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La troisième Conférence des Nations Unies sur les océans (UNOC3) s’est tenue la semaine dernière à Nice, en France, rassemblant environ 15 000 participants, dont plus de 60 responsables gouvernementaux. L’objectif principal de cet événement était d’évaluer la mise en œuvre des instruments multilatéraux visant à protéger et conserver nos océans, qui jouent un rôle crucial pour la planète.
Il est à noter que les États-Unis n’ont envoyé que des observateurs à cette conférence, une démarche qui s’inscrit dans une tendance plus large de retrait des institutions multilatérales et d’actions en faveur du climat depuis l’arrivée au pouvoir de Donald Trump en janvier 2017.
Les océans, qui couvrent environ 71 % de la surface de la Terre, constituent la plus grande capacité naturelle d’absorption de carbone du monde. Ils ont absorbé près de 90 % de la chaleur supplémentaire accumulée dans le système terrestre en raison de l’augmentation des gaz à effet de serre. Plus de 3 milliards de personnes dépendent directement de la mer pour leur subsistance, que ce soit par la pêche, le commerce maritime ou d’autres activités liées à l’océan.
Cependant, l’augmentation des températures mondiales, combinée à une protection insuffisante et à une exploitation excessive des ressources marines, menace gravement ces écosystèmes. La détérioration de la santé des océans engendre des risques importants pour la biodiversité marine, mais aussi pour l’humanité et la santé globale de la planète.
En décembre 2022, plus de 190 pays ont adopté l’Accord international de Kunming-Montréal sur la biodiversité, un cadre mondial ambitieux qui prévoit qu’au moins 30 % des surfaces terrestres, d’eau douce, côtières et marines soient « efficacement conservées » ou restaurées d’ici à 2030. Pourtant, les données récoltées en octobre dernier révèlent que seulement 2,8 % des océans bénéficient d’une protection « efficace » et que 8 % seulement de l’océan mondial sont aujourd’hui désignés comme Aires Marines Protégées (AMP).
Les discussions à Nice ont principalement tourné autour des Aires Marines Protégées et des initiatives pour améliorer leur efficacité. Plusieurs avancées ont été réalisées, et voici les principaux éléments à retenir de cette conférence.
L’Océan international : la Zone Économique Exclusive et au-delà
Depuis l’adoption du Traité des Nations Unies sur la Haute Mer en 2022, 19 nouveaux pays ont ratifié cet accord, portant à 50 leur nombre total de ratifications. Parmi eux, on trouve l’Albanie, les Bahamas, la Belgique, la Croatie, la Côte d’Ivoire, le Danemark, Fidji, Malte, la Mauritanie, Vanuatu, la Grèce, la Guinée-Bissau, l’Indonésie, la Jamaïque, la Jordanie, le Liberia, les îles Salomon, Tuvalu, et le Vietnam.
Plusieurs autres nations ont indiqué leur intention de déposer prochainement leur instrument de ratification à l’ONU. Si 136 pays ont signé le traité, dont 20 lors de cette conférence, il faut encore atteindre un minimum de 60 ratifications pour que le texte entre en vigueur. Une fois cette condition remplie, l’accord prendra effet dans un délai de 120 jours.
« La véritable force du Traité réside dans le nombre de pays qui l’adhèrent. Alors que nous célébrons cette avancée remarquable, nous appelons tous les États restants à ratifier sans délai et à dépasser rapidement le seuil des 60 pour faire de cet accord un outil mondial incontournable pour la protection des océans », a déclaré la coordinatrice de l’Alliance pour la Haute Mer.
Ce traité s’appuie sur la Convention des Nations Unies sur le Droit de la Mer (UNCLOS) et comporte 75 articles visant à « protéger, préserver et assurer l’utilisation responsable de l’environnement marin, tout en maintenant l’intégrité des écosystèmes océaniques et en conservant la diversité biologique marine dans sa valeur intrinsèque ». Il oblige notamment les États signataires à évaluer l’impact potentiel de leurs activités en dehors de leurs eaux territoriales, que ce soit pour l’exploitation minière, la pêche ou toute autre activité pouvant nuire à ces écosystèmes.
Ce traité concerne les eaux situées au-delà des juridictions nationales. Ces zones, souvent appelées « haute mer », représentent plus de 60 % des océans de la planète.
Les Aires Marines Protégées : un enjeu crucial pour la conservation
Actuellement, la quasi-totalité des AMP se situe dans les eaux territoriales nationales. La nouvelle Convention sur la haute mer ouvre la possibilité de créer des réserves dans l’océan ouvert, en dehors des zones contrôlées par un seul pays.
Lors de la conférence, plusieurs gouvernements, dont le Chili, la Colombie et la Tanzanie, ont annoncé la création ou l’expansion de nouvelles AMP. Parmi eux, la Polynésie française a dévoilé la création du plus vasteaire marine protégée au monde, couvrant 5 millions de kilomètres carrés.
Sur cette superficie, 1,1 million de kilomètres carrés seront classés en zones hautement ou entièrement protégées. Dans ces zones, seules la pêche artisanale, l’écotourisme et la recherche scientifique seront autorisées, selon le président de la Polynésie, Moetai Brotherson. Une façon de préserver les habitats et les espèces menacées tout en respectant les modes de vie locaux.
Actuellement, près de 8 % de l’océan mondial bénéficie de protections sous forme d’AMP. Ces zones, où les activités humaines sont réglementées pour préserver la biodiversité, jouent un rôle fondamental dans la lutte contre la dégradation et pour la résilience des écosystèmes marins.
« Au fil des années, notre perception a évolué, passant d’une certaine ambivalence à l’idée que protéger 30 % de l’océan constitue le minimum vital pour inverser la tendance, jusqu’à la détermination collective de concrétiser cet objectif. Mais pour que les AMP aient l’impact escompté, la qualité et l’efficacité des mesures sont indispensables », a souligné Catherine Weller, directrice de la politique internationale chez Flora & Fauna.
Elle a également insisté sur la nécessité de collaborer étroitement avec les populations locales, notamment les pêcheurs artisanaux, et de stopper la pêche au chalut en fond de mer dans ces zones protégées.
L’exploitation minière en haute mer : un enjeu écologique majeur
L’un des sujets abordés lors de la conférence portait sur l’exploitation minière en profondeur des fonds marins, une activité extrêmement destructrice qui consiste à extraire des minerais précieux. Depuis plusieurs années, la communauté scientifique alerte sur le fait que cette pratique peut anéantir des habitats marins entiers et libérer de grandes quantités de carbone stocké dans les sédiments sous-marins, aggravant le changement climatique.
Lors du débat en séance plénière, le président français Emmanuel Macron a qualifié cette pratique de « folie » et a appelé à un moratoire international, la décrivant comme « une nécessité mondiale ».
Plusieurs pays, dont la Nouvelle-Zélande, le Costa Rica, le Gabon et l’Indonésie, ont annoncé leur soutien à un moratoire ou à une pause de précaution sur l’exploitation minière en profondeur, portant leur nombre à 37.
Megan Randles, responsable de Greenpeace, a déclaré que malgré les avancées concernant d’autres sujets, sans engagements concrets pour mettre fin à l’exploitation des fonds marins, « ces démarches restent vaines et creuses ».
« Nous avons entendu de belles paroles ici à Nice, mais celles-ci doivent se transformer en actions concrètes. Les États doivent être audacieux, défendre la coopération mondiale et faire une véritable avancée cette année en stoppant l’exploitation minière en profondeur », a-t-elle lancé, en exhortant les nations à soutenir la résolution lors de la prochaine réunion de l’Autorité internationale des fonds marins, prévue à Kingston, en Jamaïque.
L’exploitation minière du fond des océans, si elle n’est pas suspendue, pourrait avoir des effets dévastateurs sur les écosystèmes marins, la biodiversité, et pourrait libérer de grandes quantités de carbone dans l’atmosphère, accentuant ainsi le changement climatique mondial.
Les annonces faites interviennent alors que les récifs coralliens mondiaux atteignent un point critique en raison d’un blanchissement massif, le plus étendu jamais enregistré. Actuellement, 83,7 % des récifs coralliens dans 83 pays et territoires sont touchés par ce phénomène.
Il s’agit du quatrième blanchissement massif de coraux enregistré dans l’histoire, et du second en moins de dix ans, principalement causé par la hausse des températures océaniques.
Les récifs coralliens, souvent qualifiés de « forêts tropicales de la mer », sont des écosystèmes essentiels présents dans plus de 100 pays. Ils abritent au moins 25 % des espèces marines et jouent un rôle fondamental dans le maintien de la diversité biologique de la planète. Leur valeur économique annuelle est estimée à près de 9,9 trillions d’euros. Ces éponges de la biodiversité sont également des puits de carbone naturels, capable d’absorber l’excès de dioxyde de carbone dans l’eau.
Pradeep Kurukulasuriya, secrétaire exécutif du Fonds pour le développement des Nations Unies, a qualifié ces nouvelles ambitions financières de « particulièrement importantes », tout en soulignant que davantage de donateurs et d’investisseurs sont nécessaires pour répondre à l’urgence de la situation.
La pollution plastique : un défi mondial
Les ministres et représentants de plus de 95 nations ont appelé à l’adoption d’un Traité mondial sur le plastique, après que les négociations aient été interrompues en décembre dernier.
« Nous avons besoin de mesures globales couvrant tout le cycle de vie du plastique. Il faut réduire la production et la consommation », a déclaré Agnes Pannier-Runacher, ministre française de la Transition écologique, lors d’une conférence de presse le deuxième jour de la conférence.
Ce rendez-vous intervient avant une nouvelle session de négociations prévue début août à Genève, en Suisse.
Chaque année, plus de 8 millions de tonnes de déchets plastiques finissent dans les océans. Étant donné que la majorité des plastiques ne se décomposent pas, ils s’accumulent progressivement, pouvant mettre des siècles à disparaître, sans jamais vraiment disparaître.
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