Le Brésil, pays hôte de la COP30, cherche à intégrer les mesures basées sur l’océan au cœur même des négociations climatiques mondiales. Cela nécessite de bâtir des institutions et de trouver les financements qui transformeront les promesses en impacts concrets sur le terrain.
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L’un des sujets qui devraient définir le sommet COP30 est l’océan. Le Brésil, qui accueille les négociations climatiques de l’ONU cette année, a reconnu que nous ne pouvons pas atténuer le changement climatique sans reconnaître le rôle clé que jouent les océans, aux côtés de l’autre grand poumon de la planète: les forêts.
La focalisation sur l’océan à la COP30 est justifiée par la science et nécessaire par l’urgence. Pourtant, la vraie question, qui déterminera si cette conférence aura du succès, est de savoir si les retombées permettront, après-coup, de mettre en place les institutions, les mécanismes de financement et les structures de reddition de comptes qui transforment la visibilité en mise en œuvre.
Comme l’ont montré à plusieurs reprises les COP précédentes, il n’y a aucune garantie à cet égard. Mais c’est d’une importance trop grande pour que nous prétendions le contraire.
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Ce qui s’est passé à la COP30
La COP30 a entrepris plusieurs actions dignes d’être comprises. Le Brésil a encadré l’océan et les forêts comme les deux priorités de la planète, signalant que le changement climatique est une question multisectorielle et largement systémique. Depuis des décennies, nous avons compartimenté les sources d’atténuation, privilégié les forêts au détriment de l’océan et fermé les yeux sur la science. C’était une erreur. Et Belém est en train de la corriger.
Autre élément important: le Brésil place explicitement la ressource océanique au cœur de son plan d’impact climatique – connu sous le nom de Contribution Déterminée au niveau national (NDC) – pour la première fois, tout en exhortant les autres pays à suivre ce précédent. Cela peut sembler procédural, mais ce n’est pas le cas. Cela indique que le pays est prêt à faire de l’océan une composante centrale de la mesure et de la poursuite des progrès climatiques.
Pour l’heure, nous savons que le travail effectif de la COP30 tournera autour de six piliers et de 30 objectifs clés que le Brésil qualifie d’« Agenda d’action », présenté comme un mutirão, mot indigène signifiant « tâche collective ». Dans ce cadre, l’océan est mis en exergue comme une priorité émergente.
La présidence de la COP30, en étroite collaboration avec Climate Champions, mandat interne au processus de la CCNUCC, et la Ocean Climate Platform, une coalition multipartite, ont également avancé une feuille de route appelée Blue Package pour accélérer la mise en œuvre de solutions climatiques liées à l’océan d’ici 2028. Les Ocean Breakthroughs, un ensemble d’objectifs fondés sur des données scientifiques couvrant cinq domaines clés, serviront de fondation à l’initiative, abordant la conservation marine, le transport maritime, le tourisme côtier, l’énergie renouvelable marine et les systèmes alimentaires aquatiques. Une plateforme en ligne permettra de suivre les progrès. Cela a du sens, car cela marque un engagement envers l’action et la reddition de comptes.
Au-delà des plans et des feuilles de route, le traité des Hautes Mers, communément appelé l’Accord BBNJ, est l’élément maritime le plus concret en lice, et le Brésil s’est engagé à le ratifier d’ici la fin de cette année. C’est une question de grande importance, car environ les deux tiers des océans mondiaux manquent actuellement de cadre de gouvernance. Le traité des Hautes Mers crée l’architecture juridique pour établir des aires marines protégées (AMP) dans ces eaux, apportant enfin une gouvernance au domaine commun global.
Malgré l’optimisme, l’ordre du jour de la COP30 reste dominé par les mêmes tensions qui freinent les progrès depuis des années.
La Roadmap Baku- Belém, d’un montant essentiel de 1,3 billion de dollars, est nécessaire car elle prévoit de mobiliser les financements climatiques annuels d’ici 2035, mais l’océan n’est pas spécifiquement défini comme secteur prioritaire dans celle-ci. L’Objectif Global d’Adaptation est en cours de négociation, avec des promesses selon lesquelles des solutions basées sur la nature, qui pourraient inclure des écosystèmes côtiers et marins, occuperont une place importante. Mais « pourraient » ne signifie pas « feront ».
Quatre étapes pour changer la trajectoire
Premièrement, les grandes nations maritimes doivent ratifier rapidement le Traité des Hautes Mers et trouver les ressources pour sa mise en œuvre. La ratification seule ne change rien. Beaucoup de pays en développement manquent d’expertise technique et de capacité institutionnelle dédiée, telles que des unités permanentes consacrées aux affaires marines, des infrastructures de recherche marine et des mécanismes d’application efficaces, nécessaires pour participer de manière significative aux négociations du BBNJ, négocier des accords de partage des avantages ou mettre en œuvre les plans de gestion des AMP.
Les dispositions de renforcement des capacités du BBNJ sont ambitieuses, mais elles dépendent du fait que le fonds spécial reçoive réellement des ressources suffisantes – ce qui ne sera déterminé qu’à la première COP du BBNJ. Cette réunion est attendue après que le traité soit entré en vigueur, probablement fin 2026. En attendant, les pays en développement comptent sur les 40 millions d’euros que l’Union européenne a promis et sur le soutien fragmenté d’autres donateurs. Cela est lamentablement insuffisant pour un traité qui se propose de servir 193 États membres de l’ONU.
Par conséquent, il faudrait instaurer via des contributions volontaires des pays riches et des sources philanthropiques un fonds mondial dédié pour soutenir la participation et la mise en œuvre des pays en développement avant et juste après la COP1 du BBNJ.
Deuxièmement, nous devons cesser de traiter le climat et la biodiversité comme des défis séparés. Par exemple, la protection des écosystèmes devrait être envisagée sous des angles dépassant le simple stockage de carbone, que ce soit en termes de défense côtière, de soutiens à la pêche ou de conservation de la biodiversité. Nous avons besoin de cadres intégrés, c’est-à-dire de systèmes de suivi partagés, d’objectifs communs et d’incitations alignées qui récompensent les gouvernements lorsqu’ils délivrent simultanément sur plusieurs objectifs. L’architecture idéale sera celle où les engagements climatiques et la biodiversité se renforcent mutuellement.
Troisièmement, les pays qui mettent à jour leurs NDC doivent y intégrer des solutions climatiques basées sur l’océan avec des objectifs mesurables. Des buts spécifiques, tels que réduire la pression de la surpêche, protéger les zones humides côtières et établir des délais pour la protection des zones marines, devraient être établis et reliés au financement, afin que les engagements s’accompagnent de ressources.
Enfin, il faut être honnête sur le financement. Promettre de l’argent et le déployer réellement ne sont pas la même chose. Les nations les plus riches doivent s’engager à des parts concrètes et auditées de leurs budgets de financement climatique spécifiquement dédiées aux solutions basées sur l’océan et s’abstenir de viser des objectifs purement aspirants. Nous disposons des outils pour cela, tels que les « blue bonds », les marchés de crédits carbone, le financement mixte, mais ils ne fonctionneront que si les gouvernements font de l’océan leur priorité claire. En ce moment, nous envoyons un signal, mais ce signal doit aussi être reflété dans les budgets.
Le chemin vers la solution exige que le Baku-Belém Roadmap dispose d’un plan solide dédié explicitement aux solutions océaniques. Les AMP, la résilience des zones côtières, l’aquaculture durable et la surveillance de l’acidification des océans constituent des éléments essentiels des infrastructures nécessaires à la stabilité climatique.
À l’heure actuelle, on prévoit un écart annuel de près de 149 milliards de dollars jusqu’en 2030 pour atteindre les objectifs de l’ODD 14 (« Vie sous l’eau »). Il s’agit d’un décalage entre les engagements des pays et ce qu’ils mettent réellement en œuvre.
Réflexions finales
Pris ensemble, ces actions pourraient transformer une agenda prometteuse en progrès mesurables. La mise en avant de l’océan durant la COP30, passant des marges au centre des négociations, représente un moment pivot, mais les mots doivent devenir une réalité institutionnelle.
Le Traité des Hautes Mers, le Blue Package et la NDC de la France de l’océan intégré signalent une intention réelle. Pourtant l’histoire nous rappelle que les promesses s’éteignent sans une architecture capable de les réaliser. Nos gouvernements doivent accélérer les ratifications, intégrer les cadres climatiques et biodiversité, et orienter des financements mesurables vers les solutions océaniques.
L’écart annuel de près de 149 milliards de dollars pour atteindre l’ODD 14 ne peut pas persister. Nous avons construit un consensus intellectuel; il nous faut maintenant développer les mécanismes de traçabilité des flux financiers et de reddition de comptes politiques, afin que l’accent mis sur l’océan par la COP30 se transforme en un changement durable et transformateur.