Pour faire face à la pénurie d’eau, explorez ce que cache votre sol

Ce que nous devons laisser à nos enfants : un environnement riche en sol et en eau

« Le plus précieux héritage que nous puissions léguer à nos enfants est un environnement doté d’un sol fertile et de ressources en eau en quantité suffisante. La seule façon d’assurer la pérennité de la vie et la santé de notre planète est de préserver la qualité de notre sol, car c’est là que commence la vie », écrit Sadhguru, fondateur de la Foundation Isha et de Conscious Planet.



Depuis mon plus jeune âge, mon engagement envers les rivières, les forêts et les montagnes du sud de l’Inde a été profond. À tel point qu’à 11 ans, je vivais plusieurs jours dans la jungle, sans autre alimentation que ce que la nature pouvait m’offrir. À 17 ans, j’ai vécu au fil de la rivière Cauvery, une véritable artère de vie pour le sud de l’Inde, et j’ai parcouru 163 kilomètres à la dérive, en treize jours, avec seulement quatre chambres à air de camion et quelques bambous comme embarcations.

Au cours des 25 dernières années, j’ai observé avec inquiétude la dégradation progressive de la Cauvery. Aujourd’hui, quand je retourne sur les mêmes lieux, je suis saisi d’émotion en constatant que l’on peut simplement traverser la rivière à pied. La quantité d’eau disponible a considérablement diminué en seulement 50 ans. En 2017, lors d’un concours de dessin organisé dans plus de 130 000 écoles à travers l’Inde, de nombreux enfants ont représenté des rivières de sable plutôt que d’eau. Cela reflète ce que la prochaine génération perçoit comme étant une rivière : un flux de sable sec, vide de toute vie liquide.

Quelle est la relation entre l’eau et le sol ?

La majorité des rivières en Inde souffrent aujourd’hui d’une grave baisse de leur débit, et cela s’explique par plusieurs facteurs. Cependant, l’un des motifs fondamentaux reste la dégradation de la qualité du sol. Si l’on enlève la matière organique du sol, celui-ci devient du sable. À contrario, si l’on insère cette matière organique dans du sable, celui-ci se transforme en terre fertile. Seul un sol riche en matière organique, et bénéficiant de l’ombre, possède la capacité d’absorber et de retenir l’eau. Plus le taux de matière organique dans le sol est élevé, plus celui-ci peut emmagasiner d’eau.

Malheureusement, dans la majorité des régions du monde, la quantité de matière organique dans le sol est inférieure à 3-6 %, seuil minimum pour un sol en bonne santé. Dans de nombreux endroits, ce taux est même inférieur à 1 %.

Comment restaurer cette matière organique ? La seule méthode consiste à réintroduire des feuilles tombées des arbres et les déchets animaux dans le sol. Il faut recouvrir le sol de végétation. Lorsqu’une zone est bien plantée, la pluie pénètre dans le sol, qui la retient et la garde en réserve, permettant à l’eau de progressivement alimenter la nappe phréatique, puis d’alimenter rivières, réservoirs, puits et lacs.

Changement climatique, pénurie d’eau et dégradation du sol

Plus de quatre milliards de personnes font face à une pénurie sévère d’eau durant une partie de l’année. Selon de nombreuses études, cette crise risque d’empirer considérablement si la température mondiale augmente de 3°C. Avec un tel réchauffement, l’eau ne sera plus disponible dans nos rivières, nos lacs ou même dans la glace des calottes polaires, où nous en avons besoin. Elle sera principalement concentrée dans l’océan, devenant inutilisable pour nos besoins vitaux.

Concernant le changement climatique, on entend souvent parler des voitures, de l’industrie pétrolière, etc. Mais il est impossible de lutter efficacement contre le réchauffement global sans s’attaquer à la dégradation des sols. En réalité, un sol sain est l’un des meilleurs puits de carbone au monde, surpassant même l’océan en superficie. Lorsqu’il est couvert de végétation et enrichi en matière organique, il capte le dioxyde de carbone de l’atmosphère. En revanche, un sol dégradé, labouré et exposé, devient une source d’émission de CO₂.

En définitive, sol, eau et air ne sont pas séparés. On m’a souvent demandé : « Quelles sont, selon vous, les trois éléments essentiels sur lesquels le monde doit se concentrer pour réparer les dégâts environnementaux accomplis au cours du siècle dernier ? » Je réponds : « Sol, sol et encore sol. » En restaurant la santé de la terre, nous pouvons aussi restaurer l’eau et l’atmosphère. Il faut donc recentrer nos efforts sur le sol.

La dégradation des sols constitue une catastrophe à l’échelle mondiale, mais elle peut être inversée simplement en mobilisant une volonté ferme. Il ne s’agit pas de développer de toute nouvelle technologie ou de mobiliser des milliards de dollars. Il suffit d’un engagement sincère de la part des gouvernements pour changer la donne.

Sensibilisez autour de vous

Dans une démocratie, la voix du peuple est primordiale. Il est donc essentiel que chacun prenne la parole. Il faut alerter, dans votre pays comme dans le reste du monde, que le sol sur lequel nous marchons constitue la base de toute vie.

Consacrez chaque jour quelques minutes à parler du sol. Partagez vos idées sur les réseaux sociaux, collez un autocollant sur votre voiture portant l’inscription « Sauvez le Sol ». Si vous envoyez un message via WhatsApp, terminez par « Sauvez le Sol ». Lorsque vous discutez avec quelqu’un, mentionnez la même chose. Écrivez une lettre à votre premier ministre, président ou élu local pour leur demander d’agir. Faites connaître ce message au plus grand nombre, car lorsque la population se mobilise, les gouvernements sont contraints de changer leurs politiques.

Le plus beau héritage que nous puissions laisser à nos enfants est un environnement riche en sols fertiles et en ressources en eau. La pérennité de notre planète dépend crucuellement de la sauvegarde de la qualité du sol ; c’est ainsi que la vie pourra continuer durablement.

Astrid Ménard

Astrid Ménard

Formée au journalisme et à l’éthique environnementale, j’écris pour dakorsen.com pour donner une voix à celles et ceux qui, partout en France et ailleurs, œuvrent pour la défense du vivant. À travers mes enquêtes et mes reportages, je cherche à éclairer les enjeux cachés de la crise écologique et à raconter des trajectoires de résistance et d’espoir.