Une reversal radicale des protections marines antérieures : Donald Trump ouvre le Monuments Marine des Îles Pacifiques à la pêche commerciale
Récemment, le président américain Donald Trump a signé une proclamation qui marque une volte-face spectaculaire concernant la protection des zones marines : il a décidé d’ouvrir le Monument marin des Îles reculées du Pacifique (PRIMNM) à la pêche commerciale. Cette décision suscite l’inquiétude des défenseurs de l’environnement, qui craignent que cette étape ne fasse perdre des années de progrès en matière de biodiversité dans cette région. Ils dénoncent également une volonté claire de privilégier les intérêts économiques au détriment de la conservation écologique.
Une décision controversée au nom de « l’Amérique d’abord »
Depuis son annonce le mois dernier, cette politique, baptisée « America First Fishing Policy », revient sur des mesures qui limitaient la pêche commerciale sur près de 500 000 milles marins dans le Pacifique. Ces restrictions visaient à préserver un espace où se trouvent récifs coralliens, espèces menacées telles que le crabe coco ou la tortue imbriquée, ainsi que des populations de poissons migrateurs, notamment le perroquet à tête bossue.
Selon Donald Trump, lorsqu’elle est bien encadrée, la pêche commerciale ne porte pas atteinte aux « objets d’intérêt scientifique et historique » que la zone, désormais rebaptisée Monuments marine du patrimoine des îles du Pacifique par l’administration américaine, chercherait à protéger. Il affirme également que la nature migratoire des poissons comme le thon ou d’autres espèces similaires rendrait leur exploitation commerciale acceptable sans risque de dégradation durable, puisque ces poissons ne résident pas en permanence dans les eaux du monument.
Ce monstre marin comprend notamment plusieurs territoires éloignés des États-Unis dans le Pacifique. Parmi eux, les îles Baker, Howland et Jarvis ; les atolls de Johnston, Wake et Palmyra ; ainsi que le récif Kingman, situé à environ 1 200 kilomètres au sud-ouest d’Hawaï. La zone se trouve à une distance d’environ 1 200 kilomètres de la côte californienne, à l’extrémité ouest du territoire américain dans l’océan Pacifique.
Les enjeux industriels contre la préservation écologique
Certains analystes pensent que cette décision pourrait être motivée par la pression exercée par des groupes liés à l’industrie de la pêche, qui soutiennent que l’interdiction de pêche imposée par les administrations précédentes n’a pas permis d’obtenir des résultats significatifs en matière de protection environnementale, mais a surtout nui à la rentabilité économique. La flotte de pêche commerciale américaine, lorsqu’elle est bien réglementée, est considérée par ses défenseurs comme compatible avec les objectifs de conservation et essentielle pour la sécurité alimentaire nationale, la résilience économique et la présence maritime du pays dans le Pacifique, selon le président du Conseil régional de gestion halieutique du Pacifique occidental, Taulapapa William Sword.
De leur côté, les scientifiques et écologistes restent très sceptiques face à cette décision.
Les risques pour les écosystèmes marins
Les biologistes marins avertissent que ce retrait de protections risque de semer le chaos dans des écosystèmes déjà fragilisés par le réchauffement climatique et l’acidification des océans. La PRIMNM est considéré comme l’un des environnements marins les mieux conservés au monde, abritant des récifs coralliens vivants, des espèces d’oiseaux rares, ainsi que des corridors de migration essentiels à de nombreuses espèces.
« Il s’agit de l’un des environnements tropicaux marins les plus intacts, qui subit déjà des menaces graves dues au changement climatique et à l’acidification des océans », explique David Henkin, avocat pour Earthjustice basé dans la région du Pacifique central. Il ajoute : « Nous ferons tout notre possible pour protéger ce Monument. »
Une vision centrée sur la pêche “d’abord”
Ce revirement s’appuie sur un argument souvent avancé par l’industrie : que l’interdiction de pêche instaurée par les précédents gouvernements n’aurait pas suffi à endiguer la surpêche, notamment parce que de nombreuses espèces comme le thon sont migratrices. Cependant, les experts estiment qu’il s’agit là d’une méconnaissance fondamentale du rôle des zones protégées marines.
« Les aires marines protégées (AMP) constituent des refuges vitaux pour la faune marine », précise la NOAA, l’Agence nationale océanique et atmosphérique. Ces zones offrent des espaces cruciaux pour assurer les cycles de vie de nombreuses espèces, contribuant à la création d’écosystèmes océaniques sains et résistants. La mise en place et la gestion de ces sanctuaires permettent de préserver la biodiversité tout en favorisant une pêche durable à long terme.
Les spécialistes de l’environnement soulignent que cette régression pourrait ouvrir la voie à une déréglementation dans les eaux fédérales, dans la continuité d’un effort plus large visant à relâcher la réglementation environnementale au profit de la croissance économique.
Critiques et associations écologistes craignent que cette décision ne marque que le début d’une série de pressions sur la gestion marine, compromettant la conservation des espèces et des habitats marins essentiels.
« En protégeant nos océans, c’est aussi notre avenir que l’on protège », insiste Sandy Aylesworth, directrice du programme sur le Pacifique pour le Natural Resources Defense Council. Elle rappelle qu’étendre les protections est indispensable pour préparer les écosystèmes marins aux stress futurs liés au changement climatique et à l’exploitation industrielle.
Des recours juridiques en perspective
Face à cette décision, plusieurs groupes environnementaux, dont Earthjustice, envisagent de porter plainte, dénonçant une possible violation de la loi sur les Antiquities Act de 1906. Ce texte permet au président des États-Unis de désigner des terres ou des eaux fédérales en tant que monuments nationaux, dans le but de protéger des monuments historiques ou des objets d’intérêt scientifique majeur.
« Nous ferons tout notre possible pour défendre ce Monument », affirme David Henkin, avocat chez Earthjustice. « La région fait déjà face à de graves menaces dues au changement climatique et à l’acidification des océans, nous ne pouvons pas permettre que la pêche industrielle aggrave davantage ces impacts. »
Le sénateur américain Brian Schatz, représentant d’Hawaï, a également exprimé ses préoccupations. Il rappelle que plusieurs efforts de conservation bipartite ont été menés avec succès dans le Pacifique, notamment sous l’ère Obama, et que la décision de Trump reviendrait en partie sur ces progrès. « Nous devrions protéger la biodiversité incomparable du Pacifique pour les générations futures, ce qui est tout le contraire de ce que ce nouvel ordre propose », a-t-il déclaré dans un communiqué.

Une histoire de protection et de contestation
Le PRIMNM avait été créé initialement par l’ancien président George W. Bush en 2009, puis fortement étendu lors du mandat de Barack Obama en 2014. La tentative de l’administration Biden en 2023 d’étendre davantage ces sanctuaires, notamment avec la création du sanctuaire marin de Chumash pour couvrir plus de 770 000 milles carrés au large de la Californie centrale, montre l’importance accordée à la préservation de ces habitats exceptionnels.
Les enjeux économiques en question
Les documents officiels de la Maison Blanche évoquent les bénéfices économiques pour les pêcheurs d’Hawaï et d’outre-mer américain comme Samoa. Pourtant, de nombreux experts restent sceptiques sur la réelle portée de cette décision en termes de bénéfices concrets pour l’économie locale.
Floyd Masga, gestionnaire par intérim de la Direction de la qualité de la zone côtière et marine, rappelle que « l’ouverture des sanctuaires à la pêche commerciale menace des écosystèmes fragiles, met en danger des espèces, perturbe la reproduction et la migration, et favorise la surpêche, notamment du thon et des poissons de fond ».
Pourtant, certains acteurs du secteur considèrent que cette politique pourrait représenter un retour à un équilibre entre exploitation et conservation. Eric Kingma, directeur général de l’Association de pêche au thon d’Hawaï, estime que la pêche durable et la protection des océans peuvent coexister. « Les précédents présidents ont abusé de l’Antiquities Act en confinant des espaces maritimes cruciaux pour nos économies locales », affirme-t-il.
La flotte de pêche au longline d’Hawaï, représentant un marché évalué à 100 millions d’euros par an, a vu ses profits diminuer ces dernières années. Certains soutiens de Trump considèrent que les protections internationales et la concurrence moins encadrée ont réduit cette menace, permettant aux pêcheurs locaux de continuer leur activité avec moins de restrictions.
Kitty Simonds, directrice de la Western Pacific Fishery Management Council, connue pour sa critique des monuments marins, était présente lors de la signature de l’ordre exécutif. Elle mettait en garde contre toute extension supplémentaire des zones sanctuaires, soulignant que cela aurait fortement compromis l’industrie du thon à Samoa, mettant en péril des emplois et l’économie locale.
Une décision aux implications lourdes
En décidant de rouvrir le PRIMNM à la pêche commerciale, Donald Trump marque un recul face à l’élan mondial visant à préserver les océans face à la crise climatique. La communauté scientifique ne voit pas cette démarche d’un bon œil, craignant qu’elle ne compromette irrémédiablement la santé des mers.
Comme l’a souligné le biologiste marin Bob Richmond, « c’est une mauvaise décision, et ce, au pire moment. En dégradant ce qui pourrait être le « compte en banque » marin destiné à nos enfants, nous leur refusons un avenir où l’on pourra encore tirer notre subsistance de la mer de façon durable. »