À quel point sommes-nous prêts à accepter l’utilisation des pesticides dans l’agriculture et quels aspects devraient être prioritaires lorsque l’on décide de les autoriser ? C’est à partir de ces questions qu’une nouvelle enquête réalisée par YouGov et soutenue par PAN Europe, en collaboration avec plusieurs organisations environnementalistes européennes, a été lancée.
L’enquête a impliqué 7 000 adultes dans sept pays : France, Allemagne, Irlande, Italie, Pologne, Roumanie et Espagne. Dans chacun des États, environ 1 000 citoyens ont été interviewés, des échantillons conçus pour représenter la population adulte nationale.
Les résultats présentent un intérêt particulier car ils dévoilent les attentes des citoyens vis-à-vis des politiques européennes sur les pesticides. Et le message qui ressort de l’Italie est assez clair : la protection de la santé et de l’environnement prévaut sur les impératifs de production et sur la possibilité de maintenir sur le marché des substances chimiques sans contrôles périodiques.
Pesticides, que pensent les Italiens
Le chiffre qui frappe le plus concerne précisément l’Italie. Selon l’enquête, 76 % des personnes interrogées se prononcent en faveur d’une élimination complète des pesticides chimiques, soit par un processus progressif, soit dès que des alternatives seront disponibles.
En détail, 52 % souhaiteraient que cette élimination ait lieu immédiatement, tandis que 24 % préfèreraient procéder lorsque des solutions alternatives seront disponibles.
Il y a ensuite un autre résultat significatif : seulement 6 % des Italiens soutiennent les autorisations à durée illimitée pour les pesticides. Cette possibilité est toutefois envisagée par la proposition de réforme de la Commission européenne.
Concernant la fréquence des contrôles, une position ferme se dégage également : 61 % des personnes interrogées souhaitent que les substances actives fassent l’objet de révisions de sécurité plus fréquentes que l’actuel intervalle de 15 ans.
L’enquête s’est aussi penchée sur les aspects qui devraient primer lors de la décision d’autoriser un pesticide. Pour les Italiens, la priorité est la santé humaine, indiquée par 74 % des interviewés. Suivent la protection des ressources hydriques (48 %) et la sauvegarde de la biodiversité (39 %).
Les exigences liées à la production agricole se situent bien plus bas : seulement 6 % considèrent les rendements des récoltes comme prioritaires, tandis que 10 % citent les prix des aliments.
Selon les organisateurs, cette orientation ne change pas substantiellement même lorsqu’on prend en compte les électeurs des partis de droite italiens, à savoir la Ligue, Forza Italia et Fratelli d’Italia. La demande de protection de la santé ressort donc au-delà des appartenances politiques.
Anche in Europa c’è opposizione alle autorizzazioni illimitate
Les résultats italiens s’inscrivent dans une tendance commune à l’ensemble des sept pays impliqués. Selon l’État, entre 68 % et 80 % des personnes interrogées soutiennent l’élimination complète des pesticides chimiques, tandis que entre 50 % et 72 % voudraient des contrôles de sécurité plus fréquents que ceux prévus actuellement.
La santé humaine est considérée comme la priorité principale par 68 à 76 % des citoyens, suivie par la protection de l’eau et de la biodiversité.
Un aspect intéressant du rapport PAN Europe concerne également les préférences politiques. Le soutien à des autorisations sans échéance ne dépasse pas 10 % parmi les électeurs des différents groupes politiques européens. Le pourcentage chute à 5 % chez les électeurs des partis du Parti populaire européen (PPE) et à 7 % chez ceux de l’espace Conservateurs et réformistes européens (ECR).
Cos’è la proposta Omnibus sui pesticidi e cosa cambierebbe
Au cœur du débat se trouve la proposition Food and Feed Safety Omnibus, présentée par la Commission européenne en décembre 2025. Il s’agit d’un paquet de modifications des règles de sécurité des aliments et des aliments pour animaux qui intervient également sur la réglementation européenne des produits phytosanitaires.
Parmi les changements les plus importants figure la possibilité d’accorder aux substances actives utilisées dans les pesticides une autorisation sans échéance préétablie. Actuellement, en revanche, les autorisations doivent être réévaluées périodiquement, généralement tous les 15 ans, pour vérifier que les exigences de sécurité sont toujours respectées.
La proposition prévoit également des modifications des dérogations permettant de maintenir sur le marché certaines substances, même en présence de problématiques liées à leur dangerosité. Parmi elles figurent les pesticides qui peuvent interférer avec le système endocrinien et ceux qui contaminent les eaux souterraines. Il est prévu aussi de prolonger jusqu’à trois ans la présence sur le marché de certains produits après le retrait ou le non-renouvellement de l’approbation, y compris certains pesticides classés comme cancérogènes.
Selon PAN Europe, l’élimination des contrôles périodiques affaiblirait un outil important pour identifier de nouveaux risques et intervenir sur les substances qui, avec le temps, se révèlent problématiques. L’organisation rappelle que depuis 2011, année d’entrée en vigueur du règlement européen sur les pesticides, 54 substances nocives ont été interdites précisément grâce au système de réévaluation.
Le principe « qui pollue paie » et la demande des associations
Un autre élément ressort du rapport : les citoyens ne réclament pas seulement des règles plus strictes sur les pesticides, mais aussi une responsabilité financière accrue de la part de ceux qui les produisent.
Parmi les indications recueillies par YouGov, on observe un soutien au principe « pollueur-payeur » : les coûts des dommages provoqués par les pesticides devraient peser prioritairement sur l’industrie qui les produit, plutôt que sur les contribuables ou sur les agriculteurs.
C’est une question importante car l’impact de l’agriculture chimique ne se limite pas à l’usage direct de ces produits sur les champs, mais peut aussi toucher la qualité des eaux, les écosystèmes et la santé des personnes.
À la lumière des résultats, PAN Europe, Lipu, Greenpeace et WWF demandent aux parlementaires européens de ne pas approuver les modifications proposées par la Commission et de rejeter l’Omnibus dans sa formulation actuelle.
L’appel est adressé à tous les eurodéputés, avec une référence particulière à l’écart que met en évidence l’enquête entre les positions de certains groupes politiques et celles de leurs électeurs. Selon les organisations, il n’existerait en effet pas de soutien significatif, même parmi les électeurs conservateurs, à la possibilité d’autoriser les pesticides sans limites temporelles.
Les citoyens veulent une élimination complète des pesticides. Ils veulent que la santé publique et environnementale passent en premier, et que l’industrie paie les dommages causés par les pesticides — a déclaré Angeliki Lysimachou, responsable des Sciences et des Politiques de PAN Europe.
Les associations demandent donc aux représentants italiens et européens d’écouter les indications issues de l’enquête et les préoccupations déjà exprimées par des organisations scientifiques et médicales, évitant d’affaiblir les garanties prévues par la réglementation actuelle.
Le sondage ne constitue naturellement pas un référendum sur la proposition Omnibus, mais révèle une indication sur les préférences des citoyens vis-à-vis de certaines de ses mesures les plus contestées. Et, du moins en ce qui concerne l’Italie, le résultat est net : la majorité des personnes interrogées souhaite moins de pesticides, des contrôles plus fréquents et une plus grande attention à la santé et à l’environnement.