« Nous protégeons ce que nous aimons – mais pour aimer véritablement, nous devons d’abord comprendre. En matière d’océan, une compréhension plus profonde commence par l’alphabétisation océanique », écrit Peter Thomson, l’envoyé spécial du Secrétaire général des Nations Unies pour l’océan.
L’alphabétisation océanique est fondamentale pour la sécurité humaine sur Terre car elle ouvre la voie à un avenir en harmonie avec la nature. Or, notre compréhension scientifique de l’océan demeure alarmamment incomplète – une lacune critique compte tenu du fait que 90 % de l’espace vital de la biosphère se situe dans l’océan. Cette carence de connaissances est inacceptable sur une planète aussi dépendante de la santé de ses écosystèmes marins.
Nous protégeons ce que nous aimons – mais pour aimer véritablement, nous devons d’abord comprendre. En matière d’océan, une compréhension plus profonde commence par l’alphabétisation océanique.
Qu’est-ce que l’alphabétisation océanique ?
L’alphabétisation océanique concerne la manière dont l’océan nous influence et dont nous l’influençons. En son cœur, l’alphabétisation océanique vise à enseigner à l’humanité comment vivre en harmonie avec l’océan, aussi bien dans le cadre du système éducatif formel qu’au sein de la société dans son ensemble. Il s’agit de la création d’une culture globale qui respecte profondément l’océan et tout ce qu’il nous offre.
Le besoin d’une telle culture globale devient de plus en plus évident. Alors que les températures des océans continuent d’augmenter de manière alarmante, les multiples effets de nos comportements humains, notamment la pollution de l’océan et la sur-exploitation de ses ressources, exigent une attention urgente. Le niveau des mers s’élève, l’océan s’acidifie et les coraux meurent.
Comprendre les causes et les effets de ces changements dramatiques est le fil rouge de l’alphabétisation océanique.
On nous a peut-être appris que les océans sont divisés en entités nommées comme l’Atlantique ou le Pacifique, mais ce ne sont que des constructions humaines; l’océan agit comme un système unique et interconnecté. Les courants, le réchauffement et les espèces marines ne prêtent pas attention à nos étiquettes géographiques.
L’Impact de l’alphabétisation océanique
Mon mantra quotidien est le suivant : il ne peut y avoir une planète saine sans un océan sain. Or, la santé de l’océan est mesurée et terriblement en déclin. Si nous continuons d’entretenir de faibles niveaux d’alphabétisation océanique, nous continuerons à surpêcher, à polluer et à mal exploiter les ressources de l’océan.
Dans mes échanges avec les jeunes, je les encourage souvent à devenir pleinement alphabétisés sur l’océan et à envisager des carrières dans l’économie océanique durable. Des secteurs tels que la décarbonation du transport maritime, l’énergie renouvelable en mer, l’aquaculture durable sans alimentation extérieure et les produits pharmaceutiques et nutraceutiques d’origine marine présentent un grand potentiel. Il est clair que l’alphabétisation océanique est la fondation sur laquelle se bâtira une telle innovation.
Étant originaire des Fidji, dans l’ouest du Pacifique, où 60 % du stock mondial de thon est géré de manière durable depuis des décennies – crucial pour nos petites nations insulaires, dont beaucoup dépendent du thon comme principale source de revenus. Mais nos scientifiques nous avertissent que, en raison de l’évolution des conditions océaniques, trois des cinq espèces commerciales de thon dans notre région quitteront nos eaux d’ici la fin du siècle. Évidemment, cela aura des conséquences majeures pour les économies de la région. Comprendre et planifier ces changements relève du champ de l’alphabétisation océanique, soulignant la nécessité d’investir dans les sciences océaniques, de surveiller les écosystèmes marins en mutation et de développer des stratégies d’adaptation pour protéger les économies et les moyens de subsistance côtiers.
L’alphabétisation océanique doit être intégrée à l’éducation formelle et non formelle dans le monde entier, en insistant sur son rôle en tant que puits de carbone, source alimentaire et son impact sur les modèles climatiques mondiaux (pour n’en citer que quelques services essentiels). L’UNESCO invite tous les pays à inclure l’éducation océanique dans les curricula scolaires et propose une boîte à outils pour soutenir les décideurs et les enseignants. Cette ressource offre des repères pour intégrer l’éducation océanique à chaque niveau, de la conception des programmes à l’enseignement en classe.
Regarder vers l’avenir
L’alphabétisation océanique est la boussole qui nous guide vers un avenir durable. Elle nous donne les moyens de comprendre les enjeux, de relier les faits et d’agir de manière significative.
Cela ne se réduit pas à une question de gestion environnementale mais relève d’une justice intergénérationnelle, car chaque action que nous menons pour protéger l’océan influence directement la sécurité future de l’humanité.
Je le répète : si nous protégeons uniquement ce que nous aimons, nous devons mieux comprendre l’océan afin de lui accorder le respect qu’il mérite.
Peter Thomson est un diplomate fidjien, actuellement envoyé spécial du Secrétaire général des Nations Unies pour l’océan. Nommé en 2017 comme premier titulaire de ce poste, il dirige les efforts mondiaux pour faire progresser l’objectif de l’Agenda de développement durable des Nations Unies visant à conserver et à utiliser durablement les ressources océaniques. Il a auparavant été président de l’Assemblée générale des Nations Unies (2016–2017) et représentant permanent des Fidji auprès des Nations Unies (2010–2016).