La politique climatique au Royaume-Uni a connu des avancées notables, portées par une majorité historique du Parti travailliste lors des dernières élections. Celui-ci s’est présenté comme l’alternative ambitieuse, déterminée à faire de la Grande-Bretagne une puissance en énergie propre. Un an après cette victoire écrasante, peu de résultats concrets semblent avoir été réalisés, laissant sceptiques quant à la capacité du gouvernement à mener à bien ses ambitions. La promesse phare, « Une énergie propre d’ici 2030 », prévoit notamment de doubler la capacité éolienne terrestre, de tripler la production solaire, et de quadrupler la production d’énergie éolienne en mer d’ici cinq ans. Le parti souhaite également renforcer les investissements publics et privés dans des technologies naissantes comme l’hydrogène, l’énergie marémotrice et les systèmes de stockage à long terme, tout en élargissant le parc nucléaire. La démarche n’a pas pour but de présenter l’action climatique comme un sacrifice ou une charge supplémentaire, mais plutôt comme un levier de relance économique et de création d’emplois. À travers son Plan de prospérité verte, le Parti travailliste lie ainsi la décarbonation de l’économie à la revitalisation des territoires et à la croissance de l’emploi, affirmant que la transition écologique doit servir la vie quotidienne des citoyens.
Dans la pratique, cela se traduit par une rénovation massive des logements pour améliorer l’isolation et réduire la consommation énergétique, tout en installant des systèmes de chauffage moins carbonés. Le gouvernement envisage également de soutenir la production locale d’énergie pour maintenir une activité économique locale forte, créant ainsi des dizaines de milliers d’emplois dans la filière des infrastructures renouvelables, la rénovation résidentielle, et les industries de la chaîne d’approvisionnement. Par ailleurs, le gouvernement a proposé la création d’une société publique baptisée « Great British Energy », basée en Écosse, afin de dynamiser les investissements dans l’énergie renouvelable et de veiller à ce que les bénéfices de la transition énergétique soient redistribués à la population plutôt qu’accaparés par de grandes entreprises privées.
Néanmoins, malgré ces ambitions affichées, la véritable difficulté résidera dans la traduction de ces engagements en résultats concrets : rénovation des bâtiments, création d’emplois, augmentation de la capacité de production d’énergies renouvelables. La crédibilité de l’engagement climatique du parti travailliste dépendra donc de leur capacité à transformer ces promesses en réalisations tangibles.
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Le Canada en marche vers la double stratégie énergétique
Le mois dernier, le Canada a largement rejeté l’option conservatrice au profit d’une orientation plus libérale, élisant l’ancien banquier central et négociateur pour le climat à l’ONU, Mark Carney, à la tête du pays. Ce changement met en lumière une stratégie climatique contrastée, mêlant développement de l’énergie propre et maintien d’une exploitation des énergies fossiles. En tant que nouveau leader du Parti libéral, Carney a annoncé que le Canada se positionnerait comme une « superpuissance énergétique », non seulement dans les secteurs renouvelables mais aussi dans l’exploitation historique des hydrocarbures.
« Nous allons développer activement des projets dans l’intérêt national, afin de garantir la sécurité énergétique du pays, diversifier nos échanges commerciaux et renforcer notre compétitivité à long terme – tout en réduisant nos émissions », a-t-il déclaré. Plutôt que de procéder à une phase de transition brutale hors du charbon, du pétrole et du gaz, le gouvernement privilégie les solutions technologiques pour décarboner le système existant. Cela inclut d’importants investissements dans la captation et le stockage du carbone, le déploiement d’infrastructures pour véhicules électriques, ainsi que la modernisation des réseaux électriques pour mieux raccorder les sources d’énergies renouvelables réparties sur l’ensemble du territoire canadien. L’objectif est de réduire les émissions tout en conservant la compétitivité économique et la fiabilité énergétique.
Sur le plan réglementaire, Carney a aussi engagé la réforme des instruments de politique climatique, remplaçant la taxe carbone à la consommation par des incitations vertes pour rendre l’action climatique plus acceptable politiquement et plus inclusive économiquement. Toutefois, le prix du carbone à l’industrie est maintenu, garantissant ainsi un certain niveau de responsabilité pour les secteurs émissifs. « Nous sommes heureux de constater que notre nouveau Premier ministre s’est engagé à renforcer cette politique tout en appelant à la pérennité et au renforcement d’autres mesures de protection de la biodiversité et du climat », a souligné Keith Stewart, responsable de la stratégie énergie chez Greenpeace Canada.
Ce choix différencie nettement le Canada du camp conservateur, qui a promis de supprimer les réglementations environnementales, de réduire les investissements dans les énergies renouvelables, tout en augmentant la production et l’exportation de pétrole et de gaz. Malgré l’incertitude politique interne et les complexités des relations commerciales, notamment avec les États-Unis, le gouvernement Carney poursuit la mise en œuvre de son Plan de réduction des émissions d’ici 2030 – visant une baisse de 60 % par rapport à 2005. La réussite de cet effort dépendra autant de l’engagement des autorités fédérales que de la coopération avec les provinces, particulièrement celles fortement dépendantes des industries énergivores comme l’Alberta, ainsi que de la capacité à attirer des investissements dans les secteurs verts en développement.
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Les États-Unis, un pays à la politique climatique volatile
Seize semaines seulement après son investiture, le président Donald Trump a déjà fait reculer des années de progrès en matière de climat, modifiant en profondeur le rôle que joue les États-Unis dans la lutte mondiale contre le changement climatique. En abandonnant l’Accord de Paris, en réduisant le financement destiné à la transition énergétique dans les pays en développement, et en adoptant une posture clairement favorable aux énergies fossiles, la nouvelle administration privilégie la déréglementation et les intérêts du lobby pétrolier.
Ce recul illustre une vulnérabilité majeure du système américain : la dépendance à une politique climatique fortement politisée. Chaque changement d’administration peut entraîner des volte-face substantielles, non seulement en matière climatique, mais aussi sur les questions sociales, migratoires et diplomatiques. Les stratégies ambitieuses des démocrates, comme la Loi sur la réduction de l’inflation ou les mesures industrielles liées au climat, ont été démantelées ou retardées par les gouvernements républicains, qui voient la régulation en matière d’environnement comme un frein à la croissance économique.
Malgré son poids en tant que plus grand émetteur mondial de CO2 et centre d’innovation, les États-Unis peinent à jouer un rôle fiable et cohérent sur la scène climatique internationale. Leur inconsistance nuit aux négociations multilatérales, fragilise la confiance des investisseurs dans les filières vertes, et complique la coordination avec d’autres nations pour fixer des règles commerciales ou des taxes aux frontières basées sur le carbone.
Une photo récente montre des mineurs de charbon applaudissant le président Trump lors de la signature d’un décret exécutif en faveur de l’industrie charbonnière, le 8 avril 2025. Cette image illustre la fracture profonde entre les enjeux climatiques et les priorités politiques à Washington. La situation révèle une vérité amère : dans une démocratie aussi polarisée, la politique climatique peut aussi bien être facilitée que détruite par la simple succession des clans politiques. Pour aller de l’avant, des réformes institutionnelles profondes, un consensus bipartisan, voire des mécanismes de gouvernance résilients, pourraient s’avérer nécessaires pour préserver les engagements à long terme face aux cycles électoraux, aux crises économiques et aux perturbations géopolitiques.
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Singapour : une diplomatie climatique bipartite
L’exemple singapourien offre une perspective rare en Asie du Sud-Est : ici, partis au pouvoir et partis d’opposition convergent sur l’importance primordiale de l’action climatique. La nécessité de tenir compte des risques liés au changement climatique, de la densité urbaine extrême, et de la dépendance économique au commerce et à l’énergie expliquent cette adoptation d’une attitude pragmatique et consensuelle. Depuis son indépendance en 1965, le Parti d’action populaire, qui gouverne sans partage, a lancé le Singapore Green Plan 2030, une stratégie ambitieuse qui définit une approche globale pour la ville-État. Celle-ci met l’accent sur la préservation de la nature, le développement d’énergies renouvelables, l’économie circulaire, la décarbonation, ainsi que l’adaptation aux risques climatiques.
Les partis d’opposition, notamment le Workers’ Party, tout en partageant les objectifs globaux, appellent à renforcer le rythme dans l’adoption des énergies renouvelables, à soutenir davantage les PME dans la mutation verte, et à adopter des régulations environnementales plus strictes. La stabilité politique que confère cette large convergence rend la mise en œuvre plus solide, moins sujette aux caprices des alternances. Cependant, la difficulté majeure réside dans l’application concrète des plans, dans un contexte d’espace limité, de potentiel renouvelable faible et de dépendance à des secteurs comme la pétrochimie, l’aviation ou la marine. Pourtant, cette contrainte a permis à Singapour de devenir un laboratoire d’expériences dans l’innovation climatique, notamment en matière de durabilité urbaine, de marchés du carbone ou de financement vert, tout en renforçant sa coopération régionale avec les pays de l’ASEAN.
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En conclusion : le rôle décisif de la politique
L’analyse des différents modèles montre une évidence : la politique constitue le levier principal pour accélérer ou freiner la transition vers un avenir durable. Lorsqu’un leadership politique intègre la lutte contre le changement climatique dans une vision plus large d’énergie, d’emploi, et de pouvoir d’achat, la transition apparaît alors comme un enjeu collectif tangible plutôt qu’un simple idéal abstrait. La survie du climat dépend en grande partie de la capacité des institutions et des dirigeants à maintenir leur engagement face aux cycles électoraux, aux chocs économiques et aux tensions géopolitiques. La question reste ouverte : comment renforcer la résilience institutionnelle pour que la lutte climatique ne soit pas que l’affaire d’une majorité passagère, mais devienne une priorité durable ?