Des chercheurs ont examiné les données de 2017, l’année la plus récente pour laquelle il existe un ensemble de données sur les émissions. Entre cette année-là et 2023, la production pétrolière et gazière américaine a augmenté de 40 % et la consommation de 8 %.
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Des dizaines de milliers de décès prématurés aux États‑Unis sont liés à la pollution de l’air provenant des industries pétrolières et gazières, selon une nouvelle étude qui a analysé l’intégralité du cycle de vie de ces deux carburants.
Publiée vendredi dans Science Advances, l’étude révèle que les particules fines (PM2,5), le dioxyde d’azote, l’ozone et d’autres polluants atmosphériques dangereux sont responsables de 91 000 décès prématurés, 10 350 naissances prématurées et 216 000 cas d’asthme débutant dans l’enfance, ainsi que 1 610 cas de cancer chaque année dans le pays. Les États‑Unis sont le premier producteur mondial de pétrole et de gaz naturel. Combinés au charbon, ces trois combustibles fossiles constituent la source unique la plus importante d’émissions mondiales de gaz à effet de serre, moteur principal du réchauffement climatique.
L’étude est la première à évaluer les risques sanitaires résultant de la pollution générée lors de toutes les étapes du cycle de vie du pétrole et du gaz, depuis l’exploration et l’extraction ; le stockage et le transport ; les procédés de transformation tels que le raffinage du pétrole et le traitement du gaz, jusqu’aux activités d’utilisation finale, notamment le stockage, le transport et la consommation ultime.
Les chercheurs ont analysé les données de 2017, la dernière année pour laquelle un ensemble de données sur les émissions est disponible. Entre cette année‑là et 2023, la production pétrolière et gazière américaine a augmenté de 40 % et la consommation de 8 %, selon le Guardian.
Les communautés de couleur portent le poids
La Californie, le Texas, l’État de New York, la Pennsylvanie et le New Jersey affichent la charge sanitaire la plus élevée liée à la pollution de l’air due au pétrole et au gaz. Mais les impacts n’ont pas été ressentis de manière homogène dans l’ensemble de ces États.
Les communautés asiatiques, noires, hispaniques et amérindiennes subissent les expositions et les charges les plus lourdes à toutes les étapes du cycle et pour l’ensemble des polluants. Les deux derniers groupes constituent des foyers d’exposition particulièrement importants pour la pollution issue de l’exploration, de l’exploitation, du transport et du stockage. Par ailleurs, les populations d’origine asiatique et noire – notamment dans des zones tristement célèbres comme la « Cancer Alley » de Louisiane et l’est du Texas – subissent le plus l’ensemble des émissions liées aux procédés de transformation, à la fabrication, à la distribution et à la consommation.
Les résultats renforcent les travaux antérieurs qui avaient déjà pointé l’impact disproportionné des polluants sur les minorités et les communautés défavorisées. En 2019, par exemple, des chercheurs estimaient que les Hispaniques et les Afro‑Américains des États‑Unis inhalent respectivement 63 % et 56 % de pollution nuisible à la santé par rapport à ce qu’ils produisent eux‑mêmes. En revanche, les communautés caucasiennes sont exposées à 17 % de pollution atmosphérique en moins qu’elles n’en produisent.
Crise mondiale
Globalement, la pollution de l’air figure parmi les deux principaux facteurs de risque de décès, après l’hypertension et avant le tabac.
L’an dernier, seuls sept pays dans le monde – l’Australie, l’Estonie, la Nouvelle‑Zélande, l’Islande, la Grenade, Porto Rico et la Polynésie française – atteignaient ou dépassaient la qualité de l’air recommandée annuellement par l’Organisation mondiale de la Santé (OMS). L’agence des Nations unies estime qu’au moins neuf personnes sur dix vivent dans des endroits où la qualité de l’air est dégradée.
À l’échelle mondiale, le PM2.5 est associé à environ 7 millions de décès chaque année et fait perdre à l’individu en moyenne environ 2,3 années d’espérance de vie – soit un total combiné de 17,8 milliards d’années.
Le PM2.5, l’unité la plus couramment utilisée dans les mesures de la qualité de l’air, renvoie à une matière particulaire atmosphérique dont le diamètre est inférieur à 2,5 micromètres, soit environ 3 % du diamètre d’un cheveu humain, et il est considéré comme présentant le plus grand risque pour la santé humaine. Des études l’ont lié à une mortalité prématurée, à des maladies cardiaques ou pulmonaires, à une bronchite aiguë et chronique, à des crises d’asthme et à d’autres symptômes respiratoires.
| Polluant | Guidelines AQG 2021 |
| Particules fines, µg/m3 | Annuel : 5 24 h : 15 |
| Ozone, µg/m3 | 8 h : 100 |
| Dioxyde d’azote, µg/m3 | Annuel : 25 24 h : 40 |
L’OMS a publié en septembre 2021 des directives sur la pollution atmosphérique plus strictes, après de nouvelles recherches montrant que le PM2,5 est plus nocif que ce qui était anticipé. Elle a fixé la limite sûre des PM2,5 sur 24 heures à 15 μg/m³ et le seuil annuel à 5 μg/m³.