Les plus grandes banques mondiales ont promis 869 milliards de dollars en 2024 aux compagnies de combustibles fossiles

45 banques ont augmenté leur financement aux énergies fossiles de plus d’un cinquième en 2024, année la plus chaude jamais enregistrée, selon un nouveau rapport

Le secteur bancaire mondial a continué de soutenir massivement les industries liées aux combustibles fossiles en 2024, année marquée par des températures records à travers le globe. Selon un rapport récemment publié, les plus grandes banques du monde ont promis des milliards de dollars pour financer des entreprises impliquées dans l’exploitation, la production et la croissance des infrastructures liées aux fossiles, malgré la crise climatique en cours.

Ce rapport révèle que les 65 principales banques internationales, parmi lesquelles figuraient des géants tels que JPMorgan Chase, Bank of America et Citigroup, ont engagé un total impressionnant de 869 milliards de dollars dans le financement des énergies fossiles. Parmi ces fonds, 429 milliards ont été dédiés à l’expansion de la production et des infrastructures liées aux combustibles fossiles. Ces chiffres illustrent la persistance du soutien financier massif aux industries qui sont responsables de l’essentiel des émissions de gaz à effet de serre.

Les données ont été compilées par une coalition de groupes de défense, orchestrée par le Rainforest Action Network, et reposent sur des informations provenant de plus de 2 800 entreprises en matière de prêt et de souscription. Ces chiffres illustrent de façon saisissante l’écart entre les engagements climatiques mondiaux et la réalité des flux financiers actuels.

Les banques américaines JPMorgan Chase, Bank of America et Citigroup ont représenté la majorité de ces engagements, avec respectivement 53,5 milliards, 46 milliards et 44,7 milliards de dollars. La société financière japonaise Mizuho s’est également illustrée, en promettant 40,3 milliards de dollars, suivie par Wells Fargo, une autre banque américaine, avec 39,3 milliards.

Sur l’ensemble des 65 institutions financières analysées dans ce rapport, 45 ont augmenté leur soutien aux projets liés au charbon, au pétrole et au gaz, en injectant 162 milliards de dollars supplémentaires, entre 2023 et 2024. Par ailleurs, 48 banques ont accru leur financement pour l’expansion des infrastructures fossiles, avec une augmentation de 84,4 milliards de dollars. Depuis l’entrée en vigueur de l’Accord de Paris en 2016, ces banques ont collectivement alloué près de 6,7 trillions de dollars à ces industries polluantes, un chiffre révélateur de l’ampleur des investissements toujours en faveur de l’exploitation des énergies fossiles.

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Retraits et recul des engagements

Ces derniers mois, plusieurs banques ont décidé d’assouplir ou de renier totalement leurs engagements en matière de réduction des émissions de carbone, dans un contexte politique mondial volatile et sous l’influence croissante d’une stratégie fortement axée sur les combustibles fossiles, notamment sous l’administration Trump. Ces changements impactent directement la crédibilité des efforts de décarbonation dans le secteur financier.

Six des plus grandes banques de l’économie la plus importante au monde — Goldman Sachs, Wells Fargo, Citi, Bank of America, Morgan Stanley et JPMorgan — ont récemment quitté l’Alliance des banques pour le net-zéro. Suite à cette décision, les six principales banques du Canada ont également suivi le mouvement, montrant une tendance à la baisse de l’engagement dans ces initiatives environnementales.

Créée en 2021 sous l’égide des Nations Unies par l’ancien gouverneur de la Banque du Canada, Mark Carney, cette alliance avait pour objectif d’inciter les institutions financières à réduire leur empreinte écologique et à s’orienter vers la réalisation de zéro émission nette d’ici 2050. Malgré les déclarations des banques insistant sur le fait que leur retrait n’altérait pas leur volonté de respecter ces objectifs, la réalité semble bien différente selon les experts.

Pour beaucoup d’analystes, ces retraits indiquent un recul clair de l’engagement du secteur financier international face à la crise climatique. Cela envoie un signal fort aux marchés : le changement climatique semble désormais relégué au second plan, bien loin des priorités stratégiques et financières.

Incompatibilité avec l’objectif de limiter le réchauffement à 1,5°C

La combustion du charbon, du gaz naturel et du pétrole pour produire de l’électricité ou de la chaleur demeure la plus grande source d’émissions mondiales de gaz à effet de serre. Ces activités sont à l’origine de l’effet de serre qui piège la chaleur dans l’atmosphère, provoquant un réchauffement climatique inquiétant. En 2024, la concentration atmosphérique de dioxyde de carbone (CO2), principal gaz à effet de serre issu de la combustion fossile, a atteint un niveau record, représentant près de 75 % des émissions mondiales responsables du réchauffement de la planète.

Seules 36 entreprises, parmi lesquelles Saudi Aramco, Coal India, ExxonMobil et Shell, sont responsables de plus de la moitié des émissions mondiales de CO2 liées aux combustibles fossiles, illustrant à quel point la concentration de ces entreprises dans le processus d’émissions est significative et inquiétante.

Selon l’Agence Internationale de l’Énergie (AIE), la seule solution pour maintenir vivable le scénario d’émissions net-zéro compatible avec un réchauffement limité à 1,5°C est de stopper tous les nouveaux projets d’extraction et de développement d’hydrocarbures. Cela signifie une interdiction immédiate de la mise en exploitation de nouvelles réserves de gaz et de pétrole.

Malheureusement, d’après les engagements actuels de réduction des émissions, la trajectoire mondiale se dirige vers un réchauffement compris entre 2,6°C et 3,1°C, ce qui rend coûteux voire catastrophique tout effort d’adaptation et de limitation des effets du changement climatique. La voie vers un avenir plus soutenable reste également très incertaine face à ces tendances financières et politiques.

Astrid Ménard

Astrid Ménard

Formée au journalisme et à l’éthique environnementale, j’écris pour dakorsen.com pour donner une voix à celles et ceux qui, partout en France et ailleurs, œuvrent pour la défense du vivant. À travers mes enquêtes et mes reportages, je cherche à éclairer les enjeux cachés de la crise écologique et à raconter des trajectoires de résistance et d’espoir.