer leur rôle pour atténuer la crise énergétique déclenchée par la guerre entre les États‑Unis et Israël contre l’Iran.

Le conflit, qui s’est rapidement propagé à d’autres pays du Moyen-Orient, a provoqué la plus importante perturbation d’approvisionnement jamais observée dans l’histoire du marché pétrolier mondial, a indiqué l’AIE dans un rapport publié vendredi. L’Iran a bloqué de facto le trafic dans le détroit d’Ormuz, l’un des passages maritimes pétroliers les plus fréquentés au monde. Environ 20 à 25 % de l’approvisionnement pétrolier mondial y transite habituellement, ce qui en fait un verrou énergétique mondial crucial.

La fermeture de ce passage a entraîné des prix du pétrole brut supérieurs à 100 dollars le baril et a provoqué des hausses encore plus marquées des produits raffinés tels que le diesel, le kérosène et le gaz de pétrole liquéfié (GPL), selon l’AIE. Les États membres de l’agence, qui comprennent les États‑Unis, le Royaume‑Uni et le Japon, ont accepté de puiser dans leurs réserves d’urgence un volume record de 400 millions de barils afin d’atténuer la pression.

Mais l’agence a déclaré que « les mesures d’offre seules ne peuvent pas compenser entièrement l’ampleur de la perturbation », appelant les consommateurs à jouer leur rôle.

Dans le rapport, l’AIE identifie 10 mesures que les gouvernements, les entreprises et les ménages peuvent mettre en œuvre, couvrant le transport routier, les voyages aériens et l’industrie. Celles‑ci comprennent le télétravail lorsque c’est possible, la réduction de la vitesse sur les autoroutes d’au moins 10 km/h, le passage d’une cuisson sur cuisinière à combustible à une cuisson électrique, l’entretien des véhicules et l’optimisation de la charge afin de réduire les besoins en diesel des véhicules, ainsi que le recours à des alternatives au voyage en avion, lorsque cela est possible.

Actions immédiates visant à réduire la demande recommandées par l’AIE (cliquez pour voir)

1. Travailler à domicile lorsque c’est possible
Évite l’utilisation du pétrole pour les déplacements domicile-travail, notamment lorsque les postes permettent le télétravail.

2. Réduire d’au moins 10 km/h la vitesse sur les autoroutes
Des vitesses plus faibles réduisent la consommation de carburant pour les voitures particulières, les fourgonnettes et les camions.

3. Encourager les transports en commun
Un passage des voitures privées vers les bus et les trains peut réduire rapidement la demande de pétrole.

4. Alterner l’accès privé des voitures sur les routes des grandes villes à des jours différents
Des systèmes de rotation des plaques d’immatriculation peuvent diminuer la congestion et les déplacements à forte consommation de carburant.

5. Accroître le covoiturage et adopter des pratiques de conduite efficaces
Une plus forte occupation des véhicules et une conduite plus écologique peuvent abaisser rapidement la consommation de carburant.

6. Conduite efficiente pour les véhicules routiers commerciaux et les livraisons
Des pratiques de conduite améliorées, un entretien approprié des véhicules et l’optimisation de la charge peuvent réduire l’utilisation de diesel.

7. Détourner l’utilisation du GPL du transport
Éloigner l’usage du GPL des transports afin de préserver le GPL pour la cuisson et d’autres besoins essentiels.

8. Éviter les voyages en avion lorsque des alternatives existent
Réduire les vols d’affaires peut rapidement alléger la pression sur les marchés du kérosène.

9. Dans la mesure du possible, passer à d’autres solutions modernes de cuisson
Encourager la cuisson électrique et d’autres options modernes peut réduire la dépendance au GPL.

10. Profiter de la flexibilité des matières premières pétrochimiques et mettre en œuvre des mesures d’efficacité et de maintenance à court terme
L’industrie peut aider à libérer le GPL pour des usages essentiels tout en réduisant la consommation de pétrole grâce à des améliorations opérationnelles rapides.

Certains gouvernements, notamment dans l’Asie fortement touchée, ont déjà mis en place des mesures d’urgence de conservation d’énergie axées sur la demande en réponse au conflit au Moyen-Orient, comme l’introduction de plafonds de prix, de réductions d’impôts ou de subventions sur les combustibles fossiles. L’Indonésie, le Vietnam et la Thaïlande figurent parmi les pays qui encouragent ou exigent le télétravail pour les fonctionnaires, limitent les déplacements des représentants de l’État et promeuvent des limites sur les températures du système de climatisation. Nombre d’entre eux appellent également le public à limiter la demande d’énergie dans les ménages et les bureaux et à privilégier les transports publics.

« [L]e rapport d’aujourd’hui fournit un menu de mesures immédiates et concrètes qui peuvent être prises, du côté de la demande, par les gouvernements, les entreprises et les ménages pour protéger les consommateurs des effets de cette crise », a déclaré Fatih Birol, directeur exécutif de l’AIE, qui a averti que les répercussions sur les marchés de l’énergie et sur les économies risquent de devenir « de plus en plus sévères ».

« Je suis convaincu que cela sera utile pour les gouvernements du monde entier, dans les économies avancées comme dans les économies en développement, en ces temps difficiles », a ajouté Birol.

Astrid Ménard

Astrid Ménard

Formée au journalisme et à l’éthique environnementale, j’écris pour dakorsen.com pour donner une voix à celles et ceux qui, partout en France et ailleurs, œuvrent pour la défense du vivant. À travers mes enquêtes et mes reportages, je cherche à éclairer les enjeux cachés de la crise écologique et à raconter des trajectoires de résistance et d’espoir.