L’Agence de Protection de l’Environnement des États-Unis (EPA) a récemment proposé l’abrogation de toutes les normes relatives aux émissions de « gaz à effet de serre » dans le secteur de l’énergie, en vertu de la Section 111 de la Loi sur l’air pur. Par ailleurs, cette agence prévoit également de modifier les normes concernant le mercure et les toxiques atmosphériques pour l’année 2024. Ces initiatives ont été qualifiées par certains experts juridiques de « illégales » et constituent une menace sérieuse pour la santé de millions d’Américains.
Une proposition qui affaiblit les mesures contre le changement climatique
Au début du mois, l’EPA a présenté une proposition visant à supprimer toutes les normes relatives aux émissions de gaz à effet de serre dans le secteur de l’électricité, ce qui représente une nouvelle étape dans le recul des actions pour lutter contre le changement climatique. Ces nouvelles règles visent à revenir sur les standards de contrôle de la pollution établis par l’EPA en 2015, notamment ceux liés aux centrales électriques au charbon et au gaz. Elles reprennent également un certain nombre de réglementations adoptées sous l’administration Biden, destinées à réduire progressivement les émissions provenant des centrales fossiles de production d’électricité.
L’administrateur de l’EPA, Lee Zeldin, a affirmé plus tôt ce mois-ci que les émissions de gaz à effet de serre provenant des centrales thermiques au charbon et au gaz « ne contribuent pas de manière significative à une pollution de l’air dangereuse ». Cependant, la réalité est tout autre : ces centrales sont en réalité parmi les plus grands contributeurs de ces émissions nocives, représentant une menace importante pour la santé humaine. Le dioxyde de carbone (CO2), qui résulte de la combustion des combustibles fossiles, constitue le principal gaz à effet de serre d’origine anthropique dans l’atmosphère.
« C’est l’équivalent scientifique de dire que fumer ne cause pas le cancer du poumon », a réagi le spécialiste du climat Zeke Hausfather face à la déclaration de Zeldin.
Les bénéfices sanitaires liés à la réduction de l’exposition aux polluants atmosphériques à long terme sont considérables. La pollution toxique est en effet à l’origine de certains cancers, notamment le lymphome, la leucémie, le cancer du sein ou encore celui du foie, et peut même entraîner des décès prématurés. À l’échelle mondiale, environ 7 millions de personnes décèdent chaque année à cause de la pollution de l’air.
Les enjeux de santé publique méprisés
Il est essentiel de rappeler que la pollution de l’air a des conséquences directes et graves sur la santé humaine. En plus des cancers, l’exposition prolongée à des polluants atmosphériques peut causer des troubles du langage, des pertes auditives, des faiblesses musculaires ou dans la marche, des insomnies, ainsi que des modifications dans les réponses nerveuses et potentiellement la perte de mémoire. La présence de methylmercure, une forme très toxique de mercure formée par des bactéries dans l’eau et le sol, est particulièrement préoccupante. Elle peut affecter le développement du cerveau et du système nerveux des fœtus, et des enfants exposés durant la grossesse peuvent présenter des troubles cognitifs, des difficultés de mémoire, d’attention, de langage, ainsi que des déficits moteurs fins et spatiaux.
Un fondement juridique contesté
Les critiques affirment que la nouvelle proposition est « dépourvue de fondement juridique ». L’administration Trump avait déjà qualifié de telles normes en tant qu’« objectif nécessaire » pour retrouver la maîtrise de l’énergie américaine, en supprimant les contraintes jugées excessives sur les centrales au charbon. Elle justifiait cette démarche par la nécessité de protéger la santé et l’environnement, en affirmant que ces règlements restreignaient injustement l’industrie énergétique. Cependant, de nombreux experts et organisations environnementales dénoncent que ces modifications reviendraient en réalité à fragiliser la réglementation en matière de pollution et à compromettre la santé publique.
Selon le Sierra Club, un organisme écologique de base, le rétablissement des normes limitant les émissions issues des centrales au gaz et au charbon aboutirait à une augmentation sept fois supérieure des émissions de CO2 par rapport à ce qui est actuellement libéré. Patrick Drupp, directeur des politiques climatiques du Sierra Club, a déclaré : « Cette abolition signifierait plus de catastrophes climatiques, davantage de crises cardiaques, d’attaques d’asthme, de malformations congénitales, et de décès prématurés. »
Howard Frumkin, ancien directeur du Centre national pour la santé environnementale du CDC, a averti que ces mesures entraîneraient des « conséquences majeures et immédiates » pour la santé et le bien-être des citoyens, insistant sur le fait que « des Américains mourraient inutilement ».
Vickie Patton, conseiller juridique général du Fonds de défense de l’environnement, a de son côté souligné que ces rollbacks mèneraient à une augmentation des maladies, ce qui se traduirait par plus d’absences à l’école et au travail, davantage de consultations médicales et d’hospitalisations, ainsi qu’une croissance des coûts liés aux soins de santé.