Les grandes entreprises de combustibles fossiles ont émis plus de 20 milliards de tonnes de CO2 en 2023
Plusieurs des plus importantes sociétés productrices d’énergies fossiles, notamment Saudi Aramco, Coal India, ExxonMobil et Shell, ont généré en 2023 une quantité supérieure à 20 milliards de tonnes d’émissions de dioxyde de carbone (CO2).
Une évaluation alarmante des principaux émetteurs mondiaux de CO2
Selon un rapport récent réalisé par le groupe de réflexion InfluenceMap, trente-six entreprises géantes du secteur des énergies fossiles sont responsables de plus de la moitié des émissions mondiales de CO2 à l’origine du réchauffement climatique. La majorité de ces sociétés sont des entreprises appartenant à des États, qui se sont révélées comme étant les plus gros émetteurs, devant celles appartenant à des investisseurs privés. Ensemble, ces 36 acteurs majeurs du secteur ont produit, au cours de l’année de référence 2023, un total de plus de 20 milliards de tonnes d’émissions de dioxyde de carbone.
Les leaders mondiaux en matière d’émissions de CO2
À la tête de cette liste la plus polluante se trouve Saudi Aramco, avec une émission équivalente à 1,839 milliard de tonnes de CO2, ce qui représente environ 4,38 % des émissions mondiales. Si cette société saoudienne était un pays, elle serait le quatrième plus grand émetteur de CO2 au monde, après la Chine, les États-Unis et l’Inde.
L’entreprise saoudienne est suivie de près par Coal India, la plus grande productrice de charbon appartenant à un gouvernement dans le monde, ainsi que par CHN Energy, une société chinoise d’extraction minière et d’énergie contrôlée par l’État. Leurs émissions respectives représentent 3,68 % et 3,65 % des émissions globales de CO2. Parmi les autres sociétés figurant dans le top 20, on trouve ExxonMobil, Chevron, Shell, ainsi que plusieurs entreprises chinoises.
Une critique des entreprises publiques face à l’urgence climatique
Christiana Figueres, diplomate costaricienne et ancienne secrétaire exécutive de la Convention-cadre des Nations unies sur le changement climatique, a déclaré que ces entreprises contrôlées par l’État “mettaient de côté les besoins désespérés de leurs citoyens”.
La combustion du charbon, du gaz naturel et du pétrole pour produire de l’électricité et de la chaleur demeure la source unique la plus importante des émissions mondiales de gaz à effet de serre (GES). Ces gaz contribuent primaryement au réchauffement planétaire en piégeant la chaleur dans l’atmosphère, ce qui a pour effet d’augmenter la température à la surface de la Terre.
“La science est claire : il est impossible de revenir en arrière et d’utiliser davantage de combustibles fossiles ou d’accroître l’extraction”, a souligné Figueres. “Au contraire, il faut avancer vers un système économique décarboné, qui fonctionne pour les personnes et pour la planète.”
Cependant, la consommation mondiale de combustibles fossiles a plus que doublé au cours des 50 dernières années, à mesure que de nombreux pays cherchent à améliorer leur niveau de vie et leur croissance économique. En 2023, les trois principaux gaz à effet de serre — le dioxyde de carbone (CO2), le méthane et l’oxyde nitreux — ont atteint des records historiques.
Un appel à l’arrêt de nouvelles exploitations pétrolières et gazières
L’Agence internationale de l’énergie (AIE) a lancé un appel à tous les pays pour stopper la mise en développement de nouveaux projets d’exploitation de gisements de pétrole et de gaz. Selon l’AIE, cette mesure est la seule approche permettant de préserver la trajectoire compatible avec un bilan net zéro en 2050, dans le cadre de l’objectif de limiter le réchauffement à 1,5°C au-dessus des niveaux préindustriels.
Un verleden où tout repart en arrière
Malgré la prise de conscience croissante, les plus grands acteurs du secteur de l’énergie ont récemment renforcé leur dépendance aux énergies fossiles. La société britannique BP, qui occupait la 25ème place en 2023 pour sa part d’émissions globales de CO2, a annoncé le mois dernier une “réinitialisation stratégique”. Celle-ci prévoit une réduction de ses investissements dans les énergies renouvelables au profit d’une augmentation de la production de pétrole et de gaz, en visant environ 2,3 à 2,5 millions de barils équivalent pétrole par jour d’ici 2030.
De leur côté, TotalEnergies et Equinor ont également réduit leurs projets dans le domaine des énergies faibles en carbone, tandis que Shell, ExxonMobil et Chevron ont tous confirmé leur intention d’accroître la production de combustibles fossiles.
Ce recul s’inscrit dans un contexte où la politique de l’administration Trump, qualifiée de “drill, baby, drill” (forage, bébé, forage), reprend du service. Lors de son premier mois à la Maison-Blanche, le président américain a quitté l’Accord de Paris et d’autres engagements climatiques, tout en déclarant une “urgence nationale en matière d’énergie”. Cette déclaration lui permettrait de revenir sur de nombreuses réglementations environnementales adoptées sous l’ère Biden et d’ouvrir davantage de nouvelles zones pour l’exploitation pétrolière et gazière. La production américaine de pétrole, à cette époque, dépasse déjà tous les records précédents.
Chris Wright, ancien cadre de la fracturation hydraulique devenu secrétaire à l’énergie aux États-Unis, a déclaré lundi que le monde a besoin de plus de combustibles fossiles, et non de moins.
“L’administration Trump considérera le changement climatique comme un phénomène physique mondial, une conséquence secondaire de la construction du monde moderne,” a-t-il affirmé lors d’une conférence sur l’énergie au Texas, en ajoutant que “[t]out dans la vie comporte des compromis.”