Tous les pays sauf 7 ont connu des niveaux de pollution de l’air dangereux en 2024

Le Tchad a enregistré la concentration annuelle la plus élevée de PM2,5, atteignant 91,8µg/m3, bien au-delà du niveau sûr recommandé par l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) de 5µg/m3.

Seuls sept pays dans le monde, soit moins de 4 %, présentaient des niveaux de qualité de l’air au ou en dessous du niveau moyen annuel sain préconisé par l’OMS en 2024, selon un nouveau rapport.

À l’exception de l’Australie, de l’Estonie, de la Nouvelle-Zélande, de l’Islande, de la Grenade, de Porto Rico et de la Polynésie française, tous les pays ont dépassé le niveau annuel l’année dernière, a indiqué IQAir, entreprise suisse spécialisée dans les technologies de qualité de l’air, dans son rapport annuel publié mercredi, avec plusieurs régions ayant enregistré des niveaux de pollution dangereusement élevés.

Le Tchad, un pays situé dans le nord-centre de l’Afrique, a enregistré la concentration annuelle la plus élevée de PM2,5 à 91,8µg/m3, bien au-delà du seuil sûr recommandé par l’OMS de 5µg/m3. Il est suivi par le Bangladesh, le Pakistan, la République démocratique du Congo et l’Inde.

17 % des villes incluses dans le rapport respectaient la norme annuelle de PM2,5 recommandée par l’OMS, contre 9 % en 2023. La capitale indienne, New Delhi, demeure la ville la plus polluée du monde, talonnée de près par N’Djamena, la capitale du Tchad. Dans les deux villes, la moyenne annuelle de PM2,5 dépasse les 90µg/m3.

Le rapport a été élaboré à partir de données provenant de plus de 40 000 stations de surveillance de la qualité de l’air et de capteurs à bas coût à travers le monde, exploitEx par des instituts de recherche, des agences gouvernementales, des écoles, des universités, des organisations à but non lucratif, des entreprises privées et des scientifiques citoyens, selon IQAir.

PM2.5, l’unité la plus couramment utilisée pour mesurer la qualité de l’air, désigne une particule atmosphérique dont le diamètre est inférieur à 2,5 micromètres, soit environ 3 % du diamètre d’un cheveu humain, et on lui attribue le plus grand risque pour la santé humaine. Des études lient cette particule à une mortalité prématurée, à des maladies cardiaques ou pulmonaires, à une bronchite aiguë et chronique, à des crises d’asthme et à d’autres symptômes respiratoires.

En septembre 2021, l’OMS a publié des directives sur la pollution atmosphérique, plus strictes, après de nouvelles recherches montrant que les particules fines PM2,5 présentent des risques plus élevés que ce qui était connu auparavant. Elle a fixé la limite sûre journalière du PM2,5 à 15 μg/m3 et le seuil annuel à 5 μg/m3.

Crise mondiale

Le rapport publié mercredi réaffirme les données antérieures de l’OMS selon lesquelles les niveaux de pollution dépassent les valeurs sûres quasiment partout dans le monde, avec au moins neuf personnes sur dix vivant dans des zones à faible qualité de l’air. À l’échelle mondiale, le PM2,5 est associé à environ 7 millions de décès chaque année et fait perdre en moyenne environ 2,3 ans d’espérance de vie à chaque personne — soit un total combiné de 17,8 milliards d’années.

Contrairement au XXe siècle, la pire qualité de l’air se retrouve dans le Sud global. Selon IQAir, les pays, territoires et régions d’Afrique, d’Asie centrale et du Sud ont enregistré les concentrations annuelles moyennes pondérées par la population les plus élevées de PM2,5 en 2024.

Plusieurs raisons permettent d’expliquer cette divergence.

Tout d’abord, les pays en développement possèdent d’importants réserves de combustibles fossiles, et les centrales à charbon restent largement répandues dans ces régions. Ils dépendent également fortement des combustibles solides qui provoquent une pollution atmosphérique intérieure grave, tels que le bois, les résidus agricoles, le charbon de bois et le charbon, ainsi que le kérosène pour la cuisine, le chauffage et l’éclairage. Par ailleurs, ils manquent de technologies et de ressources économiques pour lutter contre la pollution et ses effets, notamment des systèmes de santé adéquats capables de traiter les maladies liées à ce phénomène. Les pays en développement ont aussi tendance à adopter des cadres juridiques et politiques moins stricts, par exemple des normes d’émissions des véhicules moins sévères que celles des pays développés.


Air pollution obscures the skyline in New Delhi in November 2019.

Une étude publiée l’année dernière a montré que les habitants de quatre pays d’Asie du Sud — le Bangladesh, l’Inde, le Népal et le Pakistan — devraient en moyenne perdre environ cinq années de leur vie à cause de la pollution de l’air. Cette analyse, réalisée par l’Energy Policy Institute (EPIC) de l’Université de Chicago, a révélé que la pollution particulaire en Asie du Sud a augmenté de 9,7 % entre 2013 et 2021, contribuant à une réduction supplémentaire d’environ six mois de l’espérance de vie des résidents de la région. Les populations vivant en Afrique subsaharienne et en Asie du Sud sont nettement plus exposées au risque de décès attribuables à la pollution atmosphérique extérieure, les taux de mortalité étant environ 100 fois supérieurs à ceux observés en Europe et en Amérique du Nord, selon l’étude.

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Astrid Ménard

Astrid Ménard

Formée au journalisme et à l’éthique environnementale, j’écris pour dakorsen.com pour donner une voix à celles et ceux qui, partout en France et ailleurs, œuvrent pour la défense du vivant. À travers mes enquêtes et mes reportages, je cherche à éclairer les enjeux cachés de la crise écologique et à raconter des trajectoires de résistance et d’espoir.