États-Unis versent 1 milliard de dollars à TotalEnergies pour abandonner les projets éoliens

Dans le cadre de l’accord annoncé lundi, la société française d’énergie abandonnera ses projets d’éoliennes en mer au large de la côte est des États‑Unis.

Alors que le conflit croissant au Moyen-Orient pousse les prix mondiaux du pétrole et du gaz à la hausse, les États‑Unis ont annoncé qu’ils verseraient à TotalEnergies près d’un milliard de dollars pour renoncer à deux projets d’éolien offshore sur le territoire américain.

Dans une démarche inhabituelle, le Département de l’Intérieur a annoncé lundi qu’il rembourserait à TotalEnergies 928 millions de dollars, soit le montant que la multinationale a versé à l’administration Biden pour des droits d’exploitation en eaux fédérales visant à construire des parcs éoliens en mer près de New York et de la Caroline du Nord. TotalEnergies, l’une des six grandes sociétés pétrolières dites « supermajor » et l’un des 20 plus grands émetteurs historiques de gaz à effet de serre responsables du réchauffement climatique, s’est engagée à réinvestir ensuite cette somme dans des projets pétroliers et gaziers aux États‑Unis, y compris au Texas.

« Ils n’aiment pas que nous développions cette concession éolienne en mer parce qu’ils avancent des inquiétudes en matière de sécurité nationale. Ce n’est pas à moi de décider si oui ou non », a déclaré à CNBC le PDG de TotalEnergies, Patrick Pouyanné.

L’administration Trump avait invoqué des raisons de sécurité nationale non divulguées lorsqu’elle a ordonné l’arrêt de cinq autres parcs éoliens sur la côte est en décembre. Des juges fédéraux sont intervenus depuis, rejetant les arguments de sécurité nationale avancés par l’administration et ordonnant la reprise des travaux. Un juge a qualifié la suspension d’« arbitraire et capricieuse ».

Lena Moffitt, directrice exécutive d’Evergreen Action, un groupe de plaidoyer pour le climat, a qualifié le nouvel accord de « pot-de-vin financé par les contribuables pour tuer l’énergie propre locale et remettre l’argent dans les poches des dirigeants du pétrole et du gaz ». Anne Jellema, directrice générale du groupe de campagne 350.org, a décrit cela comme une « aide aux pollueurs » et une « insulte à chaque ménage américain lorsque le gouvernement canalise des milliards de fonds publics dans les poches de l’industrie pétrolière et gazière pendant que les citoyens subissent des coûts d’électricité à des niveaux records ».

Cette entente survient au moment où des attaques américano-israéliennes contre l’Iran, ayant déclenché un conflit plus large au Moyen‑Orient, ont provoqué la plus grande perturbation d’approvisionnement de l’histoire du marché pétrolier mondial, alimentant la pire crise énergétique mondiale.

« Je suppose que le Département de l’Intérieur (DOI) conclura d’autres accords avec d’autres entreprises, donc peut-être sommes‑nous les premiers à ouvrir la porte, mais cela relève d’une logique de gain mutuel », a déclaré Pouyanné, ajoutant que l’investissement dans des projets gaziers fait partie de la stratégie de TotalEnergies.

TotalEnergies devant les tribunaux

TotalEnergies est mêlée à des poursuites en Europe pour sa contribution au réchauffement climatique. Dans l’une d’elles, une coalition d’autorités locales françaises accompagnée de cinq organisations locales de la société civile contestent l’expansion continue de la production pétrolière et gazière de l’entreprise, en dépit de preuves scientifiques étendues et indéniables de leur impact sur le climat mondial. Malgré son positionnement comme « acteur majeur de la transition énergétique », TotalEnergies prévoit d’augmenter sa production d’hydrocarbures de 3 % par an d’ici 2030, avec au moins deux tiers de ses investissements dans les combustibles fossiles. Un verdict est attendu le 25 juin.

Par ailleurs, un agriculteur belge a poursuivi TotalEnergies il y a deux ans pour obtenir réparation des dommages subis par sa ferme en raison d’un grand nombre d’événements climatiques extrêmes qu’il attribue directement à l’activité de l’entreprise. Un verdict, initialement attendu la semaine dernière, a été reporté au 9 septembre, la cour indiquant vouloir attendre le jugement dans l’affaire française.

L’an dernier, un tribunal français a conclu que TotalEnergies avait trompé les consommateurs sur ses engagements climatiques, signe de la première condamnation d’une société pétrolière et gazière pour greenwashing.

Astrid Ménard

Astrid Ménard

Formée au journalisme et à l’éthique environnementale, j’écris pour dakorsen.com pour donner une voix à celles et ceux qui, partout en France et ailleurs, œuvrent pour la défense du vivant. À travers mes enquêtes et mes reportages, je cherche à éclairer les enjeux cachés de la crise écologique et à raconter des trajectoires de résistance et d’espoir.