De la mer Baltique à l’Australie du Sud et de l’Atlantique au Pacifique, des chercheurs étudient la disparition rapide des forêts de varechs, phénomène qui pourrait avoir d’énormes répercussions sur la santé des océans et sur les écosystèmes marins.
Pour déterminer qui ou quoi est à l’origine de ces pertes, les chercheurs emploient des techniques semblables à l’identification par empreinte digitale afin de documenter la relation causale menant à la disparition des forêts de varechs.
Ces pertes sont particulièrement préoccupantes, car ces forêts de varechs — ou algues marines — situées à des latitudes tempérées, bordent environ 25 % des côtes mondiales et jouent un rôle crucial pour la santé des océans. Leur disparition a des répercussions sur les écosystèmes marins à l’échelle mondiale et sur leur capacité à résister à de futures perturbations.
Des scientifiques du Bigelow Laboratory for Ocean Sciences dans le Maine et d’autres chercheurs de l’Université de Californie, Riverside, ont utilisé l’écologie chimique pour étudier comment les algues en tapis (turf) ou les algues filamenteuses freinaient la croissance du varech jeune. Leurs travaux ont révélé que ces algues en tapis libéraient des molécules qui entravaient la survie du varech. Par ailleurs, une comparaison des compositions chimiques et biologiques des algues en tapis par rapport aux paysages d’algues marines a révélé une différence nette entre elles.
Les signaux chimiques jouent un rôle crucial dès les premiers stades de vie des organismes marins comme les coraux et le varech. Les plantes adultes de varech excrètent des composés chimiques qui signalent aux spores de varech qu’elles se trouvent dans une zone propice à l’installation et à la croissance.
Cependant, le réchauffement des températures océaniques a entraîné un déclin du varech — et les scientifiques s’efforcent de comprendre pourquoi.
Des recherches récentes suggèrent que les variations de la température des océans transforment les écosystèmes marins en perturbant leur paysage chimique. Comme les eaux plus chaudes favorisent l’établissement des algues en tapis, ces algues libèrent des composés chimiques qui inhibent la croissance des jeunes varechs. Cette interaction médiée chimiquement est connue sous le nom d’allélopathie, et le résultat final est l’effondrement des forêts de varechs. Étant donné que les forêts de varechs présentent « certains des plus hauts taux de production primaire de tous les écosystèmes naturels sur Terre », leur perte entraîne une diminution concomitante de la biodiversité, de la productivité et des services écosystémiques qu’ils offrent aux humains.
Les changements chimiques provoqués par les algues en tapis ont fondamentalement modifié l’écosystème marin en raison d’une boucle de rétroaction chimique qui privilégie les algues en tapis par rapport à la forêt de varechs. Ces résultats sont préoccupants car ils révèlent « une manière indirecte dont le changement climatique remodèle les écosystèmes océaniques. »
Comme le suggère une étude récente, le lien entre l’écologie chimique et les changements d’écosystème dans la forêt de varechs offre des pistes utiles que les futures décisions de gestion et les efforts de conservation pourraient envisager.