Comment les pays peuvent concilier croissance économique et durabilité

Avec l’essor de l’économie verte, les pays s’efforcent de concilier croissance économique et protection de l’environnement. Cet article examine les manières dont les pays peuvent mettre en œuvre des pratiques écoresponsables sans perdre leur compétitivité, en tenant compte des défis tels que la contrainte financière et la résistance des secteurs industriels.

L’économie verte est un cadre économique qui promeut le développement tout en minimisant les dégradations environnementales; elle encourage le développement tout en préservant l’environnement. 

Le Programme des Nations Unies pour l’Environnement la définit comme l’amélioration du bien-être humain et de l’équité sociale tout en réduisant nettement les risques écologiques et la raréfaction des ressources. Ce modèle représente une empreinte carbone faible, l’efficacité des ressources et l’inclusivité sociale.

The 2023 Green Growth Index Map: A report card on the sustainability goals of 154 countries, scoring from 20 to 77. Europe is at the forefront, with Switzerland securing the top spot. Dive into insights across resource use, natural capital, the green economy, and social inclusion.

Au cours de la précédente décennie, de nombreux gouvernements ont adopté l’économie verte comme alternative potentielle au modèle économique traditionnel, trop souvent synonyme d’inégalités, de gaspillage et d’épuisement des ressources naturelles. 

Le cadre de l’économie verte réunit les trois volets essentiels : les objectifs environnementaux, sociaux et économiques – visant à atteindre un développement durable par le biais des énergies renouvelables, de l’agriculture durable et de pratiques novatrices de gestion des déchets.

Défis économiques de la transition verte

La transition énergétique vers une économie à faible émission de carbone présente plusieurs défis économiques. Parmi ceux-ci, l’une des préoccupations les plus marquantes est de concilier les impératifs des politiques climatiques avec un ensemble plus large de priorités macroéconomiques, notamment en matière d’emploi et de stabilité économique. 

Les batteries pour véhicules électriques et la numérisation de la gestion de l’énergie présentent un potentiel technologique prometteur mais nécessiteront des investissements importants et une intervention mesurée, notamment afin d’éviter des effets secondaires potentiels tels qu’une augmentation de la consommation d’énergie pour les segments à faible revenu. La transition verte exige aussi des bouleversements sur le marché du travail, avec possibles pertes d’emplois à court terme dans les secteurs intensifs en carbone, tandis que de nouvelles opportunités apparaissent dans les secteurs verts émergents. Il s’agit d’un changement structurel qui demande une planification politique soignée afin d’assurer une transition juste pour les travailleurs et les communautés concernés. 

En outre, l’économie verte nécessite d’importants investissements en capital dès le départ dans les infrastructures et les technologies qui peuvent dépasser les budgets publics et privés, en particulier pour les pays en développement disposant de ressources financières limitées.


This chart shows the relationship between GDP per capita and transition exposure scores, a measure of vulnerability to economic shifts toward sustainability for countries, with bubble size representing the population. The chart shows that lower GDP-per-capita countries, more so those with economies dependent on fossil fuels, have higher transition exposures. Archetypes of physical risks—such as increased water stress, diverse climates, or hotter and more humid conditions—are colour-coded to bring forth these different risk profiles.

Autres facteurs complexifiants sont d’ordre politique et économique. Par exemple, les industries basées sur les combustibles fossiles résistent généralement aux réformes qui menacent leurs intérêts financiers. Dans les pays dont l’économie dépend des revenus du pétrole et du gaz, cela crée le double défi consistant à décarboner les infrastructures existantes tout en investissant dans des alternatives durables.

Alors que la transition vers une économie verte présente de nombreux défis, il faut aussi considérer que le maintien du statu quo peut coûter plus cher à long terme. Les avantages économiques à long terme des pratiques durables pourraient comprendre la création d’emplois dans de nouveaux secteurs et la réduction des coûts de santé grâce à une meilleure qualité de l’air, parmi bien d’autres, compensant ainsi les investissements initiaux. Par ailleurs, la résistance politique des industries liées aux combustibles fossiles peut être surestimée, car la plupart des entreprises du secteur énergétique commencent déjà à diversifier leurs portefeuilles avec des technologies renouvelables, reconnaissant le tournant inévitable vers des sources d’énergie plus propres.


The NGFS Net Zero 2050 scenario indicates that developing countries and fossil fuel-producing regions will have to spend a higher share of their GDP on physical assets related to energy and land-use systems. The chart below illustrates the differences in annual spending by sector—mobility, power, buildings, agriculture, fossil fuels, and forestry—thereby showing that Europe and the United States are ahead in terms of total spending, with each investing $1.7 trillion per year.

Le verdissement de l’économie demeure fortement entravé par le financement, en particulier dans les pays en développement qui manquent de cadres réglementaires adéquats et d’un accès au capital. L’endettement élevé et l’absence de politiques efficaces freinent davantage les progrès, et la plupart des nations restent bloquées sur la manière d’obtenir les ressources nécessaires pour parvenir à une durabilité à long terme. 

Ce sont des défis financiers que la communauté internationale peut et doit aider à relever – les pays développés devraient respecter leurs engagements actuels en matière de financement du climat et, en parallèle, explorer des mécanismes innovants de collecte de fonds. Les banques de développement multilatérales et les partenariats avec le secteur privé constituent des éléments potentiellement déterminants pour mobiliser des ressources et des connaissances au profit de projets durables dans les pays en développement. Tout aussi important pourrait être le développement de programmes de renforcement des capacités et de transfert de technologies qui contribueraient à combler les écarts importants entre les nations pour bénéficier mutuellement de la transition verte.

Politiques et stratégies efficaces

Les progrès réalisés par les pays dans les initiatives d’économie verte ont démontré le potentiel d’efficacité des politiques et des stratégies. Par exemple, l’économie circulaire, des modes de consommation et de production durables visant une production de déchets minimale par le recyclage, la réutilisation et la réparation, peut offrir des alternatives aux modes traditionnels de consommation et de production. De même, l’entrepreneuriat vert et l’économie environnementale mettent l’accent sur l’intégration de la durabilité dans les modèles commerciaux et la planification économique. 

D’autres mécanismes de financement vert, tels que les obligations vertes et les fonds d’investissement durable, viendraient compléter ces approches en orientant des capitaux vers des projets respectueux de l’environnement. De même, l’adoption de systèmes de tarification du carbone et la mise en œuvre de politiques d’approvisionnement durable peuvent constituer des incitatifs efficaces pour que les entreprises et les consommateurs adoptent des pratiques plus respectueuses de l’environnement. Ils peuvent stimuler l’innovation dans les technologies propres et favoriser une planification urbaine durable, contribuant ainsi à la création de communautés résilientes capables de résister aux défis environnementaux.


This framework sets out the important elements of a sustainable procurement policy, from establishing a business case and aligning on ESG goals to crafting strategies, managing supplier relationships, and ensuring sustainability reporting. Each layer represents increasing levels of commitment to sustainability in procurement practices.

Ces initiatives de durabilité semblent prometteuses mais restent très difficiles à mettre en œuvre.

Le concept d’économie circulaire est souvent confronté à des problèmes de dimensionnement et de viabilité économique, en particulier dans les industries présentant des chaînes d’approvisionnement complexes. De plus, l’entrepreneuriat vert et l’économie environnementale ne vont pas toujours de pair avec des logiques de profit à court terme, ce qui peut dissuader les entreprises de les adopter pleinement. Par ailleurs, des critiques ont souligné qu’il est possible de manipuler ou de truquer les mécanismes de la finance verte et de la tarification du carbone. Cela pourrait aussi conduire à du greenwashing plutôt qu’à un véritable progrès environnemental.

Certains pays ont déjà connu du succès avec ces approches. Un rapport de la Banque mondiale de 2024 met en évidence des politiques fructueuses dans des pays allant de l’Égypte au Pérou. Ces études de cas soulignent l’importance d’aligner les politiques nationales sur les objectifs internationaux de durabilité, comme dans l’Accord de Paris de 2015. Bien qu’il puisse exister des difficultés à mettre en œuvre des politiques vertes, des cas réussis, bien conçus et efficacement appliqués, démontrent leur faisabilité et leur utilité. Des exemples tels que l’Energiewende allemande, les énergies renouvelables du Costa Rica et l’adoption des véhicules électriques en Norvège constituent des leçons essentielles pour d’autres pays en développement dans l’élaboration de leurs stratégies durables. De plus, ils mettent en lumière l’importance de la coopération internationale et du partage des connaissances dans la gestion des défis environnementaux mondiaux.

Le rôle du commerce international

Le commerce international joue un rôle central dans la détermination des résultats économiques et environnementaux à l’échelle mondiale. En insistant sur des pratiques commerciales durables au soutien des objectifs climatiques de l’Accord de Paris, la Chambre de commerce internationale souligne que les politiques commerciales peuvent favoriser à la fois la croissance économique et des émissions de carbone réduites. Le fait que les économies soient interconnectées par le commerce implique une coopération pour protéger l’environnement et promouvoir le développement durable. Un pays peut utiliser les accords et partenariats commerciaux pour encourager l’adoption des technologies vertes et des modes de production durables au-delà des frontières. Le commerce international favorisera l’innovation et la concurrence dans les industries respectueuses de l’environnement, accélérant ainsi la transition vers une économie mondiale durable.

Les critiques soutiennent que placer la durabilité environnementale au premier plan des politiques commerciales augmentera les coûts pour les entreprises et les consommateurs, freinant ainsi la croissance économique dans les pays en développement. D’autres soutiennent que des réglementations environnementales très strictes peuvent agir comme des obstacles commerciaux limitant l’accès au marché dans des pays dont les technologies vertes ne sont pas encore suffisamment avancées. 

Une autre préoccupation est que l’accent sur la durabilité pourrait conduire à marginaliser d’autres questions commerciales clés, notamment la création d’emplois et la réduction de la pauvreté dans les économies vulnérables.


chart shows the relative exposure of various countries to the European Union's Carbon Border Adjustment Mechanism, CBAM. Countries such as Zimbabwe, Ukraine, and Georgia have high exposure and low competitiveness, while Albania and Colombia have lower exposure and greater competitiveness.

Cependant, des défis subsistent pour l’équilibre commercial avec la durabilité, notamment pour les pays à faible revenu et dépendants des exportations. Le partage équitable dans la transition verte pour ces pays devra être assuré par des politiques cohérentes et des investissements. Les partisans du commerce durable soutiennent que les gains à long terme des pratiques durables l’emportent largement sur les coûts économiques à court terme et qu’un virage est nécessaire au niveau mondial vers des schémas de production et de consommation plus durables. Ils appellent à des initiatives de renforcement des capacités et à des programmes de transfert de technologies afin d’aider les nations en développement à s’adapter et à tirer parti des politiques commerciales vertes. 

De plus, les partisans soutiennent que l’intégration de la durabilité dans les accords commerciaux pourrait donner lieu à de nouvelles opportunités économiques – comme le développement d’industries respectueuses de l’environnement et d’emplois verts – contribuant potentiellement à la fois à la préservation de l’environnement et à la croissance économique à long terme.

Défis et obstacles

La résistance au changement, les coûts initiaux élevés et l’absence d’outils complets pour mesurer les progrès constituent des obstacles importants à la transition vers l’économie verte. Les nations en développement font face à des défis uniques, notamment une demande énergétique croissante et un accès restreint aux technologies durables. Garantir que les travailleurs et les communautés les plus vulnérables ne soient pas laissés pour compte est crucial pour une transition juste et équitable. 

Ces défis nécessitent une approche multifacette qui combine l’innovation politique, le progrès technologique et des mécanismes de soutien social. Résoudre ces obstacles exige une collaboration entre les gouvernements, les entreprises et la société civile afin de créer des stratégies inclusives qui équilibrent croissance économique et durabilité environnementale. De plus, la coopération et le partage de connaissances internationaux peuvent jouer un rôle vital pour surmonter les contraintes technologiques et financières, en particulier pour les pays en développement. Bien que la collaboration et la coopération internationale soient souvent présentées comme des solutions, elles peuvent parfois entraîner des conséquences inattendues telles que la dépendance à l’aide et à la technologie étrangères. En outre, l’élan vers une durabilité environnementale rapide pourrait involontairement freiner la croissance économique dans les pays en développement, aggravant potentiellement les inégalités existantes.

Il convient également de considérer qu’une approche unique pour tous n’aborde peut-être pas adéquatement les contextes culturels, économiques et géographiques propres à chaque pays en développement. Une collaboration efficace et une coopération internationale dans les affaires, bien que cruciales pour le développement durable, doivent être mises en œuvre avec prudence afin d’éviter des écueils potentiels tels que la dépendance à l’aide et le ralentissement économique des pays en développement. Une approche nuancée, prenant en compte les circonstances uniques de chaque pays, est essentielle pour s’assurer que les efforts de durabilité environnementale ne creusent pas les inégalités existantes ni entravent le progrès économique.

Réflexions finales

L’économie verte contribue à atteindre l’objectif du développement durable par des actions politiques cohérentes à l’échelle nationale et internationale. Aborder simultanément les questions économiques, sociales et environnementales permet à une nation de tracer des chemins menant à un avenir sûr via l’inclusivité et la résilience pour les générations à venir. Bien que la transition vers une économie verte soit importante, elle peut ne pas être réalisable ou bénéfique pour toutes les nations, en particulier les pays en développement disposant de ressources limitées et de défis socioéconomiques pressants. 

La focalisation sur la durabilité environnementale pourrait détourner l’attention et les ressources de préoccupations plus immédiates telles que l’éradication de la pauvreté, l’amélioration des soins de santé et le développement des infrastructures de base. De plus, la mise en œuvre et l’usage des technologies vertes peuvent être si coûteux que la plupart des pays en développement pourraient ne pas pouvoir se les permettre, ce qui aggraverait les différences économiques à l’échelle internationale.

Astrid Ménard

Astrid Ménard

Formée au journalisme et à l’éthique environnementale, j’écris pour dakorsen.com pour donner une voix à celles et ceux qui, partout en France et ailleurs, œuvrent pour la défense du vivant. À travers mes enquêtes et mes reportages, je cherche à éclairer les enjeux cachés de la crise écologique et à raconter des trajectoires de résistance et d’espoir.